Dawson, Americ. Journal [3], XLIX, p
2. Parmi les travaux que nous avons plus particulièrement utilisés pour la rédaction de cette leçon, nous avons le devoir de citer Tétude de M. Po\vell,inUlulée
tique, les principales subdivisions, laisse cependant voir, près du littoral atlantique, un accident orographique important : c'est la chaîne appalachienne, ou plutôt Tensemble des rides parallèles qui constituent les Appalaches ou AUeghanys. C'est à la coupure de THudson, au sud du massif archéen des Adirondacks, qu'il convient de faire commencer cet ensemble, qui se poursuit d'une façon très nette jusqu'à la rivière Tennessee, au delà de laquelle
Fig. 153. — Les régions naturelles des États-Unis à Test des Montagnes Rocheuses.
de petits chaînons progressivement décroissants, prolongent la même direction jusqu'au centre de TAlabama.
Au premier abord, cette suite de rides, échelonnées sur une largeur dont le maximum est de 100 kilomètres, avec toute une série de vallées longitudinales communiquant les unes avec les autres par des cluses, suggère l'idée d'une structure identique avec celle du Jura. La ressemblance paraît d'autant plus frappante qu'ici encore, comme au Jura, c'est la ligne de crêtes la plus orientale, le Blue Ridge, qui est la plus saillante et en même temps celle qui défend le mieux sa continuité. Cependant cette analogie n'est qu'apparente, et ce n'est nullement à une succession de plis
Pkysiographic régions of the United States et insérée dans les National géographie monographs, mai 1895.
réguliers que ces chaînons successifs doivent leur existence, de même que, en dépit de leur allure, les rivières de la région ne sont pas des cours d'eau conséquents. D'autre part, il est à remarquer que le centre même de la soi-disant chaîne appalachienne est, en réalité, occupé par une dépression que plusieurs cours d'eau empruntent tour à tour.
Histoire de la région. — La vérité est que le système des rides appalachiennes cache, sous son apparente simplicité^ une remarquable combinaison d'effets, dont les uns sont de très ancienne date, tandis que les autres appartiennent aux dernières phases de l'histoire géologique.
D'abord l'emplacement de la région montagneuse est aussi nettement défini que possible. Dès l'aurore des temps siluriens, un continent, qui occupait la place de l'Atlantique, voyait se former à ses pieds, le long d'une ligne coïncidant à peu près avec le bord oriental extrême des Appalaches, c'est-à-dire avec les Montagnes Bleues, une série sédimentaire extraordinairement puissante et variée. A diverses reprises et surtout vers la fin de l'époque carboniférienne, cette série, refoulée contre son noyau archéen, s'est dressée en plis, tantôt réguliers, tantôt violemment empilés et disloqués, selon l'épaisseur et la nature des couches affectées*. La direction générale des plis était celle du sud-ouest au nord-est.
Complètement rabotée depuis sa surrection, la chaîne avait, de bonne heure, fait place à une pénéplaine. Mais celle-ci, préservée de toute invasion marine, a subi après son aplanisssement plusieurs déformations d'ensemble qui, en relevant fortement son niveau, ont réveillé l'activité des cours d'eau. Alors l'inégale résistance des terrains s'est fait jour, dans une mesure variable avec leur état antérieur de dislocation. Mais grâce à l'absence de toute couverture, cette résistance s'est toujours manifestée suivant la direction acquise par les affleurements, de sorte que ce double travail d'érosion et de gauchissement a ressuscité quelque chose d'analogue à l'ancien relief.
Traits fondamentaux des Appalaches. — Les traits fondamentaux de la région appalachienne sont ainsi déterminés, d'abord par le mode de superposition des terrains primaires, où de l'est à l'ouest on voit se succéder l'archéen, le silurien, le dévonien, pour aboutir vers l'occident à un large épanouissement du carboniférien ; puis par la résistance et l'état de dislocation de ces divers
1. Bailey Willis, Méchantes of Appalachian structure, /a*" Annual Report, U. S. Geol. Survey, Washington, 1894.
groupes; enfin par la façon inégale dont le gauchissement postcrétacé s'est fait sentir dans le nord et dans le sud.
Au nord, la pénéplaine a été relevée de manière à tourner sa pente vers Test; tandis qu'au sud Tinclinaison était dirigée à Fouest. De là vient que le Delaware, la Susquehannah et le Potomac sont tributaires de l'Atlantique, tandis que le New-River et divers affluents du Tennessee, qui poussent leurs sources jusque tout près des Montagnes Bleues, s'écoulent vers l'Ohio. A part cette différence, des vallées longitudinales j&e sont partout creusées sur l'affleurement des assises les moins résistantes, tandis que les plus dures demeuraient en saillie, formant peu à peu les crêtes actuelles des montagnes appalachiennes. Ainsi s'est constituée une succession de remparts escarpés et de bassins plats allongés, très semblables les uns aux autres par la forme, la hauteur et la direction, fort monotones d'aspect et n'offrant de sites pittoresques que dans les gorges qui les traversent.
Sur les crêtes apparaissent le plus souvent les assises de quartzite et de grès, quelquefois les dolomies, très rarement les calcaires. Fréquemment, comme en Pennsylvanie ou dans le Tennessee, c'est à un ancien pli synclinal que correspondent les rides aujourd'hui saillantes, et cela simplement parce que dans le fond du pli était pincée une traînée de couches plus dures que les roches encaissantes ; de sorte qu'il s'est produit une de ces inversions du relief, habituelles aux pays disloqués \
Détails divers. — La déformation générale de la pénéplaine ayant marché de pair avec le travail de l'érosion, les cours d'eau logés suivant la direction des affleurements ont dû chercher à s'écouler en traversant par des cluses les rides en voie de formation progressive. Les gorges transversales sont donc- nombreuses dans la région, et le fait de leur façonnement graduel est attesté par une particularité fort intéressante, qu'on observe dans la partie septentrionale des Appalaches. En outre des cluses ou water-gaps qui livrent passage aux rivières, les escarpements y sont souvent échancrés par des entailles sèches dites wind-gaps ou « portes des vents ». Ce sont certainement d'anciennes cluses, abandonnées par les eaux courantes à mesure que celles-ci réussissaient à s'ouvrir des passages plus faciles. Les niveaux du fond de ces ouvertures sont assez concordants, ce qui permet d'y voir les traces d'une pénéplaine intermédiaire.