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EFFETS DU GULP-STREAM

Ce courant, par sa constance, réagit sur les couches d'air voisines, et détermine dans l'Atlantique central un régime permanent de vents du sud-ouest, c'est-à-dire chargés d'humidité. Il est vrai que l'impulsion du Gulf-Stream ne demeure effective que jusqu'au milieu de l'océan; mais juste au moment où l'air devrait cesser d'être ainsi entraîné, la partie du contre-alizé boréal qui vient de descendre, avec tendance à se diriger au nord-est, relaye^ en quelque sorte, le courant d'air défaillant et prolonge son action bienfaisante.

Une autre cause, également géographique, contribue au même résultat : c'est l'existence des seuils qui ferment pour ainsi dire l'Atlantique nord. C'est d'abord le seuil Wyville'Thomsony qui dresse entre les Hébrides et les îles Feroë une crête sous-marine dont le point le plus bas est à moins de 600 mètres de profondeur. C'est ensuite la barrière qui va des îles Feroë à l'Islande, s'élevant jusqu'à moins de 500 mètres de la surface. Arrêtées par cet obstacle, les eaux chaudes qu'amenait le Gulf-Stream ont fini par s'y accumuler en s'enfonçant de plus en plus; si bien que, tout contre ce seuil, du côté du sud-ouest, la couche d'eau de température supérieure à + 5® s'épaissit au point de descendre à 1500 mètres de profondeur, soit presque aussi bas que devant Ténériffe.

Une pareille masse d'eau, où la température de surface est, eu été, de 10 à 13 degrés, ne peut manquer d'exercer une heureuse influence sur la richesse en vapeur des vents qui viennent frapper les côtes d'Ecosse et de Scandinavie, ce qui explique l'excès des précipitations atmosphériques sur ces rivages.

Zone désertique. — Le remarquable régime de vents de sudouest, dont on vient de rappeler l'existence, doit avoir sa contrepartie dans un phénomène de sens contraire, qui rétablisse l'équilibre constamment troublé. Cela paraît d'autant plus nécessaire que, le long du Japon, un courant analogue au Gulf-Stream, quoique beaucoup moins intense, produit aussi un appel vers le nord-est, ce qui fait que l'Eurasie est réellement encadrée par deux bandes de courants d'air soufflant du sud-ouest. Même, pendant l'été, le régime oriental des vents de sud-ouest gagne, par l'établissement de la mousson, toute la région voisine de l'Océan Indien. C'est pourquoi, sans vouloir ressusciter l'ancienne doctrine de la circulation aérienne sous forme de boucles fermées, partant de l'équateur pour y revenir, il nous paraît qu'il y a des causes suffisantes pour que, sur le centre de l'Asie, il s'établisse UQ retour d'air venant du nord-est.

C'est sans doute une des raisons pour lesquelles, de la contrée d'Iakoutsk jusqu'à la Perse, on voit se poursuivre, le long de la bande oblique des hautes pressions, une aire extrêmement pauvre en précipitations atmosphériques, où les vents dominants paraissent, autant que les documents existants permettent d'en jug*er, souffler du nord et du nord-est. En tout cas, dans cette zone, la chute annuelle de pluie est presque partout inférieure à 20 centimètres. D'ailleurs, au point où la traînée sèche devrait s'arrêter, elle se soude justement à la bande désertique des alizés, celle qui, du Baloutchistan, par l'Arabie, va gagner le Sahara et comprend même les îles du Cap Vert; de telle sorte qu'on peut dire que, de la Sibérie à l'extrémité occidentale de l'Afrique, la bande des déserts se poursuit sans discontinuité.

Par surcroît, on voit se succéder sur ce parcours une série de dépressions sans écoulement extérieur, désert de Gobi, cuvette aralo-caspienne, bassins fermés du Baloutchistan et de l'Arabie, Sahara, tous pays voués par eux-mêmes, ainsi que nous le verrons plus tard, à l'impuissance des eaux courantes, et par suite aussi mal défendus que possible contre l'évaporation. A peine si, par leur altitude, le Pamir et les chaînes iraniennes parviennent à maintenir, pour la zone de 20 à 60 centimètres de pluie, un étroit passage entre l'Himalaya et la Caspienne.

Pour l'Amérique du Nord, la contre-partie du courant humide atlantique semble se manifester sur le parcours de la zone de hautes pressions annuelles, par une large bande, allant de la Californie au détroit de Barrow, et embrassant la moitié occidentale du territoire des Etats-Unis. La chute de pluie y est inférieure à 60 centimètres, et tombe au-dessous de 20, à la fois sur la dépression désertique du Grand Lac Salé, trop voisine du maximum barométrique situé au large de San Francisco, et sur la contrée comprise entre la baie d'Hudson et l'Alaska. Par contre, le voisinage du centre de dépression annuel qui occupe la région des Aléoutiennes procure au littoral de la Colombie une chute de 130 à 200 centimètres et plus, qui se fait sentir dès les approches de San Francisco, mais n'étend pas son influence à l'est de la chaîne côtière.

Importance des conditions gréographiques. — D'après tout ce qui précède, on peut dire que la distribution des pluies, c'est-à-dire de l'agent le plus efficace du modelé terrestre, est déterminée par le concours de deux ordres de phénomènes : d'abord des circonstances cosmiques générales, qui tendent à faire naître une bande

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