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VINGT ET UNIÈME LEÇON

Définition de la région. — La région méditen^anéenney située au sud (le la grande chaîne alpine, mais placée tout entière dans la zone d'influence des plissements qui ont dressé cette chaîne, est surtout remarquable par les dislocations, accompagnées d'efibndrements, auxquelles est dû le dessin de ses péninsules. De YEapagne jusque par delà le Caucase, elle forme un tout très homogène, auquel se rattache absolument la zone montagneuse de TAtlas, et dont l'Asie Mineure fait également partie. C'est par excellence la région européenne des tremblements de terre. Sans qu'il soit besoin de faire appel à la géologie, l'histoire suffit pour prouver à quel point tout le territoire est instable. Voilà pourquoi, n'ayant pas égard ici à la division habituellement respectée de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, nous décrirons ensemble et successivement : 1° la péninsule italienne; 2° la péninsule balkanique * ; 3° le massif de l'Asie Mineure et du Caucase ; 4* la chaîne de l'Atlas africain.

Péninsule italienne. Aperçu général. — La péninsule italienne constitue un territoire absolument difiérent de tous ceux que nous avons jusqu'à présent étudiés. Les anciens compartiments de l'écorce terrestre (la chaîne des Alpes étant mise à part) n'y apparaissent que dans une proportion presque insignifiante. Les terrains qui en forment la masse sont essentiellement jeunes. Ainsi les deux tiers de l'Italie, les quatre cinquièmes de la Sicile, montrent des formations postérieures au début du tertiaire. La colonne

1. Ici, comme auparavant pour l'Espagne, nous nous sommes servi avec grand profit des chapitres consacrés par M. Teobald Fischer à l'Italie et à la presqu'île des Balkans dans la Lànderkunde de KirchhofT.

^'^rlébrale de la péninsule, la chaîne de l'Apennin, est peut-être la

plus récente de toutes les arêtes hydrographiques du grlobe, du

nucins dans son relief actuel ; car le dernier des étages tertiaires,

1^ pliocène, y est porté à des hauteurs de 1200 mètres, et tout

f>orte à croire que ce relief est encore en voie de modification.

Comme d'ailleurs les terrains de l'Apennin sont, pour la plupart, de ceux qui n'ont pas eu le temps de se consolider par la l^wite circulation des dissolutions dans leur masse, cette chaîne offre ^^i:x eaux courantes une proie particulièrement facile. Les torrents ^i^Iaîent les ai^es, provoquent d'énormes glissements, et sèment ^ l^urs embouchures de grandes quantités d'alluvions: de telle que la jeunesse du territoire s'affirme aussi bien par la faciavec laquelle il se dorade que par le rapide accroissement des ^esoù débouchent les cours il'eau. Les volcans viennent encore X>iAter à cette instabilité par les accumulations qu'ils édifient et I^^-*' les secousses dont leurs éruptions sont accompagnées.

-A. la différence de tant d'autres pays, où les plaines jouent un

S'^'suid rôle, Tltalie est avant tout un pays de montagnes et de col-

-*"^*nfces. On n'y trouve ni plateaux ni pénéplaines; et les plaines

*^^-sses, quand il y en a, sont de formation très récente, aboutis-

toutes à des marécages littoraux ou à des lagunes.

£nfîn le contour de cette grande langue de terre, les deux pro-

ontoîres accentués qu'elle envoie de part et d'autre du golfe de

^.rente, l'arc qu'elle décrit de Naples à la Sicile, les volcans actifs

î marquent le bord de cette courbe, et la profonde fosse mari-

le qui longe le rivage napolitain, attestent que l'Italie ne peut

Voir son isolement qu'à d'importantes fractures, suivies d'effon-

^■"^ments.

^IminedaPô. — Deux divisions se partagent la presqu'île ita- **^nne : la région du Pô et la région de F Apennin.

La région du Po est un ancien golfe de l'Adriatique, devenu

'e ferme à la fois par soulèvement et par comblement. La mer

*^ l'emplissait à l'époque pliocène, et les dépôts marins qu'elle a

hissés s'y retrouvent, en débris non dérangés, au pied des Alpes,

^^ ils forment de basses collines ne dépassant pas l'altitude de

^O mètres. Depuis leur soulèvement, les glaciers et les torrents

Sont appliqués à combler la cuvette ; si bien que, dans le Modé-

^^ , à 9 kilomètres au sud du Pô, la .sonde accuse plus de 200 mè-

^"^^s d'alluvions, toutes d'origine alpine. C'est qu'en effet, à l'épo-

?^^^^ glaciaire, les torrents issus des Alpes envoyaient dans la

F^^^ssion des masses d'eau très chargées de débris; tandis qu'au-

jourd'hui, les principales rivières du nord n'arrivant à la plaine qu'après s'être purifiées dans des lacs, les torrents de TApennin luttent contre elles avec avantage, repoussant peu à peu le fleuve dans la direction du nord.

En revanche, Tinverse se produit en Piémont, où les rivières alpines, de beaucoup les plus fortes, rejettent le Pô sur sa rive droite. En venant ainsi, près d'Alexandrie, à la rencontre du Tanaro, qui arrivait autrefois de l'Apennin, le Pô a donné à cette rivière un renouveau de force, qui lui a permis de pousser ses eaux de tète à travers les hauteurs du Montferrat, jusque vers les Alpes, on opérant la conquête du cours d'e^u qui descendait de Mondovi à Turin. Déjà à Alba, le haut Tanaro coule à 90 mètres plus bas que l'ancien lit par où il se rendait primitivement au nord, en passant par Bra, Sommariva et Carmagnola *.

La grande activité sédimentaire des fleuves alpins ne pouvait manquer de se traduire par une conquête sur le domaine maritime, et cette conquête se montre d'autant plus importante que Tendigruement des rivières ne leur permