ISTHME DE PANAMA. ANTILLES
lacs, dont les contours ont été plus d'une fois modifiés par les éruptions. Dans ce pays, comme au Guatemala, de grandes quantités de produits volcaniques incohérents couvrent le. sol, absorbant les eaux de pluie et empêchant la formation de cours d'eau.
En comparant la position des volcans. actifs de l'Amérique centrale avec celle des massifs éruptifs un peu moins récents qu'ils accompagnent, on constate que l'action explosive s'est constamment déplacée dans la direction du Pacifique. Même la série guatémalienne tend aussi à gagner sur la mer, où un nouveau volcan, d'une cinquantaine de mètres, à surgi en 1880 \ De violents tremblements de terre se font sentir sur cette côte.
Istlunes de Panama et de Darien. — Au delà du volcan de Ghiriqui se déploie, en un arc convexe vers le sud, la cordillère de Veragua, constituée par des roches archéennes et dont les pics s'élèvent entre 4200 et 1900 mètres. Mais elle tombe à l'est, et n'y a plus à Panama qu'un seuil de 87 mètres. En ce point d'ailleurs l'axe archéen est interrompu, et c'est à peine si, contre le Pacifique, on voit affleurer un étroit ruban primaire. Le reste est formé de terrain tertiaire, avec nombreuses masses éruptives, très décomposées à la surface, et accompagnées de tufs, ainsi que de conglomérats.
L'axe archéen reparaît dans l'isthme de Darien et se recourbe au sud. On le retrouve formant le rivage de l'angle nord-ouest du continent sud-américain. Ce ruban de roches cristallines fait face au Pacifique par des falaises, avec promontoires entourés de récifs; et tout le temps il est longé à l'est par la dépression tertiaire où coulent, en sens inverse, d'abord l'Atrato, tributaire de la mer des Antilles, ensuite le San Juan, aboutissant au Pacifique. C'est donc véritablement ce sillon qui mérite de faire la séparation entre l'Amérique centrale et la grande unité méridionale.
Antilles. — Pour bien comprendre la structure des Antilles, il faut associer à la considération des surfaces émergées celle des profondeurs maritimes. On constate ainsi que le rivage méridional de Cuba, par une cordillère immergée à pente très brusque, comprenant Tîlot du Grand-Caïman, se relie avec le rivage du Honduras britannique. De la baie de Honduras, en prolongement des plis du Guatemala, et formant l'autre bord de la profonde fosse de Bartlett, part une autre ride moins saillante, qui embrasse la
i. Suess, Antlilz der Erde, Irad. franc-, h P- Ï22.
Jamaïque et vient se souder avec la première chaîne dans Tîle d'Haïti, pour se poursuivre ensuite à travers Porto-Rico.
Comme Ta montré M. Suess*, il y a lieu de distinguer trois zones dans les Antilles : 1* la zone interne^ tout entière d'origine volcanique récente, ne se montre que dans les Petites Antilles (Saint- Eustache, Saint-Christophe, la Guadeloupe occidentale, la Dominique, la Martinique, les Grenadines) ; 2'' la zone médiane comprend les Grandes Antilles et une bande étroite des Petites Antilles, c'està-dire Cuba, Haïti, Porto-Rico, l'île des Vierges, Anguilla, Saint- Barthélémy, Antigua, la Guadeloupe orientale et la Jamaïque. Le crétacé et le tertiaire y sont développés, avec un faciès européen prononcé, et associés à des roches, d'apparence archéenne, comme en Grèce et en Crète ; 3** la zone externe^ qui ne comprend que du tertiaire ou du quaternaire, est tout à fait plate, comprenant les Bahama, la Barbude, la Barbade (en partie), et on y peut rattacher la Floride avec le Yucalan.
La zone médiane offre les mêmes traits que la côte nord du Venezuela. D'autre part, les mammifères trouvés dans l'île d' Anguilla ont un caractère mexicain très prononcé. Ces divers territoires, avec la Floride et le Mexique, ont dû former autrefois un tout continu, dont faisait parti le socle des Bahama; socle rompu par les écroulements qui ont engendré tout contre son bord les fosses si profondes de l'Atlantique, pendant qu'au centre de la région d'autres écroulements faisaient naître les fosses de la mer des Antilles. Et c'est seulement du côté effondré, c'est-à-dire dans les petites Antilles, que se trouvent les volcans actifs.
Histoire des Antilles. — Les tremblements de terre si souvent ressentis à Cuba, à la Jamaïque, à Haïti, enfin à Porto-Rico, doivent être en relation avec les fosses maritimes, étonnamment profondes et étroites, qui s'alignent depuis la baie du Honduras jusqu'à la fosse atlantique des Iles Vierges. Une chute aussi rapide, qui amène d'un coup à 6000, parfois à plus de 8000 mètres de fond, ne peut résulter que d'une dislocation assez récente.
Les détroits qui existent entre les Petites Antilles ont peu de profondeur et seule la faune superficielle de l'Atlantique y trouve accès. Or, dans les grands fonds de la mer des Antilles, on trouve des organismes plus étroitement alliés à la faune abyssale du Pacifique qu'à celle de l'océan opposé. C'est un nouveau motif de considérer l'émersion de la cordillère des isthmes comme assez récente.