IRREGULARITE DE LA ZONE CHAUDE
coïncider avec des cercles de latitude. Chacune d'elles s'infléchit dans le sens où agissent les causes modificatrices que nous venons d'indiquer.
Irrégrtilarité de la zone cliaude. — Le premier résultat qu'il convienne de signaler est le transport que la zone chaude subit vers le nord. D'une part, l'aire du maximum de chaleur, c'est-à-dire celle à l'intérieur de laquelle la moyenne annuelle est supérieure à 30 degrés centigrades, va du Soudan occidental à la mer Rouge, se maintenant à peu près à cheval sur le parallèle de 20** lat. N., et, chose absolument caractéristique, ne descendant nulle part jusquà Téquateur^ qui théoriquement semblerait devoir en marquer l'axe*. Pendant ce temps, l'aire des températures comprises entre 26 et 28 degrés centigrades, la seule qui exprime le maximum annuel en Amérique ', dépasse à peine l'équateur dans la direction du sud, au lieu qu'elle s'avance au nord du tropique, ayant son point culminant à Mexico. D'autre part, alors que l'isotherme boréale de 20 degrés ne cesse pas (sauf en un seul point au large de la Californie) d'être au nord du tropique du Cancer, la courbe correspondante, sur l'hémisphère austral, remonte par endroits jusqu'au voisinage immédiat de l'équateur. En somme, on peut s'assurer que l'espace compris entre la ligne équinoxiale et l'isotherme de 20 degrés est, dans l'hémisphère boréal, supérieur d'un cinquième à ce qu'il est dans l'autre. El cela pour deux raisons : d'abord parce que l'Afrique s'épanouit beaucoup plus largement au nord qu'au sud de l'équateur, en même temps que l'élargissement du continent américain se prononce au nord des Antilles; de sorte que la zone chaude boréale est bien plus riche en territoires continentaux, la plupart de faible altitude; ensuite parce que les océans, largement ouverts au sud, laissent arriver des courants froids qui parviennent, sur le littoral atlantique de l'Afrique, jusqu'à l'équateur, sur le littoral pacifique de l'Amérique jusqu'à 12 degrés de latitude sud. Aussi voit-on, le long de ces deux côtes, toutes les isothermes brusquement rejetées vers le nord.
Isothermes diverses. — Mais ce qui est surtout significatif, c'est la comparaison des deux isothermes de 5 degrés. Celle de l'hémisphère austral, qui ne rencontre absolument que la Terre de Feu, oscille constamment entre 47" et 56' lat. S. La courbe boréale varie de 43" à 68" lat. N., soit 15 degrés au lieu de 9 pour l'amplitude de
1. Ce n'est qu'en janvier que cette aire, alors considérablement réduite, vient se placer, à cheval sur l'équateur, au centre du Congo. — 2. Voir pour ces détails les atlas physiques, et notamment celui de Berghaus.
ses variations, toutes déterminées par le large épanouissement de la terre ferme sur son parcours. Tandis qu'à l'entrée du golfe de Bothnie l'isotherme en question se tient à 60', l'influence réfrigérante du continent asiatique l'abaisse jusqu'à 43® en Mandchourie, en attendant que les courants chauds du Pacifique occidental la ramènent à 58* contre la côte de l'Alaska. De là, les terres froides du massif canadien la font redescendre à 46** dans la région des grands lacs. Aussitôt la puissante influence du Gulf-Stream lui fait faire un bond, dans l'axe de l'Atlantique, jusqu'au delà du cercle polaire. Mais, arrivée ainsi au contact de la côte Scandinave avec son cortège de glaciers, elle redescend brusquement à 60*, revenant presque sur ses pas par une boucle extraordinairement resserrée, avant de se recourber vers l'est.
L'amplitude des écarts est encore plus grande pour l'isotherme de 10**, qui descend à 60** dans la Sibérie orientale, pour remonter à plus de 80* au nord du Spitzberg. Quant à l'isotherme de zéro, rien que de la pointe de Terre-Neuve au large du Cap Nord, elle subit aussi un relèvement de vingt degrés; et comme, à l'ile Sakhalin, on la retrouve par 3 degrés de latitude plus bas qu'à Terre-Neuve, l'échelle de ses oscillations n'embrasse pas moins de vingt-trois degrés.
On remarquera en outre que le massif sibérien, plus ample et plus froid, dévie les isothermes vers le sud plus fort que le massif canadien, à la fois moins étendu, moins élevé et plus maritime; enfln que la déformation des courbes est bien moins prononcée dans le Pacifique que dans l'Atlantique; d'abord parce que le courant chaud du Japon n'est aucunement comparable en intensité au Gulf-Slream : ensuite parce que l'Asie, d'une part, l'Amérique, de l'autre, enferment presque complètement le Pacifique septentrional dans une ceinture de terres froides, qui réagissent sur la température de l'air à sa surface; au lieu que l'Atlantique boréal, qui ne subit pas de grandes variations dans sa largeur, est mieux soustrait à l'influence réfrigérante des terres environnantes.
Considération des isobares. Zone des basses pressions équatoriales. — Les irrégularités que nous venons de constater dans le parcours des isothermes vont naturellement se refléter dans l'allure des lignes d'égale pression barométrique, puisqu'on sait que, dans une masse d'air inégalement échauflee, il se produit de toute nécessité des mouvements tendant à rétablir l'équilibre. C'est ce qu'indique du premier coup d'œil l'examen d'une carte des isobares annuelles (voir la planche, fig. 2). Pour en bien apprécier
ISOBARES. BASSES PRESSIONS 53
les enseignements y cherchons, comme dans le cas précédent, ce que devrait être théoriquement la circulation de l'air, s'il n'y avait pas à compter avec la distribution irrégulière de la terre ferme et du relief.
