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PENEPLAINES 157

sant du pays ce que M. Davis * a nommé une pénéplaine *, dans îles conditions d'altitude commandées par le niveau de base '.

Comme les rivières décrivent des méandres sur cette surface ^loucement ondulée, entre des versants de pente devenue presque négligeable, on peut dire que la pénéplaine a pour limite une surface engendrée j^ar la combinaison de tous les profits d'équilibre des cours d'eau. C'est pourquoi, dès la phase de maturité, quand les rivières principales ont cessé d'approfondir leurs lits, et que toutes les embouchures des affluents ont été régularisées, il suffit de réunir par des courbes les points de même altitude de tous ces lits fluviaux, pour dessiner d'avance la surface topographique dont la pénéplaine finale différera infiniment peu, une fois que les ver- .sanls des vallées auront été abattus.

Exemples de pénéplaines. — Peu de pays répondent à la conception d'une pénéplaine mieux que le versant méridional du fleuve fie l'Amazone. Entre son affluent le Madeira et le haut bassin du Paraguay, il n'existe pas de seuil s'élevant à 300 mètres. Pour atteindre cette altitude, il faut, dans la partie moyenne du fleuve, s'écarter perpendiculairement à sa direction de plus de 800 kilomètres, et pas un seul point de la partie brésilienne de cet immense bassin n'atteint 1000 mètres. Cependant, à part un ruban de terrain tertiaire qui longe l'Amazone, tout le versant est à peu près exclusivement composé de terrains anciens et de schistes cristallins, supportant une couverture de grès horizontaux, qui ne sont pas de formation marine. La mer n'a donc eu, ni par abrasion ni par sédimentation, aucune part à cet aplanissement. Au contraire, la régularité avec laquelle se développe le réseau fluvial, l'énorme étendue des plaines d'alluvions des cours d'eau, les élargissements et les divagations de leurs tronçons inférieurs, accusent l'œuvre prépondérante d'une érosion longtemps poursuivie. L'effet de cette érosion serait plus complet encore, si la nature gréseuse du terrain qui sépare les rivières ne se prêtait mal au travail d'aplatissement des versants.

Toutefois le massif brésilien du nord ne peut pas être donné comme le type d'une pénéplaine parfaite; car les affluents de l'Amazone traversent des rapides et des cascades à une distance

1. American Journal, 1889. — 2. Il nous a semblé que le mot peneplain^ créé par M. Davis, pouvait passer presque sans altération dans notre langue, et y être employé au même litre que celui de péninsule. — 3. C'est à cause de celle relation de niveau que la surface aplanie par l'érosion a été qualifiée par MM. Powell et Dutton (le b(uelevel of érosion. Les auteurs américains disent d'un pays amené à cette con- <lition qu'il est baselevetled. D'autres ont employé le mot de surface d'abrasion.

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peu considérable de leur embouchure, et non dans les parties hautes de leur cours. Ces changements de pente se produisent toujours au voisinage des points où les schistes cristallins affleurent dans les vallées. Il est donc vraisemblable qu'un exhaussement en bloc du sol brésilien est survenu, alors que la pénéplaine était à peu près façonnée, et que ce mouvement, en relevant le bord de l'ancien massif cristallin plus que le ruban sédimentaire qui l'entourait, a dressé en travers des cours d'eau quelques seuils dont ils n'ont pas encore triomphé.

C'est aussi dans la catégorie des pays complètement façonnés qu'il faut ranger les plaines de la Lorraine, depuis le pied des Vosges jusqu'à la première apparition des calcaires jurassiques. De Sarreguemines à Lunéville, on y voit affleurer successivement, en couches très doucement inclinées vers l'ouest, les assises du muschelkalk et celles des marnes irisées. L'ensemble est en grande majorité argileux ou marneux. Aucun obstacle n'a entravé l'œuvre d'un réseau hydrographique très simple, entièrement déterminé par la pente uniforme de la contrée. Toute la surface s'est abaissée à mesure que se creusaient les lits des cours d'eau, et cette absence de relief contraste d'une façon reniarquable, soit avec le rempart que forment à l'ouest les calcaires oolithiques, soit avec les éminences que le grès bigarré dessine à l'est sur le flanc des Vosges.

La plaine des Woëvres, au delà du rempart corallien de Verdun, doit son origine à des circonstances semblables.

La Finlande, ce massif de terrains cristallins si peu accidenté, toute la partie du sol russe qui l'avoisine, enfin la région canadienne, pourraient être citées parmi les pénéplaines parfaites; car la simplicité absolue de la topographie y fait contraste avec l'état de dislocation ou de complication du terrain sous-jacent. 11 n'y a pas de doute que ces territoires, les plus anciennement émergés qu'il y ait sur le globe, n'aient été aplanis par l'érosion subaérienne. Mais l'action glaciaire, en venant tardivement s'y superposer, leur a imprimé une marque trop distincte pour n'avoir pas eflacé quelques-uns des caractères originels. Aussi serons-nous dans l'obligation de prendre nos exemples les plus typiques de pénéplaines dans des pays où le niveau primitif des surfaces aplanies a été ultérieurement modifié, mais pas assez pour qu'elles soient devenues méconnaissables. C'est ce que réalisent le Plateau Central de la France et l'Ardenne.

