‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 343 sur 364 · Brackebusch, P'e^crm. Afi7/ei7M/i^e7t · texte numérisé non relu

Brackebusch, P'e^crm. Afi7/ei7M/i^e7t

TECTONIQUE DES ANDES 671

Test, on rencontre des compartiments de plus en plus anciens, depuis le tertiaire et le crétacé supérieur, toujours en bandes disloquées, mais non plissées, jusqu'aux assises secondaires ou primaires d'âge indéterminé, qui précèdent l'apparition de Tarchéen. Ce dernier, abstraction faite des épanchements volcaniques récents, se montre de préférence dans le haut bourrelet oriental, c'est-à-dire dans ce qu'on appelle parfois Y Anti- Cordillère y là où il y a dédoublement de la chaîne culminante.

Ce n'est que sur le versant oriental qu'apparaissent en divers points, détachés de la chaîne principale, de véritables plis, engendrant des bourrelets parallèles ou Pré-Cordillères. Ces accidents appartiennent à un ensemble de plissements, qui ont dû dresser une série de chaînes contre le bord du massif oriental ou brésilien. Les traces, plus ou moins morcelées, de cet ancien effort, se trouveraient dans les Sierras argentines et pampéennes. A l'extérieur se produisaient les éruptions secondaires, localisées au bord occidental. Enfin ce dernier territoire, en somme assez étroit, pressé entre les Sierras et le ruban archéen du littoral, se serait soulevé en bloc à la fin des temps tertiaires, mais en se disloquant par des cassures, qui ont permis à l'activité éruptive de se manifester de nouveau d'une façon grandiose. Et les volcans s'y sont établis, comme au Caucase, au sommet de la falaise qui limite le compariment surélevé .

Ainsi la chaîne des Andes aurait été préparée de bien longue date, puisque, appuyée contre un bourrelet plissé, qui lui-même s'était dressé contre un rivage très anciennement délimité, elle s'est définitivement constituée par ' la surrection de la longue bande où, depuis le Chili méridional jusqu'à la Colombie, les éruptions volcaniques s'étaient donné carrière au milieu des temps secondaires*.

Partie moyenne des Andes. — Sous le tropique, vers la Bolivie, le haut plateau andin subit un brusque élargissement. Tandis que la Cordillère orientale s'écarte vers le nord-est, la branche occidentale garde sa direction nord-sud, et, bientôt débarrassée à son pied de toute chaîne côtière, domine immédiatement le Pacifique en un magnifique rempart, couronné par des cimes volcaniques de 5000 à 6000 mètres.

Au delà se poursuit, sous les noms de Punaei de plateau Despo-

i. Ces éruptions ont consisté surtout en épanchements et projections de roches assez basiques, de la famille des porphyriles, alliée aux andésites récentes de la même chaîne.

blado, ce dernier mot exprimant si bien le caractère désertique, la haute steppe bolivienne. Sa partie orientale descend à l'est et finit par entrer dans le bassin de drainage du Pilcomayo. Mais, au delà du 22« degré, une nouvelle Cordillère nord-sud s'y dessine, élevant ses sommets à 4500 mètres ou SOOO mètres; c'est celle qui domine Potosi à l'ouest, pour se terminer près d'Oruro. Entre elle et le grand rempart côtier subsiste, avec une altitude moyenne de 4000 mètres, un haut plateau sans écoulement extérieur. Au midi, vers 20 degrés de latitude, ce plateau, qui se ressent encore du régime désertique, abonde en grands marécages salins. Mais plus au nord, la pluie augmente un peu avec le voisinage des tropiques, et suffit pour alimenter le ^rand lac Pampa Aullagas.

C'est alors que, brusquement, les deux chaînes dévient au nordouest, le plateau intermédiaire gardant la même largeur et les mêmes caractères, avec un fleuve en son milieu qui relie le lac Aullagas au grand lac Titicaca (3808 m.). Cette nappe d'eau, dominée à l'est par les merveilleuses cimes des environs de la Paz, rillimani et le Sorata, est entourée par un véritable amphithéâtre de montagnes, qui altèrent complètement le caractère jusqu'alors si uniforme de la bande surélevée.

