STRUCTURE EN GRADINS
semble de ces phénomènes de déformation est aujourd'hui désigné, dans les publications américaines, sous le nom de Diastrophisme^ et Tépithète de diasirophiques est appliquée aux formes résultantes.
Les déformations de la croûte du globe se rangent autour de quelques types principaux, dont chacun assigne une direction spéciale aux efforts de Térosion. Le mode le plus simple consiste en un déplacement d'ensemble, qui se traduit d'ordinaire par le gauchissement en masse d'une région de grande étendue. Ce gauchissement fait naître, ici une sorte de dôme habituellement allongé {géaniielinat}, ailleurs une large dépression également allongée {géosynclinal). En raison de la grande surface sur laquelle les efforts se sont répartis, ce genre de déformation a surtout pour résultat d'imprimer, à un ensemble d'assises superposées, un plongement régulier et concordant suivant une direction donnée. Tel est, par exemple, le plongement vers l'ouest des assises sédimentaires qu'on voit se succéder, dans le bassin de Paris, à partir du pied des Vosges, ou encore l'inclinaison de sens inverse dont sont affectés les terrains stratifiés d'Angleterre à l'est du pays de Galles,
Le sens de cette inclinaison générale détermine ipso facto la direction des premiers cours d'eau, lesquels, coulant en conformité de cette inclinaison, méritent la qualification de conséquents que M. Powell a donnée à tous ceux dont l'écoulement se fait en concordance avec les formes structurales.
Développement de la structure en gradins. — Lors même que la surface structurale eût été formée, dans l'origine, par une
Fig. 53. — Effet da plongement des strates.
même couche régulièrement ployée AB (fig. 53), le progrès de l'érosion ne pourra manquer d'en faire disparaître les parties supérieures, toujours plus accessibles aux influences subaériennes. La courbe superficielle s'aplatira suivant AC, mettant successivement à découvert les tranches de plusieurs strates. Le fait est général, et si faible que soit l'inclinaison des couches, on remarque toujours qu'elle reste supérieure à la pente d'ensemble, de la surface du terrain affecté par cette sorte de dislocation.
116 INFLUENCES TECTONIQUES PASSIVES
La succession des affleurements ainsi mis à découvert permet aux différences de cohésion de se faire sentir. Les bandes plus dures, A, A', A" (fig. 54), demeurent en saillie, et la superficie s'accidente, dans les roches tendres, de sillons, B, B', etc., parallèles à la direction des strates. C'est évidemment dans ces sillons que tendront à s'établir les premiers affluents latéraux appelés par le travail du cours d'eau CD, qui les traverse tous, et ainsi, mieux: encore que dans le cas d'un territoire homogène, se dessinera dès le début un réseau orihogonaL Les affluents, dont le tracé se trouve déterminé par une structure qui manifeste son influence postérieurement à l'établissement des rivières principales conséquentes^ sont qualifiés par M. Davis de subséquents.
A mesure que se prononce le déblaiement des sillons tels que B et B', les tranches A, A', A" des couches dures tendent à former
Fig. M. — Développement de la stractnre od gradins.
des falaises parallèles à la stratification du terrain, et à la crête desquelles aboutissent des surfaces planes A' L, A" M. Si donc les strates tendres ont un grand développement, et que leur inclinaison soit beaucoup moindre que celle qui est admise dans la figure 54, le pays se partagera en une série de plaines, commençant chacune à la crête d'une falaise pour finir au pied de la falaise suivante. Il en résultera une structure en gradins, très caractéristique des pays à stratification régulière et peu inclinée, tels que le bassin de Paris, le Jura souabe et franconien, etc.
