‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 356 sur 364 · PYRÉNÉES, JURA, CÉVENNES · texte numérisé non relu

PYRÉNÉES, JURA, CÉVENNES

tionSy cette ascension pouvant d'ailleurs être très inégale dans les divers azimuts. Mais un promontoire d'une falaise, continentale ou maritime, s'il est relié sans interruption, même par un isthme très étroit, au couronnement horizontal du corps de la falaise, n'est pas une montagne. Il ne le devient que quand l'érosion a rompu cette liaison, en créant au moins un col entre la falaise et son poste avancé.

Aperça des montagnes françaises : Pyrénées, Jura, CéVennes, Vosges. — Un rapide coup d'œil, jeté seulement sur le territoire français, même en laissant de côté les Alpes, va suffire à nous montrer combien est grande la variété des types orographiques.

Les Pyrénées se dressent au sud de l'Aquitaine, comme une haute muraille, à la crête peu déchiquetée, tombant d'un seul jet, sans gradins intermédiaires, vers la plaine, et ne se laissant traverser par aucune vallée. Les contreforts qui s'en détachent du côté français sont généralement courts, et il en est peu qui portent des cimes principales, comme le Pic du Midi de Bigorre. Mais les contreforts espagnols sont sensiblement plus longs, plus importants et plus sinueux. Si donc il y a bien une chaîne simple avec ligne axiale culminante, cette chaîne est loin d'avoir ses deux flancs symétriques.

Vu de la plaine suisse, le Jura se présente aussi comme une haute muraille, mais dépourvue de contreforts, à crête bien moins déchiquetée et très uniforme dans son aspect. Seulement, en arrière de cette muraille apparaissent de nombreux chaînons parallèles, d'altitude décroissante vers la Saône, et séparant des vallées longitudinales, qui communiquent de l'une à l'autre par des cluses. C'est donc un ensemble de rides bien alignées, toutes étroites et remarquablement régulières, montant comme une succession de vagues jusqu'à la chaîne culminante qui regarde la Suisse.

Les Cévennes font aussi l'effet d'une chaîne, quand on les regarde de la dépression rhodanienne, qu'elles dominent comme un puissant rempart. Mais le grand nombre des rivières à pente rapide qui en descendent imprime à la crête apparente un dessin bien plus morcelé, parce que les cours d'eau, dans leur travail d'érosion régressive, ont dépassé cette crête, isolant des portions qui apparaissent comme des pics. En arrière se dressent quelques cimes nettement culminantes, comme le mont Lozère. Mais quand on gravit le versant de la chaîne, on s'aperçoit que ces cimes surgissent du sein d'un plateau inégal, dont les Cévennes sont le bord relevé et découpé. L'impression de chaîne s'évanouit alors complè-

tement, pour faire place à celle d'une haute plaine, dominée par quelques massifs disséminés.

C est encore avec Taspect d'une muraille que les Vosges se présentent en face de la plaine alsacienne. La montée est très brusque, et sur la crête, topographiquement très uniforme, se montrent, tantôt le granité, tantôt de gros rochers de grès rouge aux tranches presque horizontales. Mais le versant opposé n'est ni un plateau incliné ni une succession «le chaînons. C'est une véritable croupe, aux ondulations ménagées, qui descend assez doucement vers la Lorraine pour s'y enfoncer sous une ceinture de grès rouges, dont quelques fragments sont demeurés épars sur le versant. L'ensemble est un demi-dôme tranché parallèlement à son axe, et l'on pressent qu'il en faut chercher l'autre partie dans la Forêt-Noire, la vallée du Rhin étant le résultat d'effondrements survenus dans l'axe d'une voûte elliptique.

Ardennes, Armorique, Liimousin, Forez, Auvergne, Morvan. — Le versant méridional de l'Ardenne est aussi une muraille, moins haute que les précédentes et plus progressivement préparée, mais nette, comme barrière fermant l'horizon, quand on la contemple d'un point élevé sur la rive gauche de la Ghiers ou de la Meuse. Cependant la crête semble tout à fait horizontale et ne subit aucune échancrure notable. En outre, elle est le rebord d'un plateau qui s'étend à perte de vue, entamé seulement par la Meuse et son affluent la Semois, qui y ont creusé des gorges profondes et sinueuses. Montagne incontestable pour la France, mais sans rien qui ressemble à une chaîne, l'Ardenne n'est ni l'une ni l'autre pour la Belgique, où sa surface est simplement accidentée de quelques petites rides, toujours en rapport avec la résistance propre du terrain très compliqué qui vient y affleurer.

A un autre type appartiennent les montagnes du massif armoricain, c'est-à-dire les montagnes Noires et les montagnes d'Arrée en Bretagne, ou les chaînes de hauteurs du Cotentin. Ce sont de simples crêtes, assez étroites, toujours en rapport avec la résistance des affleurements, qui se montrent par leurs tranches inclinées ou disloquées, et où les différences de dureté engendrent des reliefs plus prononcés que ceux de la surface de l'Ardenne.

Bien différentes sont les montagnes du Limousin. Remarquables par leurs contours très doucement arrondis, elles forment, tantôt des rides d'une certaine étendue, tantôt de petits massifs comme celui du mont Odouze. Ce sont des noyaux granitiques, que leur dureté plus grande a laissés en saillie à la surface du Plateau

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