‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 35 sur 364 · VENTS ALIZÉS · texte numérisé non relu

VENTS ALIZÉS

formation d'une bande, comprise entre 20^ et 4» lat. S., où la pression moyenne annuelle, toujours supérieure à 760, dépasse par endroits 764 millimètres.

L air qui souffle sur cette bande est descendu des hautes régions et a été appelé dans des couches de plus en plus chaudes et denses, où il s'est réchaufîé à la fois par contact et par le seul fait de sa condensation. Il devient donc de plus en plus apte à absorber de la vapeur. Une fois qu'il a touché terre, appelé vers le nord-ouest par l'aspiration équatoriale, combinée avec la rotation terrestre, il se rapproche de l'équateur thermal et doit encore se réchauffer. Quand il vient de la mer et qu'il va frapper, soit la côte orientale d'Afrique, où se trouvent les plus fortes altitudes moyennes du continent, soit la côte brésilienne, également plus élevée que la contrée située en arrière, il ne peut manquer d'abandonner à ces hautes terres une partie de sa vapeur. Ainsi s'expliquent les étroites bandes de fortes pluies qui longent la côte de Zanzibar, celle de Madagascar, et tout le rivage brésilien.

En revanche, en descendant directement ou en poursuivant sa route sur les continents, l'alizé austral doit devenir desséchant, car il ne cesse de s'échauffer par sa descente, qui s'opère à la fois suivant l'altitude et suivant la latitude. G*est ce qui a lieu sur la côte occidentale de l'Afrique australe, comme entre le bassin de la Plata et le Pacifique. Aussi voit-on la moyenne annuelle de pluie, sur toute la zone de 20* à 40® lai. S., s'abaisser à 58 centimètres. Même elle n'est que de 20 centimètres au voisinage du désert de Kalahari, au nord de la colonie du Gap, ainsi que pour une bande qui va de la Patagonie à Guayaquil, en traversant le désert d'Atacama. Seule, la chaîne des Andes, par l'influence de son brusque relief, réussit à introduire, dans cette dernière traînée d'air sec, une étroite bande médiane, où la pluie s'élève de 20 à 60 centimètres.

La même cause détermine l'extrême sécheresse du continent australien, d'autant plus qu'il s'agit d'une dépression privée d'écoulement vers la mer, et par conséquent prédestinée, par l'insuffisance forcée de son réseau hydrographique, à subir l'influence désertique. Mais les côtes orientales de Madagascar et de l'Australie échappent à cette sécheresse, d'abord en raison de leur altitude brusquement acquise, ensuite parce qu'elles reçoivent le choc de vents d'est venant de la mer.

En résumé, les régions voisines de celles où soufflent les alizés appartiennent aux moins pluvieuses du globe, et la pureté habi-

tuelle de Tair y contraste avec l'état troublé du ciel dans la bande équatoriale.

Une autre cause doit encore aggraver la sécheresse des côtes occidentales dans Thémisphère austral. Des courants froids, venant des régions antarctiques, longent les côtes en question, et se compliquent même d'un courant vertical de fond, appelé, en quelque sorte, par le vent qui souffle généralement de terre en chassant la mer devant lui *. Il en résulte un refroidissement qui se fait sentir jusqu'à l'équateur, en obligeant les isothermes à s'infléchir dans cette direction dès qu'elles quittent le rivage. Si donc des courants d'air viennent frapper la côte en arrivant du large, ils seront plus froids et moins riches en vapeur que la latitude ne le ferait supposer. De plus ils trouveront, dans le contact de la côte plus chaude, une cause de réchauffement, contraire à la condensation de la vapeur qu'ils pourraient renfermer.

