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GRAND BASSIN

fond horizontal, duquel lés hauteurs alignées {Basin Ranges) émergent brusquement comme du sein d'une mer* (fig. 160).

De là dérive le nom de montagnes perdues {lost mountains)^ que leur ont donné les premiers explorateurs.

Les cavités lacustres, fréquemment à sec, s'échelonnent sur les points les plus aflaissésdes lignes quilimitentles bandes disloquées.

Fig. 160. — La topographio du Grand Bassin.

Le plus instable de ces lacs est celui du désert de la Roche Noire {Black Rock), qui couvre parfois bien des centaines de kilomètres carrés, sans que la profondeur d'eau dépasse beaucoup un décimètre. Presque tous les grands lacs du Nevada sont à l'ouest, près du pied de la Sierra, qui les alimente par la pluie qu'elle reçoit.

Anciens lacs. Régime désertique. — Au début des temps quaternaires, le climat du pays était beaucoup plus humide. De très grands lacs, dont les niveaux sont marqués par des terrasses de graviers et de tufs, occupaient les principales dépressions', et

1. I. Russell, National geogr. Monographs, 1893. — 2. Voir plus haut, p. 146. DE LAPPARENT. — LccoDS dc géogF. phys. 2" édit. 41

Fun d'eux même avait réussi, en élevant son niveau, à trouver un déversement au nord, vers la rivière Golumbia. Si cet état de choses avait persisté, la régularisation du modelé aurait pu se poursuivre. Mais le climat étant devenu beaucoup plus sec, les nappes d'eau ont baissé, se réduisant aujourd'hui à quelques lacs sans profondeur et fortement chargés de matières salines, comme le Grand Lac Salé de TUtah. Les sables et graviers antérieurement étalés entre les chaînes, ainsi que les champs de laves, étaient prédisposés à accentuer le régime désertique. Ainsi le pays abonde en solitudes inhospitalières, avec flaques d'eau variables, et c'est dans les sables que viennent se perdre les quelques cours d'eau descendant des montagnes, toujours peu élevées, qui accidentent le Grand Bassin.

Le caractère désertique est surtout marqué dans la partie méridionale, celle qui comprend le désert Mohave, où il est d'autant plus frappant que la région est traversée par le cours inférieur du Colorado. Malgré cela, ce grand fleuve n'y reçoit aucun affluent venant de droite, et certaines parties, comme le désert du Colorado y ont leur fond sensiblement au-dessous de la mer. La suite de ces dépressions se trouve d'ailleurs dans le grand golfe de Californie. Seule, la partie sud-est, le désert du Gila, laisse passer un tributaire du Colorado, venant des montagnes de l'Est.

Hauts plateaux. — A Test des Monts Wahsatch se poursuit, limitée de l'autre côté par le prolongement des Montagnes Rocheuses proprement dites, la bande des hauts plateaux de TUtah et du Colorado. Cette région correspond aune plate-forme archéenne exempte de grands accidents, qui apparaît nettement au jour sur les deux bords relevés de la bande, et sur laquelle repose une série de sédiments primaires, remarquable par son épaisseur et sa régularité. Vers la fin de l'époque carboniférienne, la contrée devait former une terre basse, sur laquelle s'accumulaient des dépôts continentaux, sables, grès et argiles. La mer y est revenue à l'époque crétacée, mais pour l'abandonner bientôt et laisser des lacs d'eau douce s'établir à sa place.

Les déformations de l'ère tertiaire ont donc trouvé là un territoire rigide, qui ne s'est pas prêté au plissement, et qui, se relevant en masse de plusieurs milliers de mètres, s'est seulement morcelé en compartiments, séparés les uns des autres par des failles ou des plis brusques, véritables marches d'escalier. Il est probable d'ailleurs que la position de chacun de ces accidents devait être déterminée, par quelque circonstance propre au substratum primaire.

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Les paquets ont basculé, se relevant les uns au nord, les autres à Test, pendant que les cassures livraient passage aux produits volcaniques. Ainsi se sont formés peu à peu de grands plateaux où les rivières ont dû creuser de profonds canyons. A la surface, Tapparition au jour, sur les bords des paquets, des couches successives légèrement inclinées, se traduisait à la longue par une structure en gradins, dont nous avons antérieurement indiqué les traits dominants*. Aux escarpements engendrés par cette structure î^'ajoutent ceux qui résultent des failles, ou de Térosion agissant sur le revers de plis brusques monoclinaux entre deux paquets voisins. Le Colorado d'un côté, le Rio Grande de l'autre, drainent ce vaste territoire, dont la surface est caractérisée par une extrême sécheresse.

