Haug, Les chaînes subalpines
contours arrondis et pleins de douceur, avec sa couverture de forêts d'arbres verts, et les belles injections de porphyre qui rendent son extrémité orientale si pittoresque. C'était évidemment le bord d'un noyau résistant, contre lequel se sont empilés les sédiments secondaires, refoulés à l'époque du soulèvement pyrénéen. D'autre part, ces plis sont tranchés à Touest par la mer, produisant les remar. quables accidents du rivage entre le cap Sicié et le cap Couronne. Au delà, Tancien delta de la Durance, marqué par les plaines caillouteuses de la Crau, et le delta du Rhône, avec les plaines de la Camargue^ rendent difficile la poursuite de ces accidents. Mais si l'on prolonge à l'ouest l'alignement des chaînes de la région marseillaise, on s'assure qu'elles vont rejoindre, à travers le golfe du Lion, une série de plis qui se dessine au sud de Narbonne, pour se recourber peu à peu entre le massif primaire des Corbières et le bourrelet central des Pyrénées. Il se manifeste donc ici une influence spéciale, sur laquelle il conviendra de revenir quand nous aurons étudié la chaîne pyrénéenne, qui va bientôt nous occuper.
Auparavant, il nous reste à dire un mot de la bande qui, du Vivarais au Minervois, accompagne constamment le pied de la falaise des Cévennes. Elle est formée de sédiments secondaires, disloqués par de nombreuses cassures et divisés à l'infini en paquets. Ces lambeaux, où les calcaires blancs, souvent ruiniformes, jouent un grand rôle, attestent par leur complication l'importance de l'accident qui a créé le rempart cévenol, en élevant à plus de 1000 mètres d'altitude, du côté de l'ouest, un massif sédimentaire qui, dans la dépression, descendait au niveau de la mer. La variété des formes et du paysage est nécessairement grande dans cette bande, par contraste avec l'uniformité des caractères du versant archéen qui la domine.
M. Depéret a fait remarquer * que les plis provençaux, déviés au sud-ouest contre le pied des Cévennes, sont séparés du massif cristallin central par une bande de plateaux jurassiques non plissés, mais hachés de failles, qui est précisément celle dont nous venons de parler. Cette bande se suit depuis Saint-Hippolyte-du-Gard jusqu'à La Voulte, et doit être reliée aux plateaux de Saint-Quentin et de Morestel, eux-mêmes prolongés au nord par les plateaux jurassiens, tandis que le Mont d'Or lyonnais serait l'origine d'une bande semblable, accompagnant le bord du Plateau Central jusqu'à