‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 348 sur 364 · VINGT-NEUVIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIEME LEÇON

Caractères généraux des océans. — La science des océans ou Océanographie forme aujourd'hui une branche importante et presque indépendante de la géographie physique \ Il ne saurait être ici question d'en exposer même les principes généraux. Mais pour compléter les détails que nous avons donnés sur les plus grandes unités géographiques, il convient d'envisager très brièvement les caractères des .aires océaniques.

Nous rappellerons d'abord ce que nous avons dit en commençant' : à savoir qu'au point de vue morphologique, les océans se composent, comme les continents, de compartiments d'inégal relief. Seulement les pentes y sont généralement continues, aucun modelé superficiel n'étant venu y creuser des sillons. Seules les accumulations volcaniques et les dépôts sédimentaires ont pu modifier, par des additions locales, le relief résultant des déformations provoquées par les causes internes.

On examinera plus loin l'allure de ces déformations, telle qu'elle résulte des dernières recherches sous-marines. Pour demeurer ici dans les généralités, nous dirons quelques mots des mouvements dont la masse océanique est le siège, et qui ont tant d'importance pour la distribution des conditions thermiques sur le globe.

Courants marins. — Il est aujourd'hui démontré que la cause la plus puissante pour la formation des courants marins est l'action des vents de direction constante. On a calculé que de tels vents, soufflant avec la force moyenne des alizés, seraient, au bout de 100 000 ans, capables de mettre en mouvement, par entraînement des couches successives, une tranche d'eau de plus de

1. Voir à ce sujet les publications de M. Thoulet. — 2. Voir plus haut, pp. 16, 18.

4000 mètres de profondeur. Mais cette absolue invariabilité n'est jamais réalisée et, en fait, les courants équatoriaux engendrés par les alizés, c'est-à-dire ceux des vents qui ont le plus de constance, ont rarement plus de cent brasses (183 mètres) de profondeur. Après eux viennent les courants produits par les vents d'ouest qui soufflent dans les hautes latitudes des deux hémisphères.

L'influence de ces deux sortes de courants serait peu considérable si, en venant choquer les continents, ils n'éprouvaient une déviation qui les presse contre un rivage, les concentre, et leur fait acquérir une force particulière. Telle est la vraie cause de la formation des deux principaux courants de l'hémisphère boréal, le Gulf Stream de l'Atlantique et le Kouro-Shio de la côte japonaise.

Dans la Mer Rouge, pendant une moitié de l'année, le vent souffle du nord, causant un courant dirigé vers Aden, et un abaissement général du niveau d'environ 0 m. 60. Pendant l'autre semestre, l'extrémité méridionale de la mer est balayée par un vent de sud-est et le niveau s'y relève.

Les recherches de M. John Murray sur les lochs d'Ecosse ont montré que le vent, qui souffle sur un rivage lacustre, chasse devant lui l'eau de la surface, laquelle est remplacée par l'ascension de l'eau du fond. De la même manière, l'alizé qui souffle sur les côtes orientales des grands océans appelle l'eau du fond, toujours plus froide. C'est ainsi que les côtes en question sont presque toujours exemptes de coraux, tandis que ceux-ci prospèrent sur les côtes occidentales, contre lesquelles affluent les courants équatoriaux.

On le voit bien en Afrique, où les coraux prospèrent sur la côte de l'est, depuis le fond de la Mer Rouge jusqu'à Port-Natal; tandis que, du côté atlantique, ils sont limités entre le 3* degré de latitude S. et le 10® degré nord. Le fait est encore plus frappant le long de l'Amérique du Sud, où la côte occidentale ne laisse pas voir un seul récif de corail sur la partie comprise entre la Terre de Feu et le 1®*' parallèle de lat. N., tandis que, le long du Brésil, les récifs se poursuivent jusqu'au tropique.

Action des différences de température. — On attribuait autrefois une grande importance aux difierences de température et par conséquent de densité, comme cause de courants marins de surface. Mais, comparée à l'eflet des vents, cette source peut être regardée comme insignifiante. On en a la preuve dans la Mer Noire. Bien que l'eau de surface de cette mer soit presque douce, tandis que la densité de la Méditerranée au fond est de 1,027, un courant

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