PliénoinèAes d'érosion. Canyons. — Les érosions quaternaires ont découpé les falaises en accidents de tout genre, terrasses, tours, aiguilles, d'autant plus remarquables que sous le climat aujourd'hui si sec de la contrée, aucune végétation ne masque les couleurs vives et contrastantes des assises superposées. C'est une architecture à la fois titanesque et polychrome ', sillonnée de gorges étroites et sinueuses, par où le produit des averses se rend dans des canyons de plus de 1000 mètres de profondeur, dont les abords forment ainsi un véritable labyrinthe de ravins, plus incommode au voyageur que de vraies montagnes. D'anciens cônes volcaniques subsistent par places sur les plateaux, auprès de grandes coulées qui, par leur résistance, ont provoqué la formation d'éminences tabulaires.

La magnificence des canyons est surtout remarquable dans la partie méridionale, là où les sédiments primaires, finissant par apparaître sous les autres, amènent le Colorado à couler entre les murailles du calcaire compact carboniférien et du granité sousjacent. C'est là que sont les célèbres gorges dites Canyon de marbre^ Grand Canyon, etc. ^ Ces gorges entaillent le plateau qui porte plus spécialement le nom de plateau du Colorado, et qui, couronné de quelques cimes volcaniques, comme le San Francisco, lequel s'élève à 3898 mètres, descend aux plaines de l'Arizona parle grand escarpement de la Mesa negra ou Table noire.

Mesa negra. Coon Butte. — Cet escarpement est le bord d'une plate-forme boisée, où le volcanisme de date récente a laissé des traces nombreuses. La chute de pluie y est de plus de SO centi-

1. Voir plus haut, p. 115. — 2. Poweli, op. ciL, p. 92. — 3. Voir plus haut, p. 166.

mètres par an; mais Teau, tombant sur les cendres et les tufs, ou dans les Assures des laves, file de suite à un niveau très inférieur, où elle retrouve parfois les chenaux des rivières qui coulaient avant l'apparition des volcans. Dans ce parcours souterrain, les eaux font eCTondrer des grottes, et des dépressions se produisent à la surface ^ Néanmoins la contrée est beaucoup plus hospitalière; des prairies et des jardins de fleurs y apparaissent au milieu des forêts. Le cours inférieur du Colorado, qui longe ce pays, est remarquable par sa direction nord-sud, et recoupe obliquement les divers chaînons alignés au sud-est qui se présentent sur son passage. A angle droit sur le cours moyen, et parallèle à la grande faille du Wahsatch, ce tronçon inférieur du fleuve ne semble pouvoir s'expliquer que par une dislocation, en rapport avec celle qui a créé plusieurs cavités lacustres allongées entre le Nevada et TUtah.

Dans la partie septentrionale du plateau, tout près du Mont San Francisco, au lieu dit Coon Butte, se trouve une structure cratériforme jusqu'à présent unique dans son genre. Sur une plaine aride, faite de calcaire et de grès en couches horizontales, a[)parait un cratère d'une étonnante régularité, de 1200 mètres de diamètre. Le rebord de la cavité domine de 30 à 60 mètres la plaine environnante, tandis que le fond descend à 120 mètres plus bas, soit 150 à 180 mètres de profondeur. Sur tout le rebord, le calcaire et le grès ont été relevés en dôme, et à Tentour, des blocs des deux roches jonchent les pentes, sans qu'on aperçoive aucun fragment de roche éruptive. C'est sur les mêmes pentes qu'ont été trouvés les morceaux de fer natif diamantifère dits de Canyon Diablo, et il n'y a guère de doute qu'ils n'aient été rejetés par l'explosion qui a créé la cavité cratériformo*.

Monts Uinta. — Un trait remarquable de la région des plateaux est l'apparition, en travers du bassin de la Rivière Verte, de la chaîne de hauteurs connue sous le nom de Monts Uinta, et dont plusieurs sommets dépassent 4000 mètres. C'est moins une chaîne qu'un plateau étroit, aligné de l'est à l'ouest, et qui correspond à un pli anticlinal aplati au sommet; de sorte que sa section transversale est celle d'une auge renversée, avec faille ou flexure brusque au nord. C'est du reste un mode de dislocation très habituel dans la région orientale des Montagnes Rocheuses. Il semble que ce doive être la répercussion à la surface de quelque saillie profonde et étroite, dont la surrection, grâce à la plasticité des couches

i. Powell, op. cii.j p. 94. — 2. Voir le discours de G.-K. Gilbert à la Soc. géol. de Washington, 11 déc. 1895.

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superposées, n'aurait inflige à ces dernières qu'une déformation continue, limitée par deux plis monoclinaux. En découpant, sur le bord de ce bourrelet, des sillons peu à peu approfondis et ramifiés, l'érosion a isolé de vraies cimes, justifiant le nom de Monts Uinta. Ce curieux seuil bute à angle droit contre l'accident nord-sud des Wahsatch, et une masse de trachyte apparaît à leur jonction, comme un témoignage du désordre occasionné par cette rencontre.

