‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 85 sur 364 · TRONÇONS MOYEN ET INFERIEUR · texte numérisé non relu

TRONÇONS MOYEN ET INFERIEUR

rend capable d'effets mécaniques considérables, contre lesquels on ne peut lutter qu'en brisant la pente par des barrages successifs. Les berges de ces torrents sont sujettes à de fréquents éboulements, qui prennent, dans certaines régions déboisées, par exemple dans les Hautes-Alpes, un caractère particulièrement désastreux. Pour les conjurer, il faut, avec la correction du lit, mener de front une reprise de possession méthodique des versants par la végétation, seule capable de fixer le sol et de rendre le ruissellement pluvial inoffensif.

La plupart des torrents débouchent dans une vallée sensiblement plus large, où leur vitesse s'amortit tout d'un coup. Aussi les matériaux solides transportés se déposent-ils, à l'issue du couloir torrentiel, sous la forme d'un cône aplati, dit cône de déjection. C'est un mélange confus de gros blocs, de pierres roulées, de graviers et de boue, s'élalant en éventail sous une inclinaison d'un très petit norabre.de degrés, et souvent remanié par les filets d'eau qui divaguent à sa surface, en allant rejoindre le cours d'eau dont le torrent est tributaire.

Tronçon moyen. — Le tronçon moyen d'un cours d'eau parvenu à maturité est celui où la pente, complètement régularisée, ne permet plus ni creusement du lit ni dépôt permanent des alluvîons. Le lit est d'ailleurs devenu assez large pour que les versants ne subissent plus que l'érosion pluviale. La rivière, qui garde un excédent de force dans ses crues, cherche à réaliser son régime d'équilibre en augmentant la longueur de son parcours, par les sinuosités ou méandres qu'elle décrit au milieu des alluvions dont son lit majeur e%i tapissé. En même temps elle remanie ces dernières, les déplaçant de proche en proche par l'attaque des berges concaves au profit des boucles convexes. Ainsi les matériaux des alluvions cheminent peu à peu, exerçant les uns contre les autres un frottement qui émousse toutes leurs aspérités. De cette façon se constituent les cailloux roulés^ tandis que les menus débris provenant de celte trituration mutuelle engendrent des graviers, des sables et de la vase. Mais celle-ci, toujours soumise à l'action oxydante de l'air, se transforme en limon, qui va se déposer surtout dans la plaine alluviale servant de cadre au tronçon inférieur.

Tronçon inférieur. Plaines alluviales. Deltas. — La plaine de débordement avait commencé à se constituer autour de l'embouchure, dès le moment où la pente de cette partie terminale a été régularisée. De là elle a progressé vers l'amont, réagissant dans le même sens sur les affluents du cours inférieur par le léger relève-

lo2 CYCLE D'ÉROSION, APLANISSEMENT FINAL

ment qu'elle imposait à leur niveau de base. En môme temps les progrès de Falluvionnement ont dû avoir pour effet de modifier le débouché des affluents. Comme l'apport des matériaux se fait plus rapidement par le fleuve principal, ce dernier amène sans cesse de nouveaux dépôts, dans la région de remous qui s'étend entre son chenal et celui de la rivière affluente. Celle-ci est donc constamment rejetée de côté, et son confluent se déplace toujours vers l'aval. L'angle de rencontre- des deux cours d'eau, primitivement à peu près droit, devient de plus en plus aigu.

Peu de rivières ont éprouvé cet effet au même degré que l'Ill, qui, toujours rejeté au nord, en est arrivé à couler, sur une grande longueur, dans la plaine alsacienne, parallèlement au Rhin.

La Theiss ou Tisza de Hongrie offre l'exemple opposé, celui d'une rivière constamment repoussée par les alluvions de ses affluents torrentiels. Dans l'origine, elle coulait en moyenne à cent kilomètres à l'est de son lit actuel. Le déplacement est l'œuvre des rivières latérales qui descendent des Carpathes, charriant sur une pente rapide des cailloux et des sables.

C'est aussi durant la période de pleine activité que se forment les deltas, c'est-à-dire les conquêtes opérées par les alluvions de l'embouchure au détriment du domaine maritime, dans les mers où il n'y a ni marées excessives ni courants assez forts pour disperser les sédiments. De cette manière, la plaine de débordement s'accroît au delà de l'embouchure; et si plusieurs fleuves en viennent à entremêler leurs deltas, comme ont fait l'Escaut, la Meuse et le Rhin, il en résulte l'addition, au territoire continental, d'une bande plus ou moins étendue de Pays-Bas, bande nécessairement instable, parce qu'elle est exposée à la fois aux incursions des grandes marées et à l'inondation par les crues fluviales. Seulement ce dernier danger diminue avec le temps, la rivière opérant le colmatage naturel de ses rives par les alluvions qu'elle y dépose, à condition toutefois qu'on n'essaie pas de la contenir d'une façon permanente par des digues insubmersibles.

Définition de la maturité d'un réseau. — Pour que l'état de maturité puisse être considéré comme acquis, il ne suffit pas qu'un ou plusieurs cours d'eau d'un même bassin soient pourvus d'un profil d'équilibre. Il faut encore que ce profil soit stable.

En effet, la stabilité d'un cours d'eau déjà régularisé peut n'être que provisoire, et c'est ce qui arrive toutes les fois que le territoire auquel appartiennent les eaux n'a pas été façonné dans toute son étendue. Supposons un pays engendré par la rapide émersion d'un

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