‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 325 sur 364 · SIERRA NEVADA · texte numérisé non relu

SIERRA NEVADA

63ii

nommé mont Mazama, et qui devait être le rival du Shasta. Le volume de la cavité est estimé à près de 50 kilomètres cubes.

Sierra Nevada. — Vers le 42* parallèle, la chaîne des Cascades cesse après s'être laissé rompre un moment par le canyon de la rivière Kiamath, et au delà se dessine, sur plus de six degrés de latitude, avec une direction constante vers le sud-sud-est, la5/en'fl Nevada *. Juste au point où a lieu le changement de direction se dresse, à 4373 mètres d'altitude, le superbe cône volcanique éteint

FIêt. \fil. — Lo Mont Shasta, en Californie. (Photo^rraphio communiquée par M. Boule.)

du Mont Shasta (fig. 157), dont la cime neigeuse domine à Test des champs de lave qui vont rejoindre ceux de TOrégon.

La Sierra Nevada, ou chaîne des Alpes californiennes, sur laquelle on compte plus de 20 sommets dépassant 4270 mètres, se termine au sud par le Mont Whitney (4528 m.), supérieur à toutes les cimes des Montagnes Rocheuses proprement dites.

A Test, la chaîne s'abaisse d'un seul jet de 1800 mètres, vers la région sans écoulement qui jalonne la limite du Grand Bassin. C'est le long de cet escarpement oriental, correspondant à une immense faille, que la secousse séismique du 28 mars 1873 s'est

1. Certains auteurs ne font commencer la Sierra Nevada qu'après le Lassen Peak.

fait sentir simultanément sur toute la distance comprise entre le 34* et le 38" parallèle. Cela prouve que les déformations n*ont pas dit leur dernier mot dans cette contrée, dont la dislocation avait commencé après Tépoque jurassique, pour s'accentuer de nouveau lors du dépôt des graviers aurifères de la fin des temps miocènes. M. Diller n'estime pas à moins de 1200, peut-être même de 2000 mètres, le soulèvement éprouvé à cette époque par la Sierra. Les fractures concomitantes de cette dislocation ont livré passage à des laves, qui ont recouvert les graviers aurifères. Une des coulées, sur le flanc oriental de la chaîne, a barré une vallée et donné naissance au lac Tahoe, qui se déverse aujourd'hui pardessus l'obstacle, pour retrouver dans la rivière Tnickee le cours que suivaient autrefois les eaux d'amont.

ÉrosionB de la Sierra. — Si brusque que soit la chute orientale de la Sierra, elle est loin d'avoir l'importance du versant occidental, beaucoup moins raide il est vrai, mais descendant, vers la dépression californienne,* jusqu'à une altitude très voisine du niveau de la mer.

Sur ce dernier versant, remarquablement boisé, où quelques arbres (les big trees), qu'on croit âgés de dix siècles, atteignent 100 mètres de hauteur, l'érosion a découpé des gorges extrêmement profondes, surtout dans les granités fissurés, à travers les quels l'eau courante trouve un chemin facile. De ce genre est la célèbre gorge du Yosémite, où -la rivière coule au pied de parois de granité, à peu près verticales sur 1200 ou 1500 mètres, el découpées en merveilleux promontoires, du haut desquels se précipitent plusieurs cascades, avec des hauteurs de chute comprises entre 200 el 800 mètres. Par l'effet de ces érosions, la chaîne est découpée en nombreux pics, dont le plus haut et en même temps le plus méridional, le mont Whitney, marque le dernier effort du massif granitique.

De nombreux cônes de cendres sont échelonnés sur la descente du Mont Shasta au Sacramento ; souvent ils absorbent les eaux de la montagne, qui s'y perdent pour reparaître plus bas en sources puissantes.

Une des particularités de la Sierra Nevada est la tendance de son granité à s'altérer par écailles concentriques, faisant naître, sur les crêtes, des protubérances mamelonnées d'une forme extraordinaire*. Parfois cette structure se développe en grand, au point

i. Turner, /{"» Annual Report U. S. Geol. Survey; Bccker, /O*" AnniiaU etc.