Plateau péruvien. — Néanmoins cette bande continue, môme avec un surcroît de largeur, jusqu'au delà du H* degré. Par endroits, la Cordillère occidentale la domine de si peu qu'on donne à ce rebord le nom de sourcil de la Sierra. Mais le plateau cesse d'être privé d'écoulement extérieur. C'est qu'ici l'abondance des pluies équatoriales, tombant sur le versant de l'ouest ou Youngas, a suffi pour en assurer le modelé, et les puissants affluents de l'Amazone ont pu s'y développer en un large éventail, poussant leurs eaux de tête jusque tout contre le lac Titicaca. Il est à présumer que ce lac faisait corps, à l'époque quaternaire, avec celui d'AulIagas *, et môme avec le grand marécage de la Pampa de Empeza; de la sorte, le puissant modelé de cette partie septentrionale est surtout l'œuvre d'une époque où les agents d'érosion étaient beaucoup plus énergiques qu'aujourd'hui; car, de nos jours, le régime de la côte Pacifique demeure singulièrement sec, et l'on constate un abaissement graduel dans le niveau du lac Aullagas. D'ailleurs, sur les bords de la rivière qui fait communiquer cette nappe d'eau avec le lac Titicaca, on a trouvé des restes

i. Sleinmann, m Berghaus Physikalischer Atlas,

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de grands mammifères herbivores, et le Cerro de Potosi a fourni les débris d'une flore de climat humide et très chaud.

L'effet des érosions tropicales ressort clairement dans l'espèce de cul-de-sac où la queue du haut plateau, toujours contenue entre deux bords élevés, vient mourir dans le cirque de Cerro de Pasco (4302 mètres). La lagune de Chinchaycocha, qui en occupe le fond, a été conquise au bassin de l'Amazone par un haut affluent de l'Ucayali, qui, par une série de cluses et de vallées longitudinales, entaillées dans le flanc oriental de la chaîne, a réussi à s'introduire, sous la forme du Mantaro, dans l'axe même de la boucle, qu'il draine entièrement.

Disparition des volcans. Tretmblements de terre. — Un grand changement intervient, en outre, dans cette partie péruvienne des Andes. Les volcans disparaissent, comme si leur existence était étroitement liée à la direction nord-sud de la côte chilienne. Du moins, les quelques grands cônes éruptifs qu'on observe encore dans la province d'Arequipa sont-ils tous en repos.

En outre, les abords du lac Titicaca laissent voir des assises primaires, telles que le carboniférien marin, dont aucune trace ne s'était encore montrée au sud dans la chaîne proprement dite, mais dont les affleyrements avaient commencé à s'étaler largement dans les chaînes ai^entines, comme en Bolivie, sur la déclivité orientale à partir du méridien de Potosi.

Aussi bien dans les directions orographiques que dans celles des plis qui affectent les couches sédimentaires, l'inflexion des Andes se montre continue, et c'est sans aucune rupture que se fait le passage de l'alignement nord-sud à cette direction nord-ouest qui caractérise la côte du Pérou. Cependant, comme nous venons de le voir, l'influence volcanique actuelle cesse presque immédiatement sur cette côte. En même temps, les tremblements de terre affectent tout particulièrement la jonction des deux alignements. Ainsi la ville d'Arequipa a été entièrement détruite en 1582 comme en 1784. De 1811 à 1845, on a compté dans cette région 826 séismes, et, depuis lors, il s'en est produit de notables en 1868 et 1817. La localité la plus dévastée est celle d'Arica, située juste à l'angle rentrant du littoral.

Cordillères péruviennes. — Après le nœud qui domine Cerro de Pasco, une série de hautes chaînes parallèles, formées en majeure partie par les plis des terrains sédimentaires, courent le long de la côte. On en peut compter trois : la Sierra occidentale, Oh des cimes de plus de 6000 mètres se dressent entre le rivage et le

DE LAPPAREKT. — Lccons do gèogT. phvs. 2* édit. 43

Maranon; la Sierra centrale, en forme de plateau allongé, entre le Maraûon et THuallaga; enfin la Sierra orientale, dont les flancs, garnis de forêts vierges, descendent jusqu'à TUcayali. Encore la Sierra occidentale est-elle divisée en deux chaînes parallèles par la profonde coupure où coule le rio de Santa. La plus intérieure porte une cime de 6721 mètres et sa crête est couverte de neiges, ce qui lui fait donner le nom de Nevada; tandis que la chaîne extérieure, bien que ses sommets dépassent 5000 mètres et qu'aucune brèche ne l'échancre au-dessous de 4200, reste la Sierra Negra ou noire, parce que les vents brûlants du littoral en écartent toute couverture neigeuse.

