OCÉAN ARCTIQUE. SÉDIMENTS
à l'est de Jan Mayen. Au delà du Spitzberg, cette fosse se recourbe légèrement à Test et continue jusqu'au large des îles de la Nouvelle-Sibérie, où sa limite méridionale est le 79® parallèle*.
Les profondeurs y sont partout supérieures à 2700 mètres. En plusieurs points, la sonde descend à 3000 et plus. A l'ouest du Spitzberg, par 78% on a mesuré 4850 mètres et plusieurs des sondages du FraiHy à l'est de l'archipel François-Joseph, ont donné de 3500 à 3800 mètres.
Ainsi la région arctique, où l'on croyait, il y a peu de temps encore, que la profondeur moyenne ne dépassait guère 300 mètres, est accidentée par un grand sillon, à peu près rectiligne, qui la traverse, de part en part et peut être regardé comme actuellement connu sur 3000 kilomètres de longueur. C'est une modification considérable apportée aux vues des anciens géographes, et une preuve nouvelle que la région du pôle boréal est essentiellement déprimée, tandis que celle du pôle austral paraît former une forte protubérance.
Sur l'Océan Arctique, la prédominance marquée des vents d'est imprime à la banquise un déplacement général qui la pousse vers le Groenland, où elle se résout dans le rapide convoi de glaces, collé à la côte orientale, et contre lequel Nansen a eu tant de peine à lutter en 1887, dans ses tentatives de débarquement sur ce rivage.
Distribution des sédiments dans les mers. — Pour que l'étude morphologique du fond des océans nous renseigne efficacement sur les déformations de l'écorce, il faut qu'on puisse faire la part de ce qui, dans les formes océaniques actuelles, revient à la sédimentation. En effet les débris de la terre ferme, sans cesse charriés par les fleuves et étalés par les vagues, viennent s'appliquer sur le fond des mers, dont ils pourraient, à la longue, modifier singulièrement la forme s'ils s'étendaient sur de grandes surfaces.
Heureusement cette influence est extrêmement limitée, comme on peut s'en convaincre à l'inspection de la figure 163, reproduction abrégée de celle que MM. John Murray et A. Renard ont donnée en 1894 *. Pour 365 millions de kilomètres carrés que comprend la surface des mers, 75 seulement, soit à peu près le cinquième, sont recouverts par des sédiments /em^'ènes, c'est-à-dire empruntés à la terre ferme. De ces 75 millions, 26 appartiennent à la zone de profondeur inférieure à 183 mètres (200 brasses).
1. Voir Barlholomew, Physical Chart ofnorth polar régions; Geogr, Journal^ IX, n" 6 (1897). — 2. Carte des sédiments de mer profonde, avec notice explicative, Bruxelles, 1894.
Mais la proportion apparaît comme bien différente, si Ton fait abstraction de tout ce qui se passe dans les latitudes polaires, au delà du 60" parallèle de chaque hémisphère. On reconnaît alors que, dans ce qui reste, les sédiments terrigènes ne sont sérieusement développés en surface que dans les mers intérieures, telles que la Méditerranée, la Baltique et la mer du Nord, le golfe du Mexique et la mer de Antilles, les mers situées entre TAsie et sa ceinture de grandes îles, le golfe Arabique et celui du Bengale.
En considérant la partie du Pacifique limitée par la chaîne des Andes, les Aléoutiennes, les Kouriles, le Japon et Tare polynésien qui se raccorde avec la Nouvelle-Zélande, on peut s'assurer que la frange sédimentaire n'y représente pas sensiblement plus de 8 millions de kilomètres carrés, et cela pour une surface océanique qui en comprend environ 150. C'est-à-dire que le rapport atteint à peine un dix-huitième. Pour être plus considérable, en raison des nombreux fleuves qui y débouchent, la proportion relative à l'Atlantique n'en reste pas moins assez basse.
La plus grande partie, de beaucoup, du fond des grands océans, ne reçoit que des dépôts d'origine organique (boues à globigérines, boues à radiolaires) ou de simples dépôts chimiques (argile rouge des abîmes du Pacifique et de la partie orientale de l'Océan Indien). Or ces dépôts se forment avec une lenteur telle, qu'ils ne peuvent apporter que des modifications insignifiantes au relief des grands fonds.
ParticularitéB des sédiments terrigènes. — L'épanouissement que subit,. en certains points, la bande des dépôts terrigènes, trahit le plus souvent une submersion relativement récente. Ainsi pour la pointe de l'Amérique du Sud, depuis le 36* parallèle, il est visible qu'il s'agit d'une contrée qui, dans l'origine, 's'étendait jusqu'aux îles Malouines, et dont la submersion progressive a déterminé l'étalement, sur une grande surface, de vases terrigènes qui recouvrent aujourd'hui une nappe d'eau de moins de cent brasses. La même conclusion s'applique aux bas-fonds qui entourent Terre- Neuve, comme à la mer du Nord et à la plate-forme sous-marine étalée en avant de la Bretagne, des Iles Britanniques et de l'Islande.
Il n'en est pas de même pour les deux renflement^ qui portent à plus de 1500 kilomètres la largeur de la zone des sédiments terrigènes de part et d'autre de l'Hindoustan, et cela par des profondeurs de 2000 à 3000 mètres. Il y faut voir le résultat d'un apport exceptionnellement abondant, par des fleuves tels que l'Indus, le
SÉDIMENTS TERRIGÈNES
Gange, le Brahmapoutra, Tlraouaddy, qui descendent directement des plus hautes montagnes du monde, où des pluies d'une intensité
extraordinaire déterminent une érosion plus active qu'ailleurs.
MM. Murray et Renard estiment à 13o millions de kilomètres
carrés l'espace occupé par les boues organiques, et à plus de
133 millions celui que couvre Taiçile rouge. Cela fait ensemble 268 millions, à répartir sur la surface des trois océans, Atlantique, Pacifique et Indien, laquelle en représente environ 314. Il resterait donc 46 millions, soit 15 p. 100, pour les boues terrigènes de ces trois océans. Rien que les deux nappes entourant THindoustan interviennent pour plus de 4 millions. En les défalquant, la proportion tombe à 14 p. 100.
Les mers intérieures sont (à l'exception de celle des Antilles) entièrement occupées par les sédiments terrigènes ; ainsi la mer du Nord, la Baltique, la Méditerranée, la mer Noire, et surtout les mers comprises entre la côte orientale de TAsie, la chaîne des grandes îles extérieures et FAustralie. C'est à cette expansion, générale et très marquée pour les rivages asiatiques, que la zone des dépôts terrigènes doit d'occuper, dans l'ensemble, cette superficie de 15 p. 100 dont il vient d'être question à propos des trois grands océans. Si, dans le Pacifique, on s'arrêtait à la chaîne des grandes Iles, le ruban terrigène deviendrait presque négligeable relativement à la surface totale de cet océan.