CHAINE COTIERE

d'engendrer des dômes isolés, comme celui qui surgit dans la vallée de Tuolumne (fig. 158).

Cliaine côtière. — Le Mont Shasta, qui se dresse comme un promontoire au sud de la chaîne des Cascades, a une assez grande importance au point de vue hydrographique. Il est séparé, au sud-

Fig. 158. — Dômo graiiitiquo dans la vallée do Tuolumne (Sierra Nevada). (Photographie communiquée par M. Boule.)

est, de la Sierra Nevada, par une brèche où le Pit River, venant des plateaux basaltiques de TOrégon, s'est ouvert un chemin vers la dépression californienne. Son flanc occidental est longé par la haute vallée du Sacramento, origine de cette môme dépression, et l'autre versant de la vallée est formé par une ligne de hauteurs qui, partant comme le Shasta du massif des Monts Klamath, va se

poursuivre, tout le long de la côte de Californie, sous le nom de Chaîne côiière {Coast-Range).

Du reste, cette chaîne est déjà individualisée, à l'ouest de celle des Cascades, dès Tembouchure de la rivière Colurabia. Dans rOrégon, c'est une série irrégulière de rides, avec éperons latéraux dont les plus hautes cimes ne dépassent pas 1200 mètres, et qui porte d'anciens volcans. Le tertiaire y est bien développé, notamment l'éocène, parfois affecté d'un plongement de 60 à 70 degrés, et l'oligocène, incliné à 34 et même 41 degrés. Deux rivières, le Nehalem au nord, l'Umpqua au sud, traversent la chaîne dans des cluses, attestant un soulèvement d'environ 300 mètres, mais qui a été suivi d'un affaissements

Dans la partie californienne de la chaîne côtière, toujours in^s morcelée, on remarque surtout des plis anticlinaux, affectant des assises métamorphiques, qui paraissent avoir été disloquées à la fin de l'époque jurassique, en même temps que la Sierra Nevada, mais qui ont également subi des mouvements beaucoup plus récents ; car le tertiaire s'y montre plissé. Interrompue un moment par la grande baie de San Francisco, la chaîne côtière reprend au sud et se poursuit sur une grande distance.

Littoral. Dépression californienne. — Tout le littoral, en avant de San Francisco, porte la trace de dislocations récentes. Un delta de l'époque pliocène y a été relevé de 240 mètres, par un mouvement qui a affecté toute la côte jusqu'à San Diego, et l'île de San Clémente, par l'état rudimentaire de sa topographie comme par les nombreuses terrasses qui la bordent, accuse un soulèvement postérieur aux temps pliocènes. Cependant, tout à côté, Fîle de Santa Catalina laisse voir, au contraire, des traces de submersion, et sa topographie (fig. 159) révèle, selon M. Lawson -, une dissection plus avancée. Il" y aurait donc eu des mouvements différentiels, agissant de façon très inégaie sur des points très voisins.

La péninsule de San Francisco est découpée par des failles rectilignes qui4'ont divisée en blocs. On y voit aussi des terrasses très nettes, attestant deux pauses principales dans le soulèvement postpliocène, l'une alors que la presqu'île était plus bas qu'aujourd'hui de 360 mètres ; l'autre quand elle avait déjà remonté de 150 mètres*.

l. Diller, U. S. Geol. Suriey, /r*" Annual Report. — 2. Bull. Unvxrsiiy of Cali» fornia, I, n* t (1893). — 3. Lawson, i\ S. Geol. Surrey, iS^^ Annual Reporl,

CALIPOBNIE. YELLOWSTONE

Entre la Sierra Nevada et la chaîne côtière s'étend la dépression californienne, parcourue au nord par le Sacramento, au sud par le San Joaquin. Ces deux rivières se réunissent devant San Francisco, pour s'échapper à travers une grande brèche des Coast Ranges. Mais elles ne drainent pas tout le territoire, et en amont du San Joaquin persiste le bassin sans écoulement du lac Tulare. Le

Page 1