‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 53 sur 364 · APLATISSEMENT FINAL · texte numérisé non relu

APLATISSEMENT FINAL

sion des pentes devenues à peu près stables, où elle diminue et parfois supprime la facilité d'entraînement du sol.

En résumé, au bout d'un temps suffisamment long, le territoire soumis à l'érosion finira par être sillonné de thalwegs, n'offrant une pente sérieuse qu'au voisinage immédiat de leur origine; et de l'un à l'autre il ne devra subsister, par suite de l'aplatissement des versants, que des ondulations sans importance. D'ailleurs les crêtes presque verticales qui, à ce moment final, domineront la naissance des thalwegs, et qui seules feront encore sur l'ensemble une saillie notable, seront elles-mêmes attaquées par la pluie, la neige, la gelée et le vent. Elles ne pourront manquer de s'ébouler à la longue, et, en dernière analyse, tout le bassin du cours d'eau devra être aplani. Dans le cas où nous nous sommes placés, en raison du peu de consistance des matériaux de la région, Taplanissement sera complet, engendrant une véritable plaine, parcourue par des rivières au cours incertain. A peine quelques parties, un peu plus résistantes ou mieux protégées par la végétation, demeurerontelles par places, en monticules aux contours adoucis. Quant à l'altitude très progressivement croissante de la plaine, elle est commandée par le niveau de la mer ou celui du lac dont le cours d'eau est tributaire.

On ne saurait citer de meilleur exemple d'aplanissement que celui du bassin du Mississipi, au moins depuis Saint-Louis jusqu'à l'embouchure du fleuve. Une longue émersion, jointe à l'activité propre de cours d'eau considérables, a si bien réduit le relief primitif, qu'il faut remonter le fleuve principal sur 760 kilomètres pourvoir l'altitude s'élever à 60 mètres, et sur plus de 1200 kilomètres pour atteindre la courbe de 300 mètres. Ce qui est encore plus significatif, c'est que, pour s'élever à ce dernier niveau dans une direction perpendiculaire au Mississipi, en allant vers les Montagnes Rocheuses, on doit parcourir au moiQS 500 kilomètres, ce qui donne pour le bassin une pente transversale inférieure à j-^. Quant à la direction opposée, le parcours de Vicksburg à la côte atlantique de Charleston n'offre, sur 1000 kilomètres, aucune altitude qui atteigne 300 mètres.

Pareil exemple est offert par les plaines de la Russie méridionale, où le sol est aussi plat que le régime hydrographique est nettement défini. Pourtant ni la Russie ni le bassin du Mississipi ne sont des territoires formés d'alluvions récentes. Dans tous les deux, c'est principalement la marche normale de l'érosion qui a dû produire l'effet observé.

Territoires argileux. — De tous les genres de terrains homogènes et peu consistants, ceux qui se prêtent le mieux à Taplanissefnent régulier sont les districts argileux. L*eau ne pouvant s mfîltrer dans le sol imperméable, le ruissellement atteint son maximum d'intensité. Les rigoles, dont aucune condition propre à la nature du terrain ne commande le tracé, s*établissent partout où la pente le réclame, en un réseau infiniment ramifié, produisant sur une carte Teffet d'un véritable chevelu. La plupart des thalwegs secondaires n'ont d'ailleurs d'eau qu'en temps de pluies. La nature ébouleuse des argiles exige que les parois des vallons aient très peu de pente. Chaque progrès du creusement entraîne donc la descente en masse de tous les versants. Assurément cette descente n'est pas continue ; elle comporte des saccades, chaque paquet de terrain qui s'éboule pouvant produire sur la déclivité un ressaut momentané dans la ligne de pente. Mais ces accidents se régularisent par la suite, et la région, toujours doucement ondulée, arrive sans obstacle à la condition de plaine. Cette plaine est raccordée avec le niveau de base par de grandes nappes horizontales d'alluvions vaseuses, chaque averse rendant troubles, par entraînement des matériaux, des eaux qui, jusqu'à la fin, gardent une pente appréciable. Dans un tel district, le profil d'équilibre des cours d'eau doit avoir une courbure plus progressive que dans un autre, et la partie horizontale y est plus courte.

Les sables argileux à grain fin, où le nombre des veines d'argile est suffisant pour contrarier l'infiltration, peuvent encore être cités parmi les formations qui réalisent les conditions qu'on vient d'analyser. L'entraînement des particules étant plus facile, le creusement y marchera plus vite; mais les pentes seront moins continues, le terrain pouvant prendre par moments un talus moins éloigné de la verticale.

Influence des conditions météorologigues. — Pour que le modelé d'un territoire se poursuive jusqu'à la fin dans les conditions qui viennent d'être analysées, il faut évidemment que l'outil de ce travail, c'est-à-dire le pouvoir mécanique de l'eau courante, ne soit pas annihilé par quelque perturbation survenue dans les conditions météorologiques.

Si les précipitations atmosphériques, après avoir été abondantes, viennent à subir une diminution notable, les matériaux désagrégés par les intempéries demeurent sur place, formant un chaos de blocs, sous lequel les traits saillants d'une région peuvent demeurer enfouis. C'est ce qui arrive pour la haute chaîne centrale qui tra-

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