Voir Suess, Antlitz, I, p
Définition des Pays-Bas. — Depuis le Pas de Calais jusqu'à la Finlande s'étend, en bordure de la mer du Nord et de la Baltique, un ruban de terres basses, qui constituent ce que nous appellerons les Pays-Bas de V Europe septentrionale. L'homogénéité de cette zone tient à ce que, logée dans une dépression que les mers ont longtemps occupée, et qu'elles recouvrent encore en partie, elle correspond à la fois aux points où sont venus expirer les derniers efforts de la grande extension glaciaire, et à ceux où les cours d'eau du versant européen septentrional ne cessaient de verser leurs alluvions.
En beaucoup de ses parties, elle représente une conquête très récente de la terre ferme, conquête chèrement disputée à l'attaque des flots de la mer du Nord. Dans d'autres, elle laisse voir une invasion tardive des eaux marines ; et en chaque point, son allure se ressent de la part relative prise à sa constitution par chacun des différents facteurs, relief préexistant, eaux courantes, glaces, vagues delà mer, action du vent, mouvements du sol, qui ont concouru à la former.
Section occidentale. — La première section de cette bande est celle qui comprend les rivages de la mer du Nord, depuis Calais jusqu'à l'embouchure de l'Elbe. Nulle part l'apport des rivières n'y est aussi efficace; mais nulle part aussi le contour du littoral n'est moins stable; d'abord parce que la marée et le vent s'y font sentir avec énergie; ensuite parce que le régime de ces parages est de très fraîche date.
En effet, l'ouverture du Pas de Calais, certainement postérieure à l'apparition de l'homme et au départ des dernières glaces, a troublé profondément les conditions de la mer du Nord, en provoquant un conflit entre ses marées propres et celles qui viennent de l'Atlantique central. C'est très probablement aux effets de ce conflit que doivent être attribuées les importantes modifications éprouvées, depuis les temps historiques, par le littoral néerlandais^ modifications qui, très fréquentes et très considérables pac=
LES PAYS-BAS DE L'EUROPE SEPTENTRIONALE a63
moments jusqu'au xiii" siècle, paraissent avoir beaucoup perdu de leur intensité ; sans doute parce que l'équilibre définitif est en voie «le s*établir.
La bande des Pays-Bas s'appuie, à Touest, contre Téperon que forme le bourrelet crayeux du Bas-Boulonnais, et cjui se révèle si bien dans la saillie verticale du cap Blanc-Nez. A partir de cette protubérance, qui marque le dernier efTort septentrional des poussées orogéniques venues du sud-ouest, la craie plonge au nord avec rapidité, disparaissant, dès les approches de Calais, sous un manteau de terres plates, où les vases marines et même les galets s'entremêlent avec la tourbe, en témoignage des fréquentes variations du rivage au début des temps actuels.
Le sol des Flandres, en France comme en Belgique, est formé d'alluvions, qui reposent directement sur les argiles et les sables argileux du tertiaire. Le terrain s'incline doucement vers la mer, où le vent a édifié un cordon de dunes, i)ar letjuel les inégalités primitives de la côte ont été rectifiées. L'absence de cours d'eau importants fait que cette rectification n'a pas isolé d'anciens estuaires, lesquels seraient devenus des lagunes. Néanmoins, le terrain en arrière du cordon littoral est assez plat pour demeurer constamment humide, ce qui oblige à l'assainir par de nombreuses rigoles. De là cette bande d(î waiien ou watterinyhes, c|ui partout borde la «'ôte à distance. Au delà des watten le sol se relève peu à peu, et l'épaisseur du limon quaternaire n'est pas telle qu'on ne voie apparaître en plus d'un point les couches tertiaires sous-jacentes. Suiva.ntque ces dernières sont plus ou moins argileuses ou sableuses, lo paysage et la fertilité du sol s'en ressentent : de là, par exemple, Jo contraste entre les riches plaines des environs d'Ypres et les zones de sable qu'on traverse entre Gand et Bruges.
l^ays-Bas néerlandais. Cordon littoral et Marches. — Un grand
«rliangement s'introduit dès l'embouchure de l'Escaut. Là commen-
c-ont les Pays-Bas néerlandais, où s'enchevêtrent les embouchures
«lo l'Kscaut, de la Meuse, du Khin, de l'Ems. O serait cependant
t^fie erreur de considérer cette région comme résultant exclusive-
'"f^^Ot d'une conquête rérente, opérée par l'alluvionnement des
"^uves sur le domaine maritinje. Le rivage de la mer du Nord a
♦•prouvé là bien des vicissitudes, et le temps n'est pas éloigné, sans
•■oute, où à l'époque du mammouth, contemporain des premiers
***n[imes, le Rhin devait s'avancer d'au moins trois degrés vers le
'^***^, avant de trouver une embouchure entre le bas-fond du Dogger
** le Danemark. C'est la njer qui, après les derniers temps gla-
ciaires, dont cette région n'a pas ressenti Tinfluence directe, a repris possession de son ancien domaine, en même temps qu'elle emportait l'obstacle du Pas de Calais.
Depuis lors, une lutte constante s'est engagée sur ces rivages entre les fleuves et la mer. L'épisode le plus considérable de cette lutte a été la rupture du cordon de dunes et l'invasion de la mer dans le Zuyderzée, au xin*' siècle. Auparavant, en revenant au sud, sans aucun doute à la faveur d'un abaissement du sol, la mer avait balayé la contrée, détruisant les bois, dont les restes se trouvent à la base des argiles qui portent les marais du littoral. Plus d'une fois depuis un effet analogue s'est produit ; ainsi s'expliquent la destruction d'une partie de l'île de Walcheren et la submersion définitive départies basses oii des bois, protégés dans l'origine par des dunes, avaient réussi à s'établir.
Aujourd'hui, en avant de la côte découpée par le Zuyderzée, le golfe de Groningue et le Dollart, la mer a reconstruit à l'aide des dunes une digue convexe, de contour très régulier, mais fréquemment interrompue par des ouvertures. C'est la chaîne qui commence vers Scheveningen, atteint cinq kilomètres de largeur près de Harlem, puis devient insulaire au Texel et se poursuit par les îles Frisonnes.
Au delà des dunes, et séparées d'elles à mer basse par une bande de ivatten, s'étendent les Marches, qui atteignent quarante kilomètres de largeur, accompagnant tout le cours inférieur du Rhin et formant le principal noyau de la Hollande ^ C'est le produit des débordements du fleuve, terre extrêmement fertile, mais basse, surtout depuis que par des digues on s'eflbrce de contenir toujours les eaux fluviales dans un lit invariable. Aussi, tandis que, sur les bords immédiats des fleuves, par le dépôt des anciens troubles, la surface s'élève à des altitudes d'une dizaine de mètres, partout ailleurs elle demeure au-dessous du niveau de l'eau courante. Les deux tiers de la surface des Marches hollandaises ne sont pas à 1 mètre au-dessus du zéro d'Amsterdam, et beaucoup de parties tombent à 3 et même 5 mètres au-dessous. Ce sont les polders^ dont on épuise l'eau avec des pompes, en la recueillant dans des canaux ; de sorte que, dans ce pays, les seules inégalités du terrain sont créées par les digues*.
C'est à l'invasion du pays des Marches par la mer, lors des rup-