Montagnes laccolithiques. — Il faut encore mentionner, parmi les accidents propres à la région, l'intéressante structure d'éruption si bien mise en évidence par les Monls Henry y situés dans le sud de rUtah sur la rive droite du Colorado. Une série d'injections de laves pâteuses, dans les profondeurs d'un grand massif sédimentaire, a forcé les assises supérieures de ce dernier à se courber en dômes réguliers, dont le sommet, tantôt est demeuré continu, tantôt s'est ouvert en boutonnière, kissant voir le laccolithey c'est-àdire le noyau éruptif dont l'intumescence avait produit la boursouflure observée.

Les Monts Henry ne sont pas une chaîne, mais un groupement de cinq montagnes sans aucune ordonnance discernable*. La plus haute, le Mont Ellen, atteint 3400 mètres d'altitude, dominant de 1300 mètres le plateau environnant. Tout le massif est renfermé dans un cercle de 29 kilomètres de rayon. Dans les monts EUsworth et Holmes, le dôme formé par les couches sédimentaires est complet. Au mont Hillers, une partie de la couverture stratifiée a disparu et, sur le flanc sud, le prolongement des couches atteint 80 degrés.

Cette structure des laccolithes se répète dans un certain nombre d'autres massifs, éparpillés sur l'Utah, le Colorado, le Nouveau Mexique et l'Arizona. On peut citer à ce point de vue les Elk mountains de l'ouest, les monts San Miguel, La Plata, Carriso, El Late, Abajo, la SaP.

Partie centrale des Montagnes Roclieuses. — Revenons maintenant à la chaîne orientale des Montagnes Rocheuses^ ainsi nommées parce qu'en général, en vertu de la sécheresse du climat, des rochers nus apparaissent sur les sommets, tandis que des éboulis de grosses pierres garnissent les pentes.

Au delà du Yellowstone, la chaîne se trouble visiblement. Elle se complique et dessine une série d'arcs convexes vers l'orient, comme les Monts Big Horn et ceux de Laramie, qui enferment,

\ . Gilbert, Geology of the Henry mountainsy Washington, 1877; voir aussi Whitman Cross, U. S. Geol. Survey, iV^ Annual Report, — 2. Whitman Cross, loc. cil.

entre eux et la chaîne d'arrière, des dépressions en amphithéâtre, telles que le bassin du Green River et les plaines de Laramie. D'ailleurs là où convergent les pointes de ces deux croissants, l'un et l'autre pourvus d'un noyau archéen, apparaît une dépression où s'avancent les terrains secondaires.

Cette allure résulte, selon toute vraisemblance, de ce que les derniers soulèvements de la contrée ont dû se modeler autour d'un relief préexistant, imposé par l'archipel qui subsistait à cette place au milieu des mers du crétacé supérieur ; de sorte qu'il s'est trouvé des points faibles, où le bourrelet <le plissement a sombré, et d'autres beaucoup plus résistants, autour desquels il s'est dressé. D'ailleurs les plis des terrains dans les croissants ne sont pas aigus, et rentrent plutôt dans le type des Monts Uinta, celui de dômes au sommet horizontal.

Black Hills. — La même structure se retrouve, bien en avant de la chaîne, dans le curieux dôme elliptique des Black HUlSy qui surgit d'une façon si inopinée au-dessus des Mauvaises Terres du Dakota. Un noyau archéen y apparaît au centre d'une boutonnière où l'on voit le carboniférien, d'abord horizontal, plonger de touj^ les côtés, avec une pente très progressivement croissante, sous les sédiments plus récents, jurassiques et crétacés. Ceux-ci forment autour de lui comme autant d'auréoles s'enfonçant en concordance sous les dépôts horizontaux du groupe lacustre de Laramie, d'àgo intermédiaire entre le crétacé et le tertiaire. Comme ce groupe se montre fortement disloqué au pied des Montagnes Rocheuses proprement dites, on peut penser que les Black Hills appartiennent à une dislocation plus ancienne, masquée partout ailleurs par les dépôts récents du pied de la chaîne.

Front Range. — A partir des plaines de Laramie, le bourrelet extérieur des Montagnes Rocheuses, retrouvant le bord d'une ancienne chaîne d'îles nord-sud, redevient très régulier, et fait face aux plaines orientales par une véritable muraille d'archéen et de granité, qui a mérité le nom de Monts de la façade {Front Range), avec ses cimes dont plusieurs dépassent 4300 mètres. Tandis qu'à son pied, du côté de l'est, le crétacé supérieur est relevé, parfois jusqu'à la verticale, les tranches des couches apparaissant sous la forme de longues arêtes escarpées ou hogbacks, du côté opposé la série sédimentaire, compliquée de nombreux noyaux archéens, est alTectée de grandes dislocations. Leur principal résultat est de faire naître, en arrière du bourrelet extérieur, une autre ligne plus ou moins ramifiée de hauteurs archéennes, celle de la Chaîne des Parcs

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