L'une des contrées où cette structure en gradins se développe de la façon la plus grandiose est la région du Colorado. Entre les hauts plateaux de l'Utah et la plate-forme dans laquelle est creusé le Grand Canyon s'étend une bande large de 30 à 50 kilomètres, orientée de l'est à l'ouest et où, grâce à un léger plongement vers le nord, 3000 mètres de couches affleurent sur une verticale de 1500 mètres seulement. Il y a quatre plates-formes successives, limitées chacune vers le sud par une grande falaise ou ligne d'escarpements. On compte, de haut en bas, d'après Dutton : !• la falaise rouge pâle des marnes éocènes, épaisse de 200 mètres et souvent divisée en piliers ; 2^ la blanche falaise des grès jurassi-
ÉVOLUTION DU HBSEAU 117
ques (400 mètres), où la stratification entre-croisée des couches d'inégale dureté se révèle à la surface par des vermiculures très délicates; 3"* les escarpements de couleur vermillon du trias, où sur 600 mètres les falaises verticales de grès massifs alternent avec les talus de marnes tendres ; 4° enfin les falaises permiennes (300 à 400 mètres) de couleurs chocolat, çourpre, violet, avec des formes éminemment architecturales. Tout cet ensemble, sous le ciel pur du pays et grâce à l'absence presque complète de végétation, produit une impression saisissante.
Si le cours d*eau principal CD^ coulant dans le même sens que le plongement des strates, garde une inclinaison inférieure à ce plongement (ce qui arrivera toujours dans la plus grande partie du lit, une fois le profil régularisé), il se trouvera dans les conditions déjà analysées pour le creusement en territoire hétérogène, avec cette différence, que la traversée des couches résistantes sera toujours moins laborieuse. En effet, au lieu de les entamer sur une grande longueur, le lit les tranchera dans une direction plus voisine de la perpendiculaire aux strates, en CE, FG, HK.
Les pays à stratification inclinée, quand cette . inclinaison est assez sensible, apportent souvent un témoignage décisif en faveur de l'approfondissement successif des thalwegs. Les terrasses en roche dure, engendrées par le stationnement momentané du' lit avant la rupture d'un seuil, s'y montrent indépendantes du plongement des strates, qui viennent affleurer par leurs tranches sur le palier horizontal de ces terrasses. C'est le cas pour les versants qui dominent le lac de Zurich, notamment de Herrliberg au delà de Stâfa, et de Thalwyl à Wâdenswyl. Plusieurs terrasses s'y laissent voir à des hauteurs décroissantes, et sur l'escarpement de chaque gradin, on voit se dessiner avec leur inclinaison les couches redressées de la mollasse gréseuse.
Évolatioix du réseau. Phénomènes de capture. — Pour bien comprendre l'évolution du réseau hydrographique, imaginons un territoire doucement incliné ABCD (fig. 55), dont la coupe, représentée sur le côté, comporte deux assises résistantes, R, R', alternant avec des strates plus tendres, T, T'. Deux cours d'eau conséquents, ab, cd, s'établissent dès l'origine en conformité de la pente générale, pendant que des sillons se creusent suivant les roches tendres, servant de lit à des affluents subséquents, ef, fg, qui se rendent dans aô, et Ai, ik^ tributaires de cd. En même temps, Taffleurement des couches dures se traduit par Ja formation d'escarpements rr^ r'r\ qui font face au ter-
INFLUENCES TECTONIQUES PASSIVES
ritoire d'amont, et se courbent vers l'aval à traversée des cours d'eau.
Supposons que, en raison des circonstances, db soit plus puissant que cd. Le seuil o s'approfondira plus vite que o\ Alors le creusement de ef marchera plus rapidement que celui de iky lequel
Fig. 55. — Évolatioo d'un réseau hydrographique. Premier stade.
s'allongera moins et demeurera à un niveau supérieur. Bientôt le point e sera poussé jusqu'en A, et alors le cours d'eau cd, décapité par la capture de la partie co' avec ses deux affluents, se réduira
Fig. 56. — Deuxième stade.
(fig. 56) au tronçon inférieur o' d, tandis que le tronçon supérieur d'iy coulant maintenant en sens inverse de sa pente originelle, ce que M. Davis indique par l'épithète à'obséquent^^ devient, avec hi et ic, tributaire de ab. Un affaiblissement de la crête entre o' et o" trahit seul l'ancien état de choses.
Cette adaptation progressive sera d'autant plus achevée, que les
i. Geograph. Journal , 1893.