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LA PLATE-FORMB RUSSB 361
craie et du tertiaire moyen, le rapide développement des herbes, sur un terrain bien pourvu des principes nécessaires, a amené, par décomposition des couches successives de végétation, la formation de cette terre noire justement renommée pour sa fécondité. La disposition du réseau hydrographique de la Russie méridionale est très intéressante. Ce n'est qu'en arrivant au pays du Xchemozom que les cours d'eau prennent une direction bien définie. Jusque-là, ils descendaient du nord avec une indécision assez évidente. Mais alors on les voit tous se diriger en ligne presque droite vers le sud-ouest. Cet alignement, qui est celui du Prout, du Dniester et du Boug, est adopté par le Dniepr entre Kiev et léka- *érinoslaw, par le Donetz depuis Kharkov, par le Don entre I^avlovsk et les collines Eréguéni.
£n revanche, une fois entrés dans la bande des steppes, le I^niepr ainsi que le Don, grossi du Donetz, se coudent brusque- 'ïïent au sud-ouest. De plus, les nouveaux tronçons ainsi déviés so logent exactement dans un large sillon, bien dessiné par les '^^rds de la mer d'Azov comme par le rivage nord-ouest de la ^^'îméeet le bord occidental du golfe d'Odessa; enfin le prolon- S^nnent de ce sillon coïncide précisément avec l'axe de la dépres- *ioii que suit le Danube entre la Bulgarie et la Valachie.
fizplication des particularités des cours d*eaa. — Ces circonstances s'éclairent d'une vive lumière, quand on les rapproche de * lïîstoire géologique du pîiys. Le drainage de la Russie méridionale ^ dû se constituer à l'époque où les Carpathes venaient de surgir, - dressant en bourrelet contre le bord résistant de la plate-forme . La poussée exercée contre ce môle résistant était de nature y faire naître par rupture des sillons parallèles, suivant lesquels eaux russes devaient tendre à s'écouler dans la mer dite Sarienne * qui, après le soulèvement alpin, couvrait toute la bande steppes, s'avançant jusque dans l'Asie centrale (tig. 117). Ces sillons commençaient peut-être assez loin dans le nord; ^îs le terrain glaciaire, qui est venu recouvrir ultérieurement *^Or8 points de départ, a dû atrophier cette structure, ne laissant alignement en évidence qu'au sud, dans la région respectée par ^^ glaces, c'est-à-dire dans le pays des terres noires.
I^lus tard, quand la mer eut reculé, et que les steppes méridionales se furent asséchées ', un nouvel accident s'était formé, ou
^- Le nom de sarmatien a été Honné par les géologues à l'un des derniers étages ^* la série miocène.
^* A Tépoque du pliocène supérieur, les fleuves de la Russie méridionale étaient
tout au moins accontué : il s'apit du bourrelet montagneux, en {lartic rompu aujourd'hui, qui dessine un arc convexe vers le nord, depuis les Balkans, par les hauteurs de la Crimée, jusqu'au bout du Caurase, et où les dépùts de la mer Sarmatienne se montrent nettement disloqués. Derrière ce bourrelet, et formant sa contrepartie, il existait, comme l'a fait remarquer en 1888 M. AndrousofT, une dépression continue, allant de la Bulgarie à la Caspienne. Dans la branche occidentale de ce sillon, le Danube, enfermé enti-e le lialkan et les Alpes de Transylvanie, s'écoulait eecs la Caspienne, ou plus exactement vers la mer aralo-caspienne, dont lo Pont-Euxin, encore séparé de la Méditerranée, formait à partir de Kerich un golfe occidental, relié à la nappe principale île l'est par la dépression encore si manifeste du Manytsch '.