Bande des basses pressions australes. — La bande australe des hautes pressions ne dépasse guère le 40* degré de latitude, et de suite après on entre dans une zone circumpolaire, où la pression décroît très rapidement, de manière à n'être plus en moyenne que de 7S0 au Cap Horn, comme à Kerguelen et à l'île Auckland. Il est à remarquer en effet que plus on s'approche du pôle, et moins l'atmosphère doit être épaisse, le sphéroïde atmosphérique devant être plus aplati par la force centrifuge que le sphéroïde solide. De plus, l'air est bien moins riche en vapeur d'eau comme en acide parbonique.

D'autre part, cette zone reçoit la partie du contre-alizé descendant qui, en touchant terre, n'est pas venue se recourber vers l'équateur avec l'alizé de surface. Cette partie, en se dirigeant vers les pôles, où l'appelle la moindre pression, doit être déviée vers l'est. Il en résulte des vents d'ouest dominants. Immédiatement le régime humide se reconstitue. De Valparaiso à la Terre de Feu, sur le versant occidental de le chaîne andine, on voit le total annuel de la pluie s'élever rapidement à plus de 200 centimètres; de même qu'à Melbourne et sur la Tasmanie il dépasse 130. La moyenne, pour la zone de 40" à 60** lat. S., est de 87 centimètres.

Complication des isobares dans l'hémisphère boréal. Moussons. — La régularité des zones de pressions et de pluies est beaucoup moins grande sur l'hémisphère boréal, au moins dans l'ancien

1. Wharton, Discours à V association britannique ^ à Oxford, en i894.

ISOBARES DE L HEMISPHERE BOREAL 57

monde, à cause de l'extension considérable qu'y prend la terre ferme. Non seulement les conditions d'échauffement de l'air audessus de l'océan sont tout autres que pour les continents, mais l'influence des saisons, peu sensible dans l'hémisphère austral, devient de plus en plus tranchée dans l'autre, à mesure qu'on monte en latitude. Cela tient à ce que la terre, qui s'échauffe en été plus que la mer, détermine dans cette saison des centres de dépression barométrique, lesquels changent de signe en hiver et se transforment en centres de pression, l'air étant plus froid et plus dense au-dessus des surfaces continentales exposées à se couvrir de neige. De cet ensemble de conditions résultent des circonstances beaucoup plus compliquées.

Cette complication se manifeste d'abord dans le relèvement que la zone des basses pressions équatoriales subit dès l'Afrique, et qui l'amène un moment jusqu'au contact de la Grèce et de l'Asie Mineure, pour la maintenir ensuite d'une façon constante au-dessus du tropique. Il est vrai que l'abondance des pluies n'en profite à aucun degré, si ce n'est dans l'Inde, l'Indo-Chine et la Chine méridionale. Le Sahara demeure essentiellement sec, d'abord parce qu'en hiver l'alizé y souffle normalement du nord-est, n'apportant que peu de vapeur d'eau, et rencontrant des causes de condensation de moins en moins actives; ensuite parce que, si le centre de dépression qui s'établit en été au Soudan appelle une certaine quantité d'air humide du nord et du nord-ouest, cette vapeur, arrivant sur des contrées de plus en plus chaudes, n'a aucune raison de s'y résoudre en pluie *.

Il en est tout autrement pour la région de l'Océan Indien, où un grand trouble s'introduit dans l'allure des vents alizés. En janvier la température de l'Asie est à son minimum, celle de l'Afrique australe à son maximum. Attiré par le centre de dépression africain, l'alizé, d'octobre à avril, souffle normalement du nord-est au-dessus de l'équateur et devient la mousson de nord-est, déterminant pour l'Inde la saison sèche. Mais quand, en raison de l'inclinaison de l'écliptique, le soleil s'avance vers le nord, la température commence par s'équilibrer, ce qui, au moment de l'équinoxe, met fin aux vents régnants de direction constante. Plus tard encore, le centre de dépression se transporte sur l'Afghanistan, où règne alors une chaleur presque comparable à celle du Sahara. Non seulement l'alizé se trouve annihilé ; mais c'est de l'équateur

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