‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 64 sur 364 · RIDEAUX · texte numérisé non relu

RIDEAUX

A'B', ses débris, tombant à Textérieur, jusqu'à ce que le sommet tendre C affleurât à découvert. Peu à peu, .Férosion continuant son œuvre, et ayant plus d'action sur Je milieu peu résistant que surleséboulis durs des bords, ce milieu se serait creusé en C.

Rideaux. — Bien que la destinée finale d'un versant hétérogène soit de présenter un profil à courbure adoucie, cette régularisation peut être très lente à s'accomplir. Longtemps les affleurements durs tendront à former des ressauts plus ou moins brusques. Or il arrive souvent que la culture exagère ces inégalités, en régularisant leur pied par le labourage, de manière à conquérir sur le versant une suite de terrasses, où l'on puisse promener la charrue parallèlement au thalweg.

Telle est l'origine des gradins étages, si abondants au flanc de certains vallons, notamment en Picardie, où on les connaît sous le nom de rideaux. Parfois ils se succèdent en si grand nombre, €ft la largeur de chaque bande labourée est si faible, que le versant .prend l'aspect d'un véritable escalier.

Notons seulement que les rideaux peuvent naître autrement que par la mise en évidence des différences de dureté. Si une roche est parcourue par des joints verticaux dans le sens du thalweg (et rien que la poussée au vide peut engendrer des fissures de ce genre dans des terrains peu solides comme la craie), la surface de ces joints ofirira des plans de facile division, à l'extérieur desquels le terrain se débitera plus facilement; de sorte que le plan de joint, plus ou moins plaqué de limon, dominera comme une petite falaise la bande de terrain située à son pied^ toujours rafraîchi par la charrue.

On voit quelquefois, dans certaines vallées jurassiques de la Lorraine, deux séries de rideaux qui se succèdent à angle droit sur un même versant. Cela se produit quand un versant s'aplatit assez pour que, à une division en bandes parallèles au thalweg, la culture ait pu faire succéder un labourage suivant la ligne de plus grande pente. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit seulement d'inégalités primitives du coteau, que l'homme s'est appliqué à régula riser et qu'il a du même coup accentuées.

Variété du paysage. — Aux détails qui viennent d'être donnés, concernant le profil des vallées, il convient d'ajouter quelques mots sur la variété du paysage dans les terrains hétérogènes à stratification horizontale. Cette variété ne résulte pas seulement de l'allure inégale des pentes. Elle dérive aussi, à un très haut degré, du genre de perméabilité des couches successives.

Toute assise imperméable arrête les eaux qui ont pu s'infiltrer jusqu'à son contact. Elle crée ainsi un niveau d'eau, susceptible de se manifester, sur les versants où affleure son support, par des suintements et, dans les points bas, par de petites sources. L'abondance et le caractère particulier de la végétation, notamment l'apparition des peupliers, trahissent d'ordinaire ces niveaux d'eau, tandis que des étangs marquent les surfaces de quelque étendue où la couche imperméable se montre à découvert.

La richesse du paysage, dans l'ouest de la région parisienne, tient à la succession, plusieurs fois répétée, de couches alternativement perméables et imperméables, les dernières retenant les eaux auxquelles les premières ont servi de filtre. De la même façon, dans le Soissonnais, la puissante masse des sables fins dits nummulitiques sert de réservoir d'infiltration aux eaux qui alimentent les étangs et les prairies de l'argile plastique sous-jacente.

Une circonstance intéressante est oflerte par certains pays, tels que le Vermandois, où le sol, tout entier de craie, porte seulement sur les sommets une couverture de sable glauconieux tertiaire. Ce sable est assez argileux pour retenir les eaux et alimenter des puits. Aussi, dans ce pays, les villages, au lieu de rechercher les vallées secondaires, toutes uniformément sèches, se tiennent-ils sur les hauteurs, et se montrent-ils entourés d'arbres et de vergers, qui font contraste avec l'absolue nudité des versants. D'autres fois, ce sont de beaux bois qui couronnent les sommets; et presque toujours on y retrouve, dans ce cas, des lambeaux d'argile plastique tertiaire, restes clairsemés d'une couverture beaucoup plus étendue à l'origine.

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