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La Face de la Terre, Irad. française, I, p

tributaire de cet océan. Pour 80 millions de kilomètres carrés, alors que le Paciflque en compte plus du double, TAtlantique absorbe à son profit le drainage de la moitié de la terre ferme. M. Penck lui attribue en effet 51 p. 100 de la surface continentale, le Pacifique et Tocéan Indien réunis n'en ayant que 27 p. 100, tandis que 22 p. 100 appartiennent aux territoires privés d'écoulement maritime.

Cette supériorité de l'Atlantique tient à ce que les Andes méridionales sont littéralement collées contre le Pacifique. De plus, celles du nord, là où elles sont le plus dilatées, s'accidentent de bassins fermés qui diminuent l'étendue des régions drainées par le Grand Océan. Au contraire, la direction des montagnes européennes est telle quelles cours d'eau parviennent sans difficulté à l'Atlantique, soit par la Méditerranée, soit par les mers du nord. Cet océan était donc prédestiné, non seulement par sa moindre largeur, mais par la disposition des réseaux hydrographiques, à faciliter les échanges entre les deux mondes auxquels il sert de réservoir commun.

Dots atlantiqueB. — Quelques îlots méritent d'attirer l'attention dans l'Atlantique boréal. Le premier est celui de Rockall, situé à 300 kilomètres au large des Hébrides. C'est un rocher d'environ 21 mètres de haut, et de 100 mètres de circonférence, qui surgit au-dessus d'un banc, de 160 kilomètres du nord au sud, et 80 de l'est à l'ouest, sur lequel la profondeur de l'eau est inférieure à 180 mètres. La drague y recueille en abondance des coquilles de peignes et autres mollusques ayant appartenu à des animaux morts depuis longtemps, et qui n'auraient pas pu vivre à celte profondeur. Cette portion de l'Atlantique serait donc en voie de submersion. La roche de l'îlot est une sorte de porphyre granitoïde, à quartz, feldspath et augite. Il paraît y avoir du basalte sur le banc sous-marin *.

Le second îlot ou groupe d'îlots est celui des Bermudes. On peut dire que ces îles reposent sur un véritable pic sous-marin, dont le sommet porte rarement plus de 15 à 20 mètres d'eau, et dont les' flancs sont si raides, qu'à 13 ou 15 kilomètres du bord de la plateforme d'où émergent les îles, la profondeur devient de tous côtés de 2200 à 2500 mètres. C'est, suivant toute vraisemblance, un cône volcanique, dont le sommet tronqué a servi d'appui à des constructions coralliennes*.

i. Voir Transactions of the Boyal îrish Academy, XXXI (août 1897). — 2 Tarr, American Geologist, XIX (1897).

AÇORES. GULP-STREAM 689

On y voit une dune calcaire, consolidée en couches inclinées, reposer sur un ancien conglomérat de rivage, à nombreuses coquilles d'espèces vivantes, qui lui-même a pour base une roche corallienne compacte et dure. Des cavernes avec stalagmites s'y rencontrent, à un niveau inférieur à celui de la mer, et des lits de tourbe, avec bois de cèdre, ont été trouvés à 12 ou 15 mètres audessous de zéro. Ces diverses formations portent témoignage des vicissitudes que le socle des Bermudes a traversées et qui, depuis la fin des temps tertiaires, en ont plus d'une fois modifié l'altitude.

Quant aux Açores, elles ne sont pas exclusivement volcaniques et on y observe des traces de dépôts marins d'âge miocène, avec formes organiques alliées à la fois aux Antilles et à la Méditerranée : observation de grande importance, parce qu'elle permet de soupçonner, dans ces îles, le dernier reste d'une traînée qui, à l'époque tertiaire, fermait l'Atlantique au nord, en établissant une communication entre les Antilles et l'Europe méridionale. Le fait que les Açores ne contiennent, dans leur faune terrestre et leur flore actuelles, rien qui n'ait pu être apporté d'Europe par diverses causes, ne saurait être invoqué contre cette conclusion; car l'ancienne terre des Açores a pu subir une submersion momentanée, après quoi les forces orogéniques l'auraient fait surgir de nouveau, mais cette fois avec l'obligation d'emprunter au dehors toute sa population organique.

