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envoyaient leurs débris se stratifier dans le pli concave qui faisait la contre-partie du soulèvement naissant. Comme d'ailleurs, dans celte région, le tertiaire reposait sur une importante série d'assises secondaires très régulières, déposées elles aussi dans un ancien pli, entre les îlots archéens des Alpes et un haut-fond qui reliait le Plateau Central aux Vosges, un jour est venu où tout cet ensemble flexible s'est soulevé à la fois. Tandis que la partie centrale fléchissait, produisant la dépression où se logent les lacs de Neufchàtel et de Bienne avec la vallée de TAare, les deux bords se plissaient : celui du sud, violemment repoussé vers l'extérieur par les Alpes, engendrait les Préalpes; celui du nord, plus éloigné de tout obstacle rigide, se courbait en ondulations régulières, en donnant naissance au /?/ra.

Ainsi la zone préalpine comprend, de l'intérieur à l'extérieur: 1" les Préalpes, violemment disloquées; 2" la fosse de la mollasse, où la flexion du terrain, jointe à sa nature peu consistante, a facilité le maintien d'une dépression : 3" les ondulations jurassiennes, qui ont monté comme des vagues successives sur le plan incliné étendu en profondeur devant les massifs anciens du milieu de l'Europe.

Préalpes. — C'est dans le Chaulais que les Préalpes commencent à se bien dessiner. Il est à remarquer que l'allure des couches, comme celle de la topographie, y est très tourmentée, et que les plis subissent, au voisinage des vallées de l'Arve et du Rhône, une torsion visible, suffisant à justifier ces deux coupures transversales à la chaîne. De plus, on a parfois la surprise de voir surgir, en plein flysch, des lambeaux de terrains bien plus anciens, sans liaison avec le voisinage et qualifiés pour cela d'exotiques.

Les mêmes phénomènes se reproduisent, de l'autre côté du Rhône, dans les Préalpes romandes^ entre l'Arve et l'Aare. Mais c'est dans les Préalpes allemandes, du lac de Thoune au lac de Lucerne, que ces anomalies arrivent à exercer une sérieuse influence sur le paysage, quand elles superposent aux surfaces doucement mamelonnées du flysch des masses plus anciennes et disloquées, aux contours pointus et heurtés, comme celles des Mythen de Schwytz. Aussi a-t-il paru nécessaire d'admettre que la place des Préalpes était occupée bien avant leur surrection par une chaîne de montagnes en partie rabotée depuis lors, et dont quelques lambeaux se seraient trouvés repris et pinces dans le dernier bouleversement.

Du reste, ce n'est pas à cette seule chaîne que se seraient bornés

les efTorts de plissement qui ont précédé le grand soulèvement alpin. L'étude détaillée de la distribution des terrains dans les Alpes fait ressortir, pour chacun d'eux, des changements de faciès très rapides, dont la raison ne peut se trouver que si Ton admet, à de certaines époques, Témersion de rides plus ou moins accusées. Les plissements ultérieurs ont dû se mouler sur chacune de ces rides et en refléter la disposition*. Il serait donc illusoire de prétendre expliquer par un seul mouvement des eflets parfois très complexes, qui peuvent d'ailleurs se dissimuler sous les apparences d'une continuité orographique à peu près parfaite.

Le bord des Préalpes est occupé par une série de lacs, dont l'allure met en évidence, avec l'intervention des anciens glaciers, des phénomènes de dislocation et d'efibndrement périphérique sur lesquels nous ne reviendrons pas, les ayant traités antérieurement avec des détails suffisants '.

Région de la mollasse. — Contre les Préalpes, la mollasse se montre soulevée, disloquée, môme renversée sur elle-même, et ainsi se constitue un ruban de petites montagnes dont le Rigi fait partie, et qui ont été fortement modifiées par les actions glaciaires subséquentes ; à cette bande appartient le pays qui s'étend du lac de Thoune à Berne, comme celui qui borde sur toute sa longueur le lac de Zurich. Puis le relief s'atténue de plus en plus, formant les collines suisses et la plaine suisse^ jusqu'au sillon au delà duquel surgit tout d'un coup la longue crête culminante du Jura. Chaiiie du Jura. — La chaîne du Jura commence dès Chambéry, peut-être même dans les chaînons extérieurs du Vercors, se poursuit, avec une direction sud-nord dans le Bugey, puis se courbe progressivement au nord-est, pour atteindre son terme extrême dans l'arête est-ouest des Lâgern au nord de Zurich. Elle dessine donc un arc continu, et dans cette succession de rides courbes on devine aisément l'influence exercée par le voisinage de deux obstacles rigides; le bord du Plateau Central, dirigé du sud au nord, celui du môle alsacien, perpendiculaire au précédent.

L'ensemble du Jura français et du Jura suisse forme une région absolument exceptionnelle au point de vue de la régularité des ondulations. Les plis, tour à tour saillants et rentrants, se suivent comme autant de vagues déferlant sur une plage, avec diminution progressive de leur amplitude vers l'extérieur. Non seulement ils

1. Haug, Archives des sciences physiques et naturelles, Genève, 15 août 1894.

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