Bientôt survinrent dos effondrements : savoir celui qui, faisant écrouler lu chaîne Caucasienne entre Bakou et le Kara-bogaz, créa la Caspienne méridionale, avec ses grandes pi'ofondeurs ; et un autre qui rompit la jonction des Balkans avec la Crimée, inclinant le terrain de telle sorte, que le Danube aurait vu son cours brisé, et la pente de sa partie russe renversée. A ce moment, tandis que le Dniepr et le Donelz, jusqu'alors affluents de cette partie, se jetaient vivement au sud-ouest dans l'ancien sillon danubien, pour rejoindre la mer Noire, bientôt mise en communication avec la
dessinés ei dépoMit'nl des aUuïions, avec realca de grands mamniifËrea terreslres; mais un liBsïin sauniAtre persistait à l'e\tr<?me sud, atteignant ta Uessarabie méridionale et Odessa (AndrousolT, Soc. géogr. tit Runir, XXIV).
i. M. Sues», qui admet (Antlil: dtr Erde. I, p. 43K) l'ancienne dépendance du Danube vU-ù-vis de la Caspienne, rappelle que Filippi a depuis longtemps signalé l'analogie des poisson» de cette mer avec ceux du grand Deuve européen. >aun ajouterons que les mAmes poissons ont pu t-xister dans le Pont-Euiio, d'où la tardive irruption de la Méditerranée plus salée les aurait chassés, comme elle ■ tué l'ancienne faune caspique du Pont (voir AndrousolT, Uém. de l'Acad. imp. de Sainl- Pileribourg, 1893).
Méditerranée, le Don se voyait séparé du bas Volga, qui le )rolonge exactement, et capturé au profit de la mer d'Azov.
Oural. — Il nous reste à dire un mot des montagnes auxquelles ;onfine le territoire russe. Mais, laissant de côté le Caucase, qui îsl en réalité une chaîne asiatique, nous ne nous occuperons ici |ue de rOural.
L'Oural est une chaîne de montagnes d'un type peu ordinaire. Un axe archéen s'y trouve flanqué d'une bande de terrains prinaires qui, très laidement développée sur le côté occidental, lisparaît au pied du versant opposé, cachée par les alluvions juatemaires. Les terrains secondaires ne prennent aucune part à a composition de la chaîne, où les plis paléozoïques se développent en diminuant d'amplitude du côté de la Russie, avec une régularité qui atteste que la montagne et la plate-forme russe font in tout continu *. Au contraire, la chute est brusque vers la Sibérie, 311 sont concentrées, sous la forme de filons métallifères, les preuves de l'activité éruptive que cette dislocation a dû provoquer.
L'Oural se perd en s'épanouissant au sud. Sa plus haute cime l'atteint pas 1700 mètres, et d'énormes masses d'alluvions, fruit le sa dégradation progressive, garnissent le pied de ses versants, attestant une érosion depuis longtemps poursuivie. Du reste ['horizontalité que conservent à son approche les dépôts du crétacé 8t môme ceux du jurassique supérieur oblige à rejeter la surrection le la chaîne à une époque très lointaine, quoique postérieure aux lébuts des temps carbonifériens. Mais, '^ du côté sibérien, le relief SI dû être rajeuni dès l'époque éocène, par un aflaissement qui a permis à la mer de longer toute la chaîne, de pousser une pointe jusqu'à la Caspienne et de revenir même en Europe jusqu'à Kazan *.
Un trait remarquable est la brusque inflexion de l'Oural septentrional dans les monts Paikhoï, qui par l'île de Waigat se prolongent dans la Nouvelle-Zemble. M. Stuckenberg ^ a fait remarquer jue les monts Timan, contrefort détaché de l'Oural à l'ouest de la Pestchora, et de même constitution que la chaîne, se recourbent l'une façon identi(|ue sur le golfe Tcheskaïa, pour trouver leur continuation à travers la presqu'île Kanine. De cette façon, on pourrait dire que les traces de la poussée ouralienne tendent à encadrer complètement le grand massif stable de la Russie et de la Scandinavie.