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INVERSION DU RELIEF

pour peu de temps. A Tépoque éocène, elle formait une plaine doucement inclinée vers la mer. Rien ne s'y est superposé depuis lors, et sans le mouvement qui Ta relevée au sud, en y déterminant l'ouverture dégorges profondes, elle se montrerait encore, avec des rivières sinueuses à sa surface, telle que l'avait façonnée le travail d'érosion des temps secondaires et tertiaires; témoignage saisissant de la puissance avec laquelle les actions subaériennes excellent à niveler même les territoires les plus accidentés.

Inversion du relief. — Une curieuse conséquence de l'érosion dans les terrains plissés est Vinversion du relief primitif, qui fait que, dans les pénéplaines résultantes, les dépressions originelles sont souvent remplacées par des saillies et inversement. C'est ce qui a été plus d'une fois constaté en Amérique, notamment dans la chaîne des Appalaches, en Pennsylvanie.

Soit ABCDE (fig. 75) le profil initial d'une surface, comprenant

Fig. 75. — Inversion du relief dans les régions plissëes.

un synclinal C entre deux anticlinaux B et D, et formée par les inflexions d'une couche dure, qui surmonte une assise plus tendre. L'aplatissement des versants par érosion transforme ce profil en AFCGE, ce qui met à nu la roche tendre en F et en G. Or s'il existe en MN un cours d'eau transversal drainant l'ensemble des trois plis, des affluents latéraux naîtront dans les anticlinaux F et G, aflbuillant la couche tendre et respectant en partie les crêtes plus dures. A la fin, les fonds H et K de ces vallées latérales descendront plus bas que C; et cela d'autant mieux que la roche dure, serrée en C, aura acquis plus de compacité.

Bien entendu le résultat dépend aussi de la position qu'occupe le niveau de base delà contrée relativement aux synclinaux.

C'est par un effet du môme genre que le soulèvement du pays de Bray, tout en portant les terrains qu'il affectait à une altitude supérieure de 800 à 600 mètres à leur niveau primitif, a fini par se traduire, dans la topographie générale, par une vallée, la vallée de Bray. Sans doute le fond de cette vallée est inégal, et par endroits il s'y dresse des croupes très élevées. Néanmoins, la facilité avec laquelle les couches infracrétacées et jurassiques se sont laissé

DB LAPPAREMT. — Loçons de géogr. phys. 2« édit. 1 1

162 CYCLE D'ÉROSION, APLANISSEMENT FINAL

affouiller sur l'axe de ranticlinal, tandis que les flancs crayeux de la déchirure limitaient VcSei de Térosion sur les bords, a eu pour conséquence une inversion presque complète du relief.

Vitesse du travail d'aplafdBseineii t. — Il serait intéressant de pouvoir indiquer des chiffres relatifs à la rapidité plus ou moins grande avec laquelle peut se faire la réduction d'un pays à l'état de pénéplaine. M. Steck* a calculé que, dans le bassin de la Kander, l'ablation superficielle moyenne est actuellement d'un mètre en 2,203 ans. Pour la Reuss, les chiff'res de M. Heim donneraient un mètre en 3,333 ans, différence qui s'explique, d'abord par une moindre abondance des pluies, ensuite par la dureté plus grande des roches que traversent la Reuss et ses affluents.

Les chiffres précédents se rapportent à des régions montagneuses, où l'œuvre de l'érosion est encore en pleine activité. On en obtiendrait d'analogues pour les fleuves, tels que le Gange et riraouaddy, qui viennent de l'Himalaya. En revanche, l'ensemble des fleuves de l'Europe moyenne exigerait près de 33,000 ans pour une ablation superficielle d'un mètre, si Ton considérait seulement la quantité de matières solides que ces fleuves charrient. Mais, en tenant compte de tout ce qui peut être déposé en cours de route, M. Penck * estime que l'œuvre de la dénudation fluviale doit s'élever chaque année pour toute la terre à 20 kilomètres cubes, ce qui, réparti sur l'ensemble des territoires soumis à ce genre d'érosion (environ 26 p. 100 de la superficie continentale, selon M. Penck) donnerait une ablation de 64 centièmes de millimètre par an, ou de 1 mètre en 1,440 ans. Dès lors, un territoire de 1 ,000 mètres d'altitude moyenne serait nivelé en un million cinq cent mille ans environ. Mais à cela il faudrait ajouter les effets du vent, de • l'altération atmosphérique, de la glace, etc.

Influence du régime météorologique . — Les diverses phases qui caractérisent un cycle d'érosion ne se succèdent régulièrement dans l'ordre indiqué que si le régime météorologique de la contrée ne subit pas de variations notables. Une exagération momentanée des précipitations atmosphériques rajeunirait l'œuvre de l'érosion, comme aussi un changement inverse accélérerait le passage à la vieillesse. Même à supposer que la quantité de pluie annuelle ne varie pas, et que le cours d'eau soit parvenu à ce qu'on appelle l'état de régime, il ne faut pas oublier que la distribution des pluies n'est pas uniforme; de sorte que le régime comporte des variations

1. Travaux de l'institut géogr. de Berne, 1893. — 2. Morphologie der Erdoberflàche, 1, p. 383.

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