‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 88 sur 364 · VIEILLESSE DUN RESEAU · texte numérisé non relu

VIEILLESSE DUN RESEAU

à la régularité avec laquelle les courbes de niveau se succèdent, tant sur les versants du cours d'eau principal que sur les vallons qui les accidentent (fig. 73), et dont la plupart peuvent être à sec pendant la plus grande partie de l'année. Si, sur les pentes, quelques courbes limitrophes se resserrent, accusant une plus grande consistance du terrain, la succession est régulière dans les thalwegs, où Técartement de deux courbes consécutives augmente progressivement de Tamont à l'aval.

Vieillesse du réseau. — La vieillesse d'un réseau hydrographique se traduit par une atténuation générale, sous le rapport de l'intensité comme sous celui de la variété, de toutes les formes comme des fonctions du réseau. L'approfondissement des vallées marchant moins vite que la lente dégradation des cimes, le relief s'adoucit et les parties convexes y deviennent prépondérantes. Alors l'intensité de la pluie diminue, les vents humides ne rencontrant plus d'obstacles aussi brusques; dès lors la charge des rivières est moindre, les petites branches de tète s'atrophient; l'adaptation aux structures cesse d'être aussi nette. Le courant des troncs principaux perd de sa force, surtout dans la plaine de débordement, où le plus petit obstacle suffit pour détourner le fleuve et l'obliger à changer son lit, en décrivant dans la plaine des inéandres divagants. Alors cette plaine atteint sa plus grande extension. A chaque crue, le cours d'eau, rompant une digue, peut se précipiter sur des parties qu'il n'avait pas visitées depuis longtemps, comme aussi un barrage, tel qu'une accumulation de troncs d'arbres entraînés, isolera d'anciens lits qui se transformeront en lacs. Nulle part C(; régime n'est mieux accusé que sur le cours inférieur du Mississipi, où les efforts de l'homme sont souvent impuissants à empêcher les divagations du fleuve. Ces divagations sont quelquefois assez importantes pour engendrer de véritables bifurcations^ ])ar suite desquelles une partie d'un fleuve se détourne définitivement de sa vallée pour suivre une autre route. Le cas le plus célèbre est la bifurcation de l'Orénoque, dont un bras, le Cassiquiare, va par le Wo-Negro rejoindre l'Amazone.

D'après M. Chaffanjon, cette bifurcation serait de date récente et ses efl'ets ne cesseraient de s'accentuer. L'Orénoque, coulant dans une gorge étroite, au pied du haut massif montagneux de la Sierra Parima, d'où lui arrivent de nombreux affluents, alimentés par les pluies équatoriales, en aurait reçu un accroissement de vitesse qui l'a rendu apte à miner sa rive gauche à la sortie de la gorge. Il aurait ainsi coupé (fig. 74) un chenal de débordement

CYCLE D EROSION, APLANISSEMENT FINAL

vers les sources voisines du Cassiquiare, affluent du Rio Negro, branche principale de TAmazone, à travers un faîte de partage insignifiant et très rapproché de TOrénoque. Un jour, une inon<laiion plus forte Taurait amené par-dessus le faîte et alors il aurait commencé un travail de creusement qui a créé Tunion des deux rivières. M. Hûbner * admet aussi que le volume des eaux ainsi dérivées vers TAmazone va de jour en jour en croissant.

Un type de rivière divagante était la Theiss avant sa canalisation. Pour une longueur de vallée de 845 kilomètres, elle se développait

Amazone

E^OUfrrr^SC

Fig. 74. — Schéma de la bifurcation de l'Orénoque.

sur près de 1300 kilomètres, ramifiée à Tinfîni en canaux secondaires au milieu de lacs, d'étangs et de marécages.

Le dernier terme de la vie des cours d'eau, ou la décrépitude^ serait l'obstruction des embouchures, par le sable que le vent soulève, sur un territoire où son action a de plus en plus de prise, à mesure que le climat devient plus sec et le relief moins accentué. Plus d'un fleuve actuel subirait déjà cette destinée, si les efibrls de l'homme ne s'employaient à maintenir son chenal de sortie.

Notion des pénéplaines. — Lorsqu'un cycle d'érosion est parvenu à son terme, le bassin sur lequel l'activité des eaux courantes s'est exercée ne doit plus avoir qu'un relief insensible. Mais si le territoire est ainsi aplani, il ne forme une surface plane qu'au voisinage de l'embouchure des cours d'eau. Partout ailleurs, non seulement le niveau va s'élevant peu à peu ; mais l'inégale dureté des roches fait qu'il subsiste encore de petites inégalités de relief, fai-

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