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TERRES POLAIRES AMÉRICAINES

aux assises du jurassique inférieur. C'est cette bande qui, servant d'appui aux sédiments du crétacé et du tertiaire, s'est soulevée plus tard par paquets successifs, pour former la Cordillère actuelle, avec sa crête relativement plane et ses deux bords culminants : celui de l'est, appuyé contre les anciens plis, relevés par le même mouvement avec leur noyau archéen ; 'celui de l'ouest, front de la cassure principale, à partir de laquelle s'est effectuée la dislocation du versant Pacifique par paquets de plus en plus abaissés.

Sur cette grande ligne de cassures se sont établis les volcans, toujours échelonnés d'une façon générale suivant le méridien, et ne s'interrompant que là où les coudes formés par les plissements péruviens et ceux du Venezuela obligeaient la dislocation littorale à abandonner cette direction du nord au sud.

Quant au rôle qu'a pu jouer, dans cet ensemble de mouvements, l'étroit ruban de schistes cristallins qui se poursuit si régulièrement tout le long du Pacifique, il serait imprudent d'essayer de le définir, avant que la question, encore très controversée, de l'âge de cette bande, ait été résolue. Toujours est-il qu'au large, dans le Pacifique, aussi bien aux Galapagos qu'à San Ambrosio, on n'observe que des formations volcaniques, qui parfois pointent en pleine mer sous la forme de colonnades basaltiques pareilles à des cathédrales.

Terres américaines. — Les descriptions qui précèdent, destinées surtout à fournir un cadre général aux études de géomorphogénie, n'avaient pas la prétention d'être complètes, et bien des points de la surface du globe ont ainsi passé inaperçus, qui auraient mérité une mention spéciale dans un travail plus étendu. A ce titre, nous pourrions nous arrêter ici. Cependant il semble utile d'ajouter quelques brèves considérations sur les terres circumpolaires des deux hémisphères.

L'ensemble des terres qui bordent l'Amérique du Nord, à partir du cercle polaire, trahit la dislocation d'un territoire primitivement continu, aujourd'hui morcelé en de nombreux fragments, où prédomine nettement la direction nord-ouest de la côte .du

Labrador et des bords de la baie de Baffin. Les terres de Baffin, deNorth-Devon, de Lincoln et d'Ellesmere, parleur rivage oriental si uniformément plus élevé que le reste, accusent un mouvement de bascule avec inclinaison au sud-ouest.

Ce mouvement a affecté une ancienne pénéplaine, mais où, à l'exception dès bords de la Baie de Baffin, les affleurements archéens, à l'ouest du Groenland, ne semblent pas dépasser, sinon en quelques points isolés, le 70® parallèle. Ce sont les terrains primaires qui prennent alors leur place ; et même, au nord, dans le groupe des terres de Grinnell, on voit apparaître des formations marines d'âge secondaire, qui montrent que la mer a le plus souvent, sinon toujours, occupé ces parages septentrionaux.

Groenland. — Le Groenland forme une terre à part. Ce qu'on connaît de ses rivages, jusqu'au 70® parallèle, est exclusivement archéen, bien que l'île de Dîsco témoigne d'incursions marines venues de l'ouest. Dans l'extrême-nord, la contrée, qui paraît se termine^ en un archipel découpé, se montre formée de gneiss et de granité, traversés par des dykes de trapp. Seulement, dans la baie de l'Indépendance, il s'y trouve un peu de grès rouge*.

Ce qui est capital, et sans doute en relations avec les dislocations dont les bords du détroit de Davis portent les traces, c'est l'altitude acquise par la contrée. L'immense plateau neigeux de l'intérieur s'élève jusqu'à 2700 mètres sous le 63' parallèle, jusqu'à 2400 sous le 80® degré. Après le Tibet, le Groenland est, sous le rapport de l'étendue, la seconde unité géographique dont la surface soit à plus de 2000 mètres d'altitude. On peut dire, en gros, que cette condition se poursuit sur plus de 20 degrés de latitude, avec une largeur moyenne de plus de 700 kilomètres, soit environ 1 SOO 000 kilomètres carrés ou trois fois la superficie de la France.

A la vérité, une part de ce relief est due à un manteau de neige et de glace dont l'épaisseur, suivant les points, peut varier de 300 à 1500 mètres. Mais outre que, par sa fixité, ce manteau se comporte, au point de vue météorologique, comme ferait de la terre ferme, cette dernière n'en est pas moins, sur tout le pays, à une altitude exceptionnelle. Le maximum est d'ailleurs obtenu tout près de la côte orientale, de sorte que, là encore, il semble qu'on ait affaire à un compartiment qui aurait basculé en s'inclinant à l'ouest. Les fractures dont ce mouvement a été accompagné

!. Peary, GeographicalJournal, 1898, p. 215.

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