Plateau Central. Ardenne. — Le caractère qui permet le plus

PLATEAU CENTRAL io9

sûrement de discerner une pénéplaine n'est pas, à vrai dire, Taplanissement à peu près complet de sa surface, aplanissement que peuvent offrir aussi d'anciens fonds de lacs ou de mers. C'est la combinaison de cette circonstance avec une autre non moins décisive : à savoir l'indépendance complète de la surface terminale, relativement à la constitution géologique du terrain. Un massif horizontalement stratifié, qui a subi uii relèvement en bloc, peut demeurer couronné par une couche plus dure que les .autres, à laquelle l'effort do l'érosion subaérienne se sera arrêté, faisant naître une plate-forme interrompue par des vallées, sans qu'il se soit jamais opéré de nivellement proprement dit de la contrée. Mais quand une région, même ultérieurement soulevée, montre en profondeur des couches inclinées ou disloquées, qui toutes afQeurent par leur tranche sur une même surface terminale peu différente d'un plan, et n'offrant que de larges ondulations convexes, alors on peut affirmer qu'il s'agit d'une pénéplaine. C'est comme si un rabot avait passé sur la surface structurale originelle, assez profondément pour atteindre ses racines, assez longtemps pour effacer en partie l'action directrice que les affleurements de dureté inégale avaient dû imprimer au réseau hydrographique initial. L'ancien niveau de base, aujourd'hui plus ou moins déplacé, sera reconnaissable d'après l'allure générale de la surface aplanie. Et l'attribution de cette dernière à la catégorie Jes pénéplaines deviendra certaine, si les conditions géologiques du pays permettent d'exclure toute hypothèse d'arasement par les vagues de la mer.

Tel est précisément le cas du Plateau Central de la France. Avant qu'il eût été en partie recouvert par les épanchements volcaniques de la fin des temps tertiaires, et qu'un mouvement général de bascule l'eût fortement relevé au sud-est, ce plateau constituait une surface à peu près plane et sensiblement horizontale. Aujourd'hui encore, si de l'une à l'autre des vallées profondes qui le découpent on joint les crêtes culminantes, en ayant soin de laisser de côté les terrains volcaniques, on trouve que l'ensemble diffère peu d'un plan régulièrement incliné vers le nord-ouest. Si, dans le centre, ce plan a subi quelques déformations, en revanche sa régularité est presque parfaite entre Montluçon et la Creuse, où le relèvement progressif vers le sud-est se fait si lentement qu'il est à peine sensible à l'œil. Sur la surface, les gneiss, les granités, les schistes précambriens, parfois le terrain houiller, affleurent en dessinant des bandes irrégulières, que la topographie

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indique seulement quand il y a de notables diflerences de dureté. Ainsi certaines chaînes granitiques font saillie sur l'ensemble, parce qu'elles formaient des noyaux résistants, dont l'érosion n'avait pas complètement triomphé. Encore les contours de ces protubérances ont-ils eu le temps de devenir remarquablement convexes.

On sait d'ailleurs, par la géologie, que la totalité du Plateau Central était émergée au moins dès la fin des temps jurassiques; que la mer n'y est plus revenue depuis lors, et qu'au milieu de l'ère tertiaire, des lacs, ou plutôt des lagunes, communiquant par intervalles avec la mer, affleuraient, en Limagne comme au Cantal, tout contre le bord de la plaine cristalline, alors complètement rabotée. L'action marine n'a donc eu aucune part à cet aplanissement, œuvre exclusive de l'érosion subaérienne et fluviale, très longtemps poursuivie. Quant aux phénomènes qui ont porté cette pénéplaine à l'altitude qu'elle possède aujourd'hui, en lui faisant subir quelques déformations partielles, ils dépendent d'influences tectoniques ultérieures, dont il sera question plus loin.

L'Ardenne est aussi une ancienne pénéplaine, soulevée et inclinée tardivement, mais sans altération notable de son relief terminal. L'aplanissement de sa surface est demeuré frappant, d'abord parce que les vallées y sont peu nombreuses; ensuite parce qu'aucune formation volcanique ou continentale ne s'y est superposée. La composition du terrain est plus variée que celle du Plateau Central, comme on peut s'en assurer en suivant le cours de la profonde tranchée que la Meuse a su s'y ouvrir; et les sédiments plissés, le plus souvent renversés sur eux-mêmes, affleurent en nombreuses bandes parallèles, qui donnent à une carte géologique de la région un aspect remarquablement rubané. Tandis que les tranches des schistes argileux engendrent des plateaux fangeux ou fagnes, les terrains plus durs dessinent parfois une petite saillie au-dessus du plateau environnant. Telles sont les traînées de rochers calcaires qu'on suit h travers le paysage monotone des schistes de la Famenne, ou encore les crêtes de quartzite qui font saillie au-dessus du plateau de Monthermé. Mais à part ces petites inégalités, tout le massif est arasé à un môme plan, et donne à l'observateur la sensation d'un plateau indéfini.

Là aussi, il est certain que l'érosion marine n'est pas intervenue. Emergée depuis les temps carbonifériens, à la fin desquels une haute chaîne de montagnes se dressait à cette place, l'Ardenne était déjà aplanie quand la mer crétacée est venue la recouvrir

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