‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 342 sur 364 · ANDES CHILIENNES. CORDILLÈRES ARGENTINES · texte numérisé non relu

ANDES CHILIENNES. CORDILLÈRES ARGENTINES

chaîne, en faisant place à un immense plan incliné, qui ne donne nulle part la moindre sensation d'un pays de montagnes.

On le voit bien par le chemin de fer qui, du port d'Antofagasta, se dirige au nord-est vers le haut plateau bolivien, qu'il atteint à Ascotan par 3955 mètres d'altitude. A part une ride assez brusque, de 558 mètres, rencontrée tout près de la côte, la voie s'élève en pente douce, sans qu'aucune tranchée ait jamais plus de 3 ou 4 mètres de profondeur, et la différence de niveau, se répartissant sur 250 kilomètres, donne seulement une pente moyenne de 14 pour 1000. A deux reprises, savoir à 1241 mètres et à 3200, on traverse des salines, et toute la pente est une plaine de salpêtre, telle que nulle part, même au Sahara, on ne pourrait voir une pareille absence de végétation *.

A la fin, on arrive sur un haut plateau, de 4000 à 5000 mètres d'altitude, qui à partir du parallèle d'Antofagasta s'étend vers le sud en gardant une largeur d'environ 80 kilomètres, et sur lequel se dressent une série de volcans, dont les cimes s'échelonnent entre 5500 et 6600 mètres, sans que, sur les bords de ce plateau, il y ait de bourrelets proprement dits*.

Cordillères argentines. — Au changement qui s'accomplit, à partir de Copiapo, dans l'allure des Andes, il faut en ajouter un autre très important. C'est la résolution que subit le haut plateau, sous la même latitude, en donnant naissance à une série de chaînes parallèles, toutes obliquant au sud-sud-est. Ce sont les hautes et étroites Sierras de Famatina, de Vinchina, deGuandacol. Entre ces chaînes, malgré la sécheresse de l'air, une série de cours d'eau sont parvenus à pousser leurs têtes jusqu'au plateau luimême, qui sur plus de 120 kilomètres perd entièrement son caractère de plate-forme.

Ces sierras ne sont que les plus occidentales d'une série de chaînes, toutes détachées du plateau bolivien, suite directe de celui du Chili, et embrassant, sur le flanc oriental de la chaîne des Andes, une largeur de 300 kilomètres. Ces Cordillères argentines forment une série de bourrelets, dont quelques-uns, comme la Sierra granitique de Aconquija, réussissent à s'élever jusqu'à 5600 mètres.

A partir de cette dernière chaîne, une chute extrêmement rapide amène, entre 300 et 500 mètres d'altitude, dans les plaines du Gran Ghaco. Mais, vers le 28" degré, les Cordillères argentines

1. Otto Kuntze, Geogenetische Beilrage^ Leipzig, 1895. — 2. Philippi, Zeits, d, Gesellsch. fiir Erdkunde, Berlin, 1896, p. 50. ,

se courbent visiblement à l'est, en même temps qu'elles gagnent du terrain vers le Parana; et si bientôt les dépôts de la Pampa en masquent les prolongements, il n'est pas difficile d'en reconstituer les traces jusqu'à cette petite Sierra de Tandil, formée des mêmes terrains, et qui, émergeant jusqu'à 450 mètres au-dessus de la plaine, vient rencontrer l'Atlantique au cap Corrientes.

Plusieurs des sierras argentines sont bordées par des lagunes ou marécages salés, qui généralement se trouvent sur les parties marneuses des assises secondaires relevées dans ces chaînes *. Ces salifias sont particulièrement développées autour de la Sierra de Cordoba.

En outre, le vent, qui amoncelle des dunes avec éléments volcaniques sur le haut plateau des Andes, les fait parfois descendre, en véritables fleuves de sable, dans la province de Catamarca.

Le grand intérêt des chaînes en question consiste en ce que, plus elles s'éloignent des Andes, et plus on y voit prédominer les formations archéennes et granitiques, uniquement représentées dans les sierras de Tandil et de la Ventana, comme sous les limons de la Pampa méridionale. C'est donc contre le bord de l'ancien massif brésilien que les bourrelets des assises paléozolques et secondaires se sont ainsi dressés, marqqant le rivage que les mers ne dépassaient pas du côté de l'est.

Tectonique générale des Andes. — Dans tout le parcours que vous venons d'étudier, la Cordillère des Andes ofTre un type tectonique que nous n'avons encore vu réalisé avec autant de netteté dans aucune chaîne de montagnes. Ce qui en fait l'élément fondamental, c'est une bande fortement surélevée. Mais celle-ci est généralement étroite et ne se compose pas, comme les hauts plateaux de rUtah, de compartiments sédimentaires à stratification régulière. Ce n'est pas davantage un grand anticlinal simple, ni un bourrelet complexe d'assises violemment plissées et comprimées les unes contre les autres. C'est une série disloquée de paquets, où les couches stratifiées, d'âge secondaire, alternent avec des tufs, attestant une activité volcanique qui s'était manifestée entre le jurassique inférieur et le crétacé moyen, à l'époque où la région formait, en regard du Pacifique déjà bien dessiné, le bord d'un grand massif oriental très stable.

Dans cette série, les paquets se succèdent, en général, inclinés d'ordinaire vers l'ouest, de telle sorte que, en montant de l'ouest à

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