Annales de géographie, iuiWei
la Côte-d*Or. Cela fait présumer que la partie sous-jacente à la Bresse participe de la même constitution. Elle formerait la bande la plus affaissée de ce système de plaques disloquées.
Chaîne des Pyrénées. Aperçu général. — En face des plaines de TAquitaine, la chaîne des Pyrénées se dresse comme une immense muraille dont la crête est à peine échancrée, tandis que, du côté de TEspagne, elle s'abaisse d'une façon beaucoup plus progressive, laissant même s'établir par endroits quelques vallées longitudinales, ainsi celle de TAragon, qui en isole comme un chaînon latéral.
Pourtant, dans son ensemble, la chaîne est un grand bourrelet anticlinal, formé par une bande de terrains anciens, contre laquelle s'appuient, des deux côtés, des assises secondaires, redressées et disloquées. Mais, si la structure générale est la même, la composition des depx versants n'est pas identique. La surrection des Pyrénées ne s'est pas faite au hasard. La direction de la chaîne coïncide avec un notable changement dans la nature des dépôts crétacés et tertiaires, où les masses calcaires prennent rapidement, du côté de l'Espagne, un développement qu'elles n'avaient pas en France. Cela suffît pour produire une dyssymétrie des versants.
La chaîne des Pyrénées est assez ancienne : elle a surgi à la fin de l'époque éocène, et si elle a éprouvé des mouvements ultérieurs, du moins ceux-ci n'ont pas sensiblement dérangé l'allure des couches oligocènes déposées au pied de la nouvelle chaîne. L'érosion a donc eu le temps de faire disparaître ce qu'il pouvait y avoir de heurté dans les formes originelles de la montagne. Du côté français, cette érosion a eu peu de peine à atteindre le noyau résistant, qu'elle a façonné en une crête légèrement dentelée. Et maintenant les torrents de la chaîne, pour la plupart établis sur le roc solide, ont des lits assez stables et n'accomplissent qu'un travail de transport restreint. L'absence complète des lacs de plaines *, depuis longtemps comblés, et la rareté des lacs de montagnes, plaident encore en faveur de l'ancienneté des Pyrénées relativement aux Alpes.
Mais le régime était différent aux époques antérieures, et les énormes masses de conglomérats ou d'alluvions qui couvrent les premières pentes, et d'où tant de cours d'eau s'échappent en divergeant, indiquent ce qu'était alors la puissance des glaciers et des
I. M. Boule en a retrouvé aux environs de Montréjeau les traces atrophiées pai comblement.
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torrents, comme aussi elles permettent de mesurer tout ce que la chaîne primitive a dû perdre.
Divisions de la chaîne. Versant français. — Cherchons maintenant à nous rendre compte des éléments naturels dans lesquels se décompose la grande chaîne.
Du côté français, on peut distinguer ' :
1® La zone centrale ou haute chaîne, formée de terrains primaires, entourant de grands massifs granitiques;
2° La zone de VAriège^ avec quelques massifs granitiques, et où les terrains jurassique et crétacé supérieur affleurent seuls;
3® La zone des Petites-Pyrénées , qui commence à la Garonne, formant un chaînon facile à suivre jusqu'aux Corbières, et ne montrant que le crétacé supérieur et Téocène. Cette zone subit un décrochement remarquable au point où son extrémité est rencontrée par la Garonne. Sur neuf kilomètres, il y a torsion et amincissement graduel des assises, par suite de quoi le prolongement oriental de la voûte de Saint-Martory est rejeté au nord-est jusqu'à Boussens. Cet accident paraît suffire à expliquer la traversée des Petites-Pyrénées par la Garonne, sans recourir à Thypothèse d'un creusement progressif à travers un pli en voie de formation * ;
4" La zone des Corbières, où Téocène et le crétacé sont relevés contre le noyau primaire de Mouthoumet, îlot très longtemps émergé au milieu des mers secondaires, et qui vient ainsi raccourcir la distance entre Taxe ancien des Pyrénées et Textrémité sud de la Montagne-Noire. C'est un pays très disloqué, remarquable par la variété du relief, où les masses calcaires de teinte blanche sont dépourvues de végétation et pauvres en eaux vives. Les trois dernières zones ne sont développées qu'à l'est de la Garonne. Encore celle de l'Ariège ne dépasse-t-elle pas la Noste et celle des Corbières s'arrête à l'Aude.
Versant espagnol. — La disposition est différente du cùté espagnol, où les bandes successives ne s'accusent bien qu'au centre, du Nogueras au Rio Aragon. Là, contre la zone centrale archéenne et primaire, à laquelle appartient la Maladetta, s'appuient : 1" la zone du Mont Perdu, où l'éocène est porté, avec le crétacé supérieur, à des hauteurs considérables ; 2** la zone de r Aragon, formée par un large ruban éocène qui va de Pampelune à la Catalogne; 3® la zone des Sierras, chaîne étroite où le trias,
!. De Margcrie et Schrader, Club alpin français, 1891, p. 577. 2. Voir plus haut, p. 467.
le crétacé et Téocène sont disloqués, confinant directement à la plaine miocène de TEbre.
Les diverses zones ne se correspondent nullement d'un versant à l'autre , et celle du Mont Perdu est sans doute en rapport avec rénorme développement que prennent, en Espagne, les cakaires du crétacé supérieur et de Téocène, comme compensation à la réduction éprouvée du même côté par les assises jurassiques.
Noyau ancien des Pyrénées. — Le trait le plus remarquable de la constitution des Pyrénées est que les terrains anciens forment un véritable coin, dont la pointe se trouve sous le méridien d'Oloron, et qui atteint sa plus grande largeur entre Foix et Textrémité sud de la Cerdagne. Mais si, de là au rivage méditerranéen, la bande est un peu moins large, en revanche le granité et les schistes cristallins y prennent une part de plus en plus notable. C'est comme l'extrémité occidentale d'un territoire résistant, dont la partie principale aurait sombré depuis sous la Méditerranée, hypothèse que justifient les effondrements visibles qui, des deux côtés du cap Creus, ont donné naissance aux dépressions du Roussillon et de YAmptirdan,
En confirmation de cette manière de voir, on constate que, le long de la Méditerranée, les plis qui suivaient de l'est à l'ouest le pied méridional des Corbières s'infléchissent graduellement, près d^ Narbonne, en chaînons nord-est, de même direction que ceux diE pied des Cévennes. Or ce sont ces chaînons (jui vont tout naturelloment se rattacher à ceux du littoral marseillais. Dès lors il ne? s'afrirait plus seulement d'un territoire résistant qui, à la fin df* l'époque éocène, aurait occupe les Pyrénées orientales, mais bien d'un massif, aujourd'hui effomlré, qui devait s'étendre des Pvrénées aux Maures et peut-ôtre, de là, à la Corse et à la Sardaigne.
Monts Cantabriques. Asturies. — 11 y a continuité absolue entre les Pyrénées et les Monts Cantabricjnes, Si cette continuité semble voilée, dans le Pays Basque, par une notable diminution de l'effort vertical qui a fait surgir la chaîne actuelle, les couches n'en continuent pas moins à être plissées sans interruption jusqu'à la région primaire des Asturies. Dans cette contrée se produit une* péjiétration réciproque des plis anciens de la Meseta par ceux du soulèvement pyrénéen '. Naturellement cette pénétration cessr juste au point où les couches sédimentaires du carboniférien des Asturies cèdent la place au suhstratum archéen. Ainsi s'expliquent