Des deux côtés de l'équateur, mais empiétant davantage, comme nous l'avons vu, sur l'hémisphère boréal, s'étend la zone torride. L'atmosphère y est d'autant plus accessible a réchauffement que, grâce à la surface considérable occupée par les mers, l'air de cette zone est très chargé de vapeur d'eau, au moins dans ses couches inférieures, depuis le niveau de la mer jusqu'à environ 8000 mètres d'altitude *. L'effet produit est à son comble au centre de la zone, là où règne le maximum de chaleur. En ce point donc se trouve une colonne d'air plus chaude et par conséquent plus haute que toutes les autres, de part et d'autre de laquelle, suivant un méridien, des colonnes de moins en moins chaudes s'échelonnent en s'abaissant dans la direction des deux pôles.
Or, toutes les fois que deux masses d'air juxtaposées possèdent des températures inégales, il se produit un déversement^ par suite duquel le haut de la colonne chaude s'écoule vers la masse froide, tandis que le pied de cette dernière tend à s'avancer vers la base de l'autre. Tant que ce mouvement persiste, la pression est inférieure à la moyenne dans la colonne qui se déverse, et supérieure dans l'autre. Le courant d'air est donc dirigé, en haut, du minimum barométrique vers le maximum ; en bas, dans le sens inverse *.
On comprend ainsi que, des deux côtés de l'équateur thermal, il existe une bande où la m.oyenne annuelle du baromètre (lequel est d'ailleurs très stable toute l'année) se maintient partout, au niveau de la mer, au-dessous de 760 millimètres, en même temps que la température y atteint son maximum. La largeur de cette zone tient à ce que, en vertu de l'inclinaison de l'axe terrestre, les points qui voient le soleil au zénith voyagent, suivant les saisons, d'un hémisphère à l'autre, ce qui déplace en latitude la bande des calmes équatoriaux. En fait, la zone des pressions inférieures à 760 s'étend sur une trentaine de degrés. Sa limite australe, beaucoup plus régulière que l'autre, parce qu'elle passe sur un très petit nombre de surfaces continentales, s'avance parfois jusqu'à 20^ et même 23° Sud. Mais en Afrique elle recule jusqu'à 10* S. Sa limite boréale devient extrêmement capricieuse en Asie, pour des causes que nous analyserons plus loin.
1- La moitié de la vapeur d*eau atmosphérique est contenue entre zéro et 2000 mètres d'altitude. — 2. Duclaux, Cours de physique et de météorologie, p. 236.
Bande des pluies é<iaatoriales. — D*une façon générale, la zone du minimum barométrique annuel est aussi celle du maximum des pluies terrestres. Gela tient à ce que, dans le centre de cette bande (centre qui se déplace en latitude avec les saisons), les vapeurs, aspirées par un soleil torride, après être venues former à une certaine hauteur un voile de nuages amoncelés {pot au noir des marins), se résolvent, à une heure déterminée du jour, en averses violentes, le plus souvent avec orages. La région subit alors ce que les marins appellent Vhivemage^ bien qu'en réalité cette période corresponde à Tété astronomique.
La bande des pluies équatoriales s'étend (voir la planche, fig. 3) de 15^ à 20« lat. N. jusqu'à 15« et parfois même 20» lat. S. C'est en Afrique seulement qu'elle est réduite à dépasser à peine l'équateur vers le sud, ce qui est bien d'accord avec le rétrécissement marqué que subit, dans cette même région, la zone australe des basses pressions équatoriales. On peut dire que l'aire de maximum thermique du Soudan attire à elle la bande des basses pressions et des pluies, en lui permettant tout juste d'atteindre cet équateur, sur lequel elle devrait être à cheval si l'influence des terres sahariennes ne venait pas se faire sentir. On jugera de l'importance de cette zone si nous disons que, la moyenne annuelle de pluie pour toute la terre ferme étant de 844 millimètres, la bande comprise entre 20** lat. N. et 20*' lat. S. en reçoit 1 400 *.
Bande des vents alizés. — De part et d'autre de la bande équatoriale, non loin des tropiques, se produit à la surface du sol l'appel d'air qui doit compenser le déversement de la colonne chaude. De là résultent les vents alizés^ que la rotation terrestre dévie, comme chacun sait, en les faisant souffler du nord-est dans l'hémisphère boréal, du sud-est dans l'autre. Pendant ce temps, les hautes régions de l'air sont parcourues par le contre-alizé, c'est-à-dire le courant supérieur d'air chaud déversé, lequel souffle, pour la même cause, du sud-ouest dans l'hémisphère boréal, du nord-ouest dans l'autre. Seulement la hauteur à laquelle ce courant se produit fait que d'ordinaire il ne devient visible que quand il rencontre sur son chemin des poussières volcaniques, projetées par les explosions à plus de 10 kilomètres d'altitude.
Dans l'hémisphère austral, bien plus régulier que l'autre parce qu'il est beaucoup plus océanique, l'afflux des alizés détermine la
i. J. Murray, Scoltish geographical Magazine, 1887.