C'est l'érosion qui a creusé entre les deux chcdnes, au milieu des roches secondaires et suivant leur direction, le sillon rectiligne ou couloir de Huaylas, où l'on distingue encore les traces de lacs étages, témoins des premières phases du modelé.

Coude de la Cordillère. — Tout cet ensemble se poursuit jusque vers le 6* degré de latitude, où se produit un coude brusque de la chaîne vers le nord-nord-est. Ce coude coïncide avec un abaissement et un rétrécissement notables de la Cordillère, si bien que le haut Maraôon parvient à pousser, sa source à moins de 180 kilomètres du Pacifique, et n'est séparé que par un ^euil d'environ 2000 mètres d'un tributaire de cet océan. C'est l'indice d'une ligne particulière de faiblesse du continent, juste dans le prolongement du grand synclinal de l'Amazone. Il est à remarquer que sur ce coude, contre le littoral, se trouvent les gisements de pétrole du Pérou.

Une autre particularité distingue cette région, c'est l'existence, entre la chaîne occidentale et la côte, d'un véritable désert, dit de Sechura, large de 130 kilomètres. En eflet, la bande des précipitations atmosphériques inférieures à 20 centimètres embrasse justement ce promontoire, ce qui explique à la fois le régime désertique et l'absence de vallées d'érosion descendant de la crête, sensiblement abaissée en ce point.

Andes équatoriales. — Au delà, en regard de la profonde échancrure du golfe de Guayaquil, commence la série nord-nord-est des Andes équatoriales (ou écuadoriennes). Là encore il y a deux chaînes, avec un plateau déprimé intermédiaire : celle de Test, haute en moyenne de 4000 mètres, où domine Tarchéen; celle de l'ouest, un peu moins élevée, où des roches éruptives accidentent les terrains secondaires redressés. En même temps les volcans reparaissent, plus majestueux que jamais, notamment le Chim-

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borazo (6310 mètres) et le Pichincha sur la Cordillère occidentale, TAntisana (5756 mètres) et le Cotopaxi (5943 mètres) couronnant la chaîne orientale. On peut constater, par la disposition des produits éruptifs, que la formation de ces volcans a suivi le creusement des vallées qui échancrent la montagne.

Une pareille activité volcanique, se développant simultanément sur deux rangées aussi rapprochées, ne pouvait manquer de réagir puissamment sur la haute terre intermédiaire, le plateau de Quito et de Riobamba. Aussi ce dernier, large d'à peu près 70 kilomètres, est-il divisé, par des hauteurs transversales, en une série de cirques disloqués, d'une altitude moyenne de 2500 mètres, au milieu desquels s'ouvrent de nombreuses crevasses, et que parsèment souvent des cônes d'éruption. Les tremblements de terre y exercent de fréquents ravages. Cette suite de dépressions est drainée à la fois par les fleuves du Pacifique, qui arrosent dans leur descente une terre basse, très boisée et bien cultivée, et par les affluents de l'Amazone. Les uns et les autres, à la faveur de la hauteur de chute, ont poussé leurs eaux de tête au delà des crêtes des deux Cordillères, en opérant la conquête du plateau.

Andes colombiennes. Chaînes du Venezuela. — Ce qui distingue les Andes colombiennes, c'est qu'aux deux chaînes précédentes, entre lesquelles se poursuit dans un synclinal de terrains secondaires la vallée du Rio Cauca, vient se souder à l'est une Cordillère orientale qui, limitant la vallée du Rio Magdalena, s'écartq^de plus en plus pour décrire une courbe continue et se raccorder avec le rivage du Venezuela.

Un axe archéen, portant une sérié de volcans et, entre autres, le cône encore actif de Tolima, haut d'environ 5600 mètres, distingue la Cordillère médiane, autour de laquelle le terrain crétacé est fortement redressé. Quant à celle de l'est, où les volcans ne jouent plus aucun rôle, M. Hettner* la dépeint comme une sorte de Jura suisse, où plusieurs plis successifs du crétacé laissent entre eux des vallées que les fleuves franchissent par des cluses, toujours sur le versant oriental. Un instant, cette chaîne enferme une haute plaine, celle de Bogota, arrosée par un seul émissaire, qui la quitte par une cascade de 146 mètres.

A la chaîne orientale fait suite, dans le Venezuela, la haute Sierra Nevada de Merida, où l'archéen sert d'appui aux couches plissées du crétacé et du tertiaire, et dont le flanc nord tombe d'un

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