‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 96 sur 364 · PLATEAUX · texte numérisé non relu

PLATEAUX

rasses en rocher se montrent à 100 et même 200 mètres au-dessus du fleuve actuel et, en face de Coblence, on y voit encore un revêtement de cailloux roulés. Leur ensemble ne forme pas une ligne droite, d'où Ton peut conclure que le bloc schisteux, en se relevant, a éprouvé comme TArdenne des déformations qui Tout morcelé.

En effet, en certains points, notamment près de Bingen, il paraît y avoir un certain rapport entre la direction de la vallée et des failles qui morcellent les schistes et quartzites du Taunus, ainsi que ceux du Hunsruck *.

Mouvements d'enBemble. Plateaux proprement dits. — Il est évident que la formation des gorges escarpées n'exige pas un déplacement exclusivement vertical du niveau de base. Elle s*accomplit également lorsqu'un territoire subit un mouvement de bascule, avec ou sans gauchissement, qui en relève une partie notable. Les mouvements d'ensemble, non accompagnés de plissements, auxquels les Américains appliquent l'épithète d'épeirogénétiques ou épeirogéniques, ont pour effet la création de plateaux^ toutes les fois que les territoires soulevés sont formés de couches peu inclinées, et en majeure partie perméables par fissures, de sorte que l'abaissement du plan d'eau n'y rencontre pas de grandes difficultés. C'est ainsi que se sont constitués le grand plateau du Colorado en Amérique, ceux des Causses dans le midi de la France, et, sur une moindre échelle, les plateaux de la ceinture du bassin de Paris; Bassigny, Barrois, plateau de Langres, plateau de la Haute-Normandie, etc.

Si la plupart de ces plateaux gardent un réseau hydrographique de quelque importance, cela tient, comme l'ont justement fait observer les auteurs des Formes du terrairiy à ce que ce réseau avait pris naissance dans une autre région, plus favorisée au point de vue du ruissellement. Ainsi c'est dans le massif à peu près imperméable des Cévennes que sont nés les cours d'eau qui traversent les Causses. Le Colorado livre passage au produit des eaux tombées sur le noyau cristallin des Montagnes Rocheuses. Enfin le territoire granitique du M orvan et les côtes argileuses de l'Auxois engendrent les rivières destinées à traverser les massifs calcaires delà ceinture jurassique du bassin de Paris. C'est parce qu'un tel réservoir d'alimentation fait défaut en amont du plateau de la Beauce, que ce dernier, réduit à ses seules forces, se montre si

pauvre de cours d'eau.

1. Rothplelz, Jahrb. d, preuss. geol, Landesanslalt fur 1891.

174 INFLUENCES TECTONIQUES ACTIVES

Dans les véritables plateaux, la surface est plane parce qu'elle coïncide avec une couche, à peu près horizontale, qui par sa dureté a arrêté Teffort de Térosion subaérienne. Quelquefois il subsiste, à la surface de cette plate-forme, quelques restes d'une couverture plus meuble, donnant lieu à une topographie légèrement ondulée. C'est le cas de Targile à silex des plateaux normands, où le ruissellement se produit comme dans les régions imperméables. C'est aussi le cas du Valois, où subsistent des buttes de sable, et où la surface demeure ondulée sur les marnes supérieures au calcaire grossier. Mais à peine la couche perméable est-elle atteinte qu'on voit les vallons s'approfondir avec une extrême brusquerie, parce que Teau y est immédiatement attirée vers le niveau de base, à la faveur des fissures du terrain.

Il y a donc, dans les plateaux à stratification horizontale, passage immédiat d'une surface terminale uniforme à des vallées profondes, d'ordinaire assez encaissées pour mériter la qualification de canyons; à moins toutefois que, le mouvement qui a provoqué l'enfoncement des thalwegs étant de très ancienne date, et ceux-ci ayant acquis leur assiette définitive, le travail d'élargissement des vallées n'ait eu le temps de produire des effets sensibles.

La Suisse saxonne, presque exclusivement composée d'assises horizontales de grès crétacé, est un plateau proprement dit, résultant d'un relèvement en masse du terrain (coïncidant peut-être avec un mouvement inverse du territoire d'amont). La vallée de l'Elbe y coule dans un véritable canyon, dont le creusement a été d'autant plus facile, que le grès est découpé par une multitude de fissures verticales, qui lui ont valu son nom de Quadersandstein. Quelquefois les escarpements s'y montrent interrompus par des gradins plats d'une certaine étendue, dont la surface coïncide avec des lits de stratification. Il s'en trouve notamment à Copitz, ainsi qu'entre Lohmen et Wehlen. Comme il existe aussi dans la région, à plusieurs niveaux, d'anciennes alluvions fluviales, témoignant d'un abaissement progressif du lit de l'Elbe *, on peut voir dans ces gradins la preuve que l'exhaussement de la région a été plus ou moins saccadé.

En outre, le grès crétacé de l'Elbe forme deux masses principales (quelquefois même trois), séparées par un horizon de marnes.

1. M. Heltner a reconnu trois de ces terrasses, étagées à environ 40 mètres de distance verticale les unes des autres (Gebirgsbau und Oberfldchengestaltung der stlchsischen Schweiz, 1887).

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