‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 32 sur 364 · NOTION DO MODELÉ · texte numérisé non relu

NOTION DO MODELÉ

milieu où l'attaque des agents extérieurs a été impuissante à se faire sentir.

Sans doute il eût été loisible d'admettre l'existence de ces données, comme un des résultats fondamentaux de la science géologique. Mais la démonstration n'en a que plus de force, si elle peut être obtenue à l'aide des seules méthodes de la géographie, sans que la connaissance préalable du but à atteindre intervienne autrement que pour éclairer d'une lumière générale le chemin suivi par l'observateur. C'est ce que nous avons essayé de faire, et si, comme nous l'espérons, la tentative n'a pas été vaine, nous pouvons maintenant sans danger nous attacher à la considération de détails extérieurs, dont la grande importance ne saurait être méconnue; car après tout ils constituent à eux seuls la presque totalité des formes immédiatement visibles; et leur ampleur est telle, en face de nos dimensions propres, que pour savoir les réduire à leur juste valeur, il fallait tout un travail d'abstraction en même temps que de synthèse, appliqué à un ensemble de documents qui vient à peine de recevoir, des plus récentes explorations géograghiques, l'étendue et la précision désirables.

Notion du modelé. — Ainsi nous admettons comme bien établi que l'écorce terrestre a des formes propres, qu'on peut appeler structurales *, résultant, soit de la genèse même de l'écorce, soit des actions dynamiques par lesquelles cette croûte a été disloquée. Nous constatons de plus que ces formes, respectées en général dans le domaine océanique, ont subi sur la terre ferme des modifications qui leur ont imprimé un modelé spécial. Ce modelé se caractérise, en plan, par la complication des lignes hypsométriques, et, dans les coupes verticales, par la concavité des courbes qui représentent les pentes d'ensemble des grands versants, ainsi que par le contour déchiqueté des profils.

Ces divers ordres de modifications révèlent un même phénomène universel; c'est V ablation ou érosion de la terre ferme, c'est-à-dire sa destruction progressive sous des influences purement externes. Préciser le caractère de cette ablation, en définir la mesure et le terme final, montrer comment elle peut être influencée par les structures préexistantes ou les mouvements ultérieurs, telle est la tâche qui s'impose à nous. Du succès de cette recherche dépend la solution d'un grand nombre de problèmes géographiques.

1. C'est dans les Formes du terrain que MM. de la Noë et de Margerie ont introduit Texpression de surface structurale, pour désigner l'état de choses, acquis au moment où l'érosion entre en jeu.

Agents du modelé. — Le principe des changements de forme, que les forces extérieures font subir à la terre ferme, réside dans la pesanteur, qui agit sur tous les matériaux du globe, et tend à les amener dans une meilleure situation d'équilibre. Tout élément qui fait saillie est, par cela même, sollicité à descendre, jusqu'à ce qu'il soit parvenu dans une situation telle, qu'aucun déplacement nouveau ne puisse plus le rapprocher du centre commun d'attraction. Et cet équilibre une fois acquis persistera aussi long-temps que les forces internes ne provoqueront pas de déformation dans l'écorce.

Mais la manifestation de la pesanteur est paralysée par la cohésion habituelle des matériaux de la terre ferme. Pour que la puissance* mécanique de la gravité soit mise en jeu, il faut que la cohésion disparaisse, c'est-à-dire que les matériaux deviennent meubles. A supposer que cette condition soit remplie, il reste une limite au mouvement provoqué par la pesanteur, le frottement mutuel des particules rendant leur descente impossible au delà d'un certain degré de pente. Alors intervient un agent de transport d'une rare efficacité, c'est Veau courante. La pluie qui ruisselle entraîne les fragments désagrégés de l'écorce, et, par les cours d'eau, les conduit de proche en proche, soit au grand réservoir de l'océan, sur le lit duquel ils se déposent, soit, s'il s'agit de dépressions continentales, dans des lacs qui en occupent le fond. La mer, de son côté, poussée par le vent et la marée, attaque ses rivages, et en mêle les débris à ceux que les fleuves lui apportent. Ainsi peu à peu la terre ferme se dégrade et voit diminuer son relief en même temps que son étendue.

Nous avons dit que la condition essentielle du transport était la désagrégation des roches de l'écorce. Pour quelques-unes, qui sont restées meubles, comme les -sables, le défaut de cohésion résulte des conditions originelles du dépôt. D'autres sont naturellement divisées en blocs, soit par des lits de stratification, soit par des fentes de retrait, soit par des fissures en rapport avec les dislocations antérieurement infligées à la croûte terrestre. Mais si cette division préalable peut déterminer l'écroulement j)rogressif d'une côte exposée à l'assaut des vagues, celui d'un escarpement miné par un torrent, ou la chute de blocs entraînés par des avalanches de neige, elle n'a d'efficacité que dans des conditions très limitées, et sur la plus grande partie de la surface continentale, il lui serait impossible, à elle seule, d'amener les matériaux solides à un état qui les rendît transportables par l'eau courante. Heureusement les

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influences météoriques, c'est-à-dire les alternatives du chaud et du froid, de la sécheresse et de rhumidité, de la {ï^elée et du dégel, parfois aussi l'action des végétaux et celle des animaux inférieurs, ont bientôt fait de débiter les roches, même les plus dures, en menus fragments. Il n'y a pas de limite à cet émiettement. Même, pour peu que le climat s'y prête, il en peut résulter une altération et un ameublissement du terrain jusqu'à une profondeur telle, qail devient la plupart du temps impossible d'apercevoir les roches en place. C'est ce qui se passe dans les pays équatoriaux.

D'autre part, l'eau courante, concentrée dans des rigoles,, acquiert, en dehors de son rôle comme agent de transport, une faculté propre de creusement ou érosion, qu'elle doit à la fois à sa force vive et à l'action des matériaux entraînés, devenus de véritables outils à son service. Elle est ainsi capable d'user les roches dures, même non désagrégées au préalable. Comme d'ailleurs l'eau ne perd complètement la faculté de transporter des particules solides que quand elle coule sur une pente insensible, la surface entière des continents, soumise à l'action du ruissellement et de l'érosion, est condamnée à descendre d'un mouvement lent mais inévitable. Seuls les déserts, où la pluie fait défaut, échappent en partie à cette descente; mais l'œuvre de l'ablation s'y poursuit par latmosphère et par le vent, et pour être fréquemment ballottés de place en place, les sables résultants ne s'en accumulent pas moins de préférence dans les creux abrités.

Divers modes de façonnement de la suirface. — En résumé, la terre ferme se modifie d'une façon constante, sous l'influence de plusieurs catégories de puissances extérieures. Ces puissances n'agissent pas seulement pour détruire. Avec les matériaux qu elles ont conquis, elles édifieftt de nouveaux terrains, et si la plupart de ces formations de remaniement nous sont cachées par les eaux marines ou lacustres, il en est un bon nombre qui ne subissent cette éclipse finale qu'après avoir longtemps fait partie du domaine continental et influé sur son modelé. Néanmoins les effets destructeurs, par la superficie sur laquelle ils se manifestent; ont un rôle incomparablement plus important. Ce sont eux surtout qui déterminent la physionomie de la terre ferme. Aussi nous servirons-nous le plus souvent du mot d'cros/on pour désigner Tensemble de ces influences externes; mais il sera entendu qu'à côté de la dégradation, qui est le phénomène principal, nous aurons parfois à considérer la reconstruction qui en dérive.

Cela posé, il y a lieu de distinguer Y action marine, efficace

depuis une profondeur qui ne dépasse pas sensiblement 200 mètres, qui même est rarement supérieure à 100 mètres, jusqu'à la hauteur que peuvent atteindre les vagues de tempête; Y action des eaua: couranteSy à laquelle toute la terre ferme est assujettie à partir du niveau de la mer jusqu'à la limite des neiges persistantes, et que Ton classe parfois sous la rubrique plus générale d'érosion subaérienne, pour rappeler la grande part qu'y prennent la pluie et les actions atmosphériques ; Vaction gluciairCy dont le domaine descend au-dessous de la limité des neiges, en même temps que, par la gelée et les avalanches, il s'étend jusqu'aux plus hautes cimes; enfin Vaction du venty ou éolienncy active dans certains pays où la sécheresse du climat rend le rôle de la pluie tout à fait subordonné. A cette énumération il convient d'ajouter Vaction souterrain^^ c'est-à-dire l'attaque des terrains par les eaux d'infiltration, accompagnée de la dissolution, totale ou partielle, des roches, sous l'influence de l'eau chargée d'acide carbonique.

Relation des agents du modelé avec les conditions météorologiq[aes. — Les agents du modelé terrestre ont en chaque lieu une activité déterminée par l'ensemble des conditions météorologiques de la région. Or ces conditions sont très variables d'un lieu à un autre, et la connaissance de leur distribution est indispensable à quiconque veut se faire une idée de la manière dont se répartit, sur le globe, l'énergie des puissances extérieures.

De ces puissances, deux surtout doivent attirer l'attention : la pluie (ou à l'occasion son équivalent en neiges et brouillards) et le vent. A vrai dire, la considération de ces deux agents embrasse, en principe, celle de tous les autres; car les vents soulèvent les tempêtes, seules vraiment efficaces pour la modification des rivages, engendrent les courante marins, par lesquels s'accomplit la dissémination des sédiments, et provoquent dans les déserts la dégradation du sol par les sables en mouvement.

D'autre part, la pluie et le vent sont presque toujours intimement liés l'un à l'autre; car, sauf sous Téquateur, la pluie résulte de la condensation de la vapeur apportée par les vents, condensation que détermine le mélange de l'air humide avec des masses plus froides. D'un autre côté, l'atmosphère doit à sa mobilité d'obéir aux moindres variations de densité, et chacune de ces variations, résultat d'un inégal échauffement, se traduit par un changement dans la pression barométrique. En résumé, le secret des variations météorologiques doit se trouver dans l'étude simultanée de l'état thermique et de l'état barométrique à la surface du globe. C'est

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