Non loin du prolongement de la ligne qui joint les îles Féroë à Rockall se trouve, par 49° de lat. N., le rocher sous-marin de Faraday, immergé par 1100 mètres d'eau, et dont la pente méridionale est d'une raideur extraordinaire, variant entre 19 et 35 degrés.

Gulf-Stream. — Par suite du transport vers le nord que subit la zone chaude de l'hémisphère méridional, une partie du courant est-ouest produit par l'alizé austral vient s'ajouter à tout le courant boréal qui heurte les Antilles. Il en résulte une augmentation de la quantité d'eau qui, traversant cet archipel, vient s'accumuler dans le Golfe du Mexique.

Cette accumulation, comme on sait, détermine le puissant courant du Gulf-Stream. Mais ce dernier n'a pas, dès sa sortie par le détroit de Bahama, la force et la chaleur qu'il acquiert plus loin. Cela tient à ce que, au delà du détroit, il est heurté par la portion du courant d'alizé qui n'est pas entrée dans la mer des Antilles. Comme, d'autre part, le Gulf-Stream est pressé sur sa rive gauche par le courant froid qui longe la côte américaine; comme, en

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outre, Talizé qui souffle à sa surface y active Tévaporation, on conçoit que ces circonstances réunies contribuent à accroître sa vitesse et sa température. Avec une largeur de S5 kilomètres et une profondeur de 800 mètres, il se meut à raison de 134 kilomètres par jour, et cette vitesse croît par moments jusqu'à 220 kilomètres. Son débit est ainsi de près de 90 millions de tonnes par seconde.

Grâce à celte bienfaisante influence, l'isotherme de 10* C, pour la température de la surface de la mer, touche dans Taxe de l'Atlantique le 60* degré de latitude, alors que, dans Thémisphère austral,la courbe correspondante ne va nulle part au delà du 46' parallèle. C est à la hauteur du cap Cod, devant Tîle de Nantucket, par 42 degrés environ de latitude nord, que l'extrémité du Gulf-Stream, se ramifiant en plusieurs bras, entre en conflit avec le courant froid du Labrador*. Suivant les saisons et les années, comme aussi selon la direction du vent, la nappe d'eau chaude est plus ou moins profonde et plus ou moins rapprochée de la côte, influant sur les conditions vitales des animaux marins à la surface du socle continental immergé. Tandis que les vents d'été, soufflant du sud-est, repoussent le courant chaud contre la côte, les vents d'hiver ou du nord-ouest l'en écartent. D'autre part, les déplacements de l'éventail d'eau tiède à la surface, et la rencontre de ses branches avec des glaces flottantes, sont le principe de tempêtes destinées à traverser l'océan.

Les courants froids qui descendent des rivages du Labrador ne sont pas seulement des courants de surface. Ils passent par endroits sous les courants chauds superficiels de sens contraire. Un exemple remarquable est fourni par le trajet que suivent, à l'est du grand banc de Terre-Neuve, certains ice-bergs apportés par le courant de la baie de Baffin. On les voit poursuivre leur course au sud, malgré la direction nord-est du Gulf-Stream, et cela parce que leur base, souvent immergée sur 200 mètres, est exclusivement sous l'influence du courant froid inférieur*.

Influence des seuils. — La distribution de la température, sur le fond de l'Atlantique, subit d'une façon très remarquable l'influence de la croupe médiane qui surgit partout dans l'axe de cet océan.

Grâce à cette croupe, l'aire de maximum de froid (de zéro à six dixièmes de degré au-dessous de zéro) qui règne au large de l'embouchure de la Plata, ne parvient pas à faire sentir son

1. Voir W. Libbey, Report of the sixih intern. geograph. Congress, 1895. — 2. Wharlon, Discours à l'Association britannique à Oxford, 1894.

RIVAGES DU PACIFIQUE 69i

influence dans la partie orientale de TAtlantique. L'aire dé 0° à + 1° qui l'entoure se recourbe au nord-ouest après avoir atteint Téquateur et vient finir un peu avant Tembouchure de TOrénoque; tandis que, dans la fosse orientale de T Atlantique l^préal, pas un seul point du fond n'est à une température inférieure à + 1^, l'influence des mers arctiques étant complètement annihilée par le seuil islandais.

Ce seuil exerce un autre effet très caractéristique : l'eau relativement tiède du Gulf-Stream s'accumule contre cette barrière en descendant jusqu'au fond, si bien que là règne une température de 3 à 4 degrés, partout ailleurs inconnue, sauf au voisinage des côtes^.

Rivages du Pacifique. — A l'encontre de l'Atlantique, le Pacifique est une dépression essentiellement structurale, où la direction des rivages est toujours d'accord avec celle des dislocations voisines. Cela est vrai depuis Java (et même depuis Chittagong, à l'extrémité du Golfe du Bengale), tout le long de la côte asiatique, en passant par le Japon et les Kouriles, puis à Test, par les îles Aléoutiennes jusqu'à l'Alaska. Mais la relation est bien plus évidente encore sur le rivage oriental de l'océan, marqué depuis l'Alaska par les chaînes côtières jusqu'au sud de la Californie, puis par la Sierra Madré occidentale du Mexique, enfin, après la région de l'Amérique centrale, reliée dans sa structure aux Antilles, par la longue Cordillère qui reste si étroitement soudée à la côte jusqu'à la Terre de Feu.

Malgré cette similitude générale, il n'en existe pas moins une remarquable opposition entre les deux bords du Pacifique.

Sur le bord oriental, une chaîne ininterrompue de hautes montagnes se dresse tout contre les deux Amériques, ne laissant jamais aucun intervalle appréciable entre elle et le rivage. Sur le bord septentrional et occidental, dès l'Alaska, on voit se poursuivre une série d'îles nettement alignées, sommets de chaînes de montagnes de très notable relief, mais en majeure partie submergées. Toutes, comme Ta fait observer M. Suess, dessinent des arcs convexes vers le Pacifique, et sont d'ailleurs séparées du continent par des fosses assez profondes.

Ainsi l'arc des Aléoutiennes va se souder avec le milieu du Kamtchatka, laissant en arrière la fosse de Bering atteindre des profondeurs de 2 à 4 kilomètres, tandis que le détroit du même nom est barré par un seuil qui ne descend pas au-dessous de 52 mètres. Ensuite vient l'arc des Kouriles à Yesso, puis l'arc japonais ; celui

des Lïou-Kiou; Tare des Philippines, isolant la merde Chine ainsi que les fosses profondes de Soulou et de Célèbes.

Au delà on voit se poursuivre, à Textérieur du continent si compact de TAustralie, Tare de la Nouvelle-Guinée, où les montagnes, à moins d'un degré de Téquateur, portent des neiges éternelles, le Mont Stanley y dépassant 4000 mètres. Viennent ensuite la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande, qui laissent une fosse

Fig. 162. — Répartition des grandes profondeurs dans le Pacifique, d'après les derniers documents. — I, Fonds do 5000 à 6000 mètres; II, fonds do 6000 à 7000; III, fonds de 7000 à 8000 IV, fonds do plus de 8000 m6tres.

de 4 à 5 kilomètres de profondeur se dessiner entre elles et l'Australie.

Profondeurs du Grand Océan. — La bande comprise entre le 160* et le 140® méridien à l'ouest de Greenwich divise assez nettement l'océan Pacifique (fig. 162) en deux moitiés, dont celle de l'est, bien qu abyssale sur presque toute son étendue, puisque la profondeur moyenne y dépasse 4 kilomètres, ne contient pas de fonds de plus de 5000 mètres (sauf une petite fosse entre les Iles Sandwich et les Galapagos, ainsi que deux fosses linéaires et très limitées devant Callao et Coquimbo).

La moyenne des coups de sonde donnés par le navire italien

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