OROGRAPHIE DU GROENLAND
auraient déterminé les épanchements basaltiques de la côte occidentale.
Orographie du GroexUand. — D'après les récentes investigations de M. de Drygalski*, le Groenland tout à fait méridional est un district de forte altitude, très découpé par des fjords et des sounds, dont les rochers, aux formes déchiquetées, s'élèvent jusqu'à 2000 mètres et plus. Tandis qu'à partir de Julianehaab le Groenland s'élargit de plus en plus vers l'ouest, faisant face à la mer par des fjords dont les croupes sépara tives ont en général une altitude de 1000 mètres, la chaîne du cap Farvel se poursuit à l'est par une série de sommets de 2000 mètres, et que domine le champ de glaces de l'intérieur, s'élevant à 2700 mètres sous le 65' parallèle. C'est mieux encore aux environs du 70* degré, et enfin sous le 73% à l'extrémité du fjord de François-Joseph, le pic Petermann se dresse à 3500 mètres.
A partir de l'île de Disco, la côte occidentale se montre bordée d'îles et de presqu'îles, qui toutes s'élèvent à des hauteurs bien supérieures, parfois de 1500 mètres, à celles qu'atteint l'extrémité libre du champ de glaces. Mais tout à fait au nord de la contrée, à partir du cap York, il y a soudure intime entre V inlandsis et les nappes de glace recouvrant le littoral, qui se maintient à des hauteurs voisines de 2000 mètres, la glace en arrière montant jusqu'à 2500.
Tandis que, sur la côte orientale, la glace tend toujours à monter sur les nunalaks ou pics isolés qu'elle entoure, il en est autrement du côté de l'ouest. Là elle fond au contraire à leur contact, laissant entre elle et le rocher de profonds sillons. D'autre part, la cryoconit€y c'est-à-dire la poussière minérale dissém'inée sur l'inlandsis, est très rare dans l'est et le sud, tandis qu'elle abonde sur le versant occidental. M. de Drygalski en conclut que le vrai champ d'alimentation de la glace intérieure est situé le long de la côte orientale, tandis que le rivage opposé en représente la région d'écoulement.
Circonstances climatériques de la région. Mouvements du sol. — En effet, une circonstance toute spéciale doit gouverner le climat de la bande orientale du Groenland. C'est le long de cette bande que se produit le contact entre le convoi des glaces polaires, rapidement poussées vers le sud, et le courant, relativement tiède, qui prolonge le Gulf-Stream jusqu'au Spitzberg. De ce contact, combiné avec la forte altitude de la contrée, doivent résulter d'abon-
1. GrÔnland Expédition^ Zeitschrift der Ges, fur Ei^kunde zu Berlin, Berlin, 1897.
liantes précipitations atmosphériques, qui suffiraient à expliquer l'épaisseur exceptionnelle des névés groenlandais.
Contrairement à une opinion qui avait d'abord prévalu, Vinlandsis ne doit pas être considéré comme un reste d'une couverture plus étendue, qui se serait constituée, avant l'époque actuelle, lors des temps dits glaciaires.
En effet, les voyages de MM. Ghamberlin et RoUin Salisburj* * ont établi ce fait curieux, que les formes topographiques caractéristiques du récent passage de la glace font très souvent défaut sur la côte du Groenland. En beaucoup de points, les contours des montagnes côtières sont heurtés et découpés en dents de scie. Loin de s'exagérer avec le voisinage du pôle, les conditions glaciaires sont plus prononcées entre 74 et 76 degrés de latitude qu'entre 76 et 79, Ainsi, sous le 76" parallèle, la limite des neiges descend à 300 ou 400 mètres plus bas que sous le 78'. Souvent aussi le peu d'importance du dépôt erratique et la profonde altération superficielle de l'archéen excluent toute idée d'un long séjour antérieur de la glace.
M. Peary a observé que, dans tout le Groenland septentrional, le vent, parfois d'une violence extrême (certains ouragans donnent à l'anémomètre une vitesse de près de 80 kilomètres par heure), souffle constamment en rayonnant de l'intérieur vers les dépressions des fjords, quelle qu'en soit la direction. Cela paraît bien être le caractère d'un anticyclone permanent, comme il doit s'en trouver nécessairement sur ce plateau de névé, où le premier voyage de Nansen a fait ressortir l'existence d'un pôle de froid.
Les mouvements des régions circumpolaires ont dû être nombreux et compliqués. Ainsi, sur les côtes sud et sud-est de la Terre de Baffin, des plages soulevées, avec restes de coquilles d'espèces vivantes, font ressortir une émersion récente dont l'amplitude aurait atteint de 80 à 90 mètres. L'inégale condition des surfaces, quant au degré d'altération, plaide aussi en faveur de mouvements différentiels. Les fjords de Big Island et du Cumberland Sound laissent voir, à 1 mètre 50 ou 3 mètres au-dessus de la haute mer, des plages d'émersion si récente qu'aucune végétation n'a encore pu s'y installer *.
Spitzberg*. Novaïa Zemlia. Terre François-Joseph. — Le Spitzberg confirme ce que laissaient entrevoir les terres septentrionales de l'Amérique. La part qu'y prennent les sédiments marins, non
{.Journal of Geology, Chicago, 1895, p. 8"8. — 2. Thomas Walson, Joutmal of Geology, V, n* 1.