‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 338 sur 364 · DÉPRESSION DE L'AMAZONE · texte numérisé non relu

DÉPRESSION DE L'AMAZONE

offre le caractère d'une steppe, qui cependant peut être reconquise par la végétation forestière.

Dépression de l'Amazone. — L'immense plaine de TÂmazoncr occupe l'emplacement d'un ancien détroit que formait à cette place la mer carboniférienne, débordant à droite et à gauche sur Tarchéen. Émergé après cette invasion, car on n'observe par-dessus les dépôts de cette mer que des grès probablement crétacés, ce synclinal a reçu à l'époque tertiaire des dépôts saumâtres jusque tout près des Andes. Depuis lors, les nombreux fleuves qui l'arrosent, et qui bénéficient des grandes pluies tropicales, ont travaillé constamment à le combler. La pente est si bien régularisée que, pour trouver sur le fleuve une altitude de 80 mètres, il faut aller jusqu'à 2000 kilomètres de son embouchure.

L'œuvre des eaux courantes était d'ailleurs facilitée par les conditions physiques de la contrée. En effet les alizés soufflent toute l'année sur l'Amazone, où ils arrivent chargés de la vapeur d'eau qu'ils ont balayée au-dessus de l'Atlantique. De plus, les Andes arrêtent au passage tout ce qui ne s'est pas condensé sur les plaines, et en font profiter cet énorme bassin de plus de cinq millions de kilomètres carrés. En outre, grâce à la disposition en éventail du réseau hydrographique, les affluents de gauche compensent le déficit que le jeu des saisons impose aux affluents de droite*. De cette manière, l'Amazone subit deux périodes de crues : l'une de mars à juillet, provenant des affluents méridionaux, l'autre de novembre à janvier, causée par ceux du nord.

Par suite du peu de consistance des terrains traversés, le creusement des canaux secondaires a été partout facile. Aussi des communications singulières, formant un vrai dédale hydrographique, se sont-elles établies entre le fleuve et ses tributaires.

Le bassin de l'Amazone, grâce à sa riche alimentation, comprend dix-huit grands cours d'eau de premier rang, ayant de 1500 à 3500 kilomètres de cours, et deux cents affluents importants. Tout le parcours du fleuve s'accomplit au milieu d'une immense forêt.

La puissance de la masse fluviale, à son débouché dans l'Atlantique, suffit pour empêcher la formation d'un delta. D'ailleurs, le courant qui va du cap Saint-Roch au Yucatan emporte les alluvions vers le nord. C'est la mer, au contraire, qui gagne visiblement sur le littoral, comme l'atteste la protubérance exceptionnelle que fait, en avant de l'embouchure, la courbe bathymétrique de 200 mètres.

i. DehéraiD, Revue générale des sciences, 1895, p. 622.

Cette courbe s'avance au large à plus de 400 kilomètres, donnant la mesure de Férosion survenue. A une époque antérieure, le Tocantins était certainement tributaire du bas Amazone.

DépresBions argentineB. — Le Rio San Miguel, tributaire du Mamoré, lui-même, par le Madeira, affluent de l'Amazone, prend sa source dans une région plate, d'étangs et de lagunes salines, appelée Llanos de Chiquitos, à une altitude peu différente de 300 mètres. Immédiatement au sud commence, sans aucune séparation, la série des dépressions argentines, dont le drainage se fait vers la Plata. La principale ou Gran Chaco est une immense plaine, complètement dépourvue de pierres, de 100 à 300 mètres d'altitude, abondante en étangs et en rivières obstruées. C'est là que se fait le passage entre la forêt tropicale et la steppe.

La dépression argentine comprend ensuite les plaines méridionales situées sur la rive droite du Rio Salado, comme sur les cours inférieurs du Parana et de l'Uruguay. Plus élevées de 200 mètres, descendant jusqu'au niveau de la mer et soumises, en raison de leur direction nord-sud, à des influences desséchantes, ces plaines sont surtout des savanes et des steppes; mais les bois y apparaissent au nord.

Une dépression de quelques dizaines de mètres ferait de l'Uruguay et du Parana des fleuves indépendants. Tout le territoire de la rive gauche du Paraguay, à partir du confluent du Parana, paraît être un estuaire autrefois comblé par les alluvions des grands fleuves. Pampas. — La Pampa, qui prolonge au sud le Chaco, et que son uniformité fait ressembler à l'Océan, est une plaine doucement inclinée, parsemée d'innombrables lagunes habituellement salines. Son fond est de limon ou loess, reposant sur du tertiaire horizontal, et il y a très peu de cours d'eau qui ne se perdent pas, soit dans les étangs, soit dans le sable. Évidemment cette jjlaine a été engendrée, à une époque de ruissellement abondant, par un groupe de rivières qui, depuis lors, ont perdu leur puissance.

Mais le territoire ainsi comblé n'était pas absolument plan, et quelques sieiTas pampéeïines y émergent, reliant son fond à la région plissée du bord des Andes. Les plus orientales d'entre elles, comme la sierra de Tandil, où paraît l'archéen, s'inclinent visiblement au sud-est, épousant à distance la courbure du massif brésilien, de sorte qu'il semble permis d'y voir les restes, incomplètement aplanis, d'une chaîne qui en faisait autrefois le tour. Nous en reparlerons du reste à propos des Andes.

Ces sierras pampéennes surgissent, au milieu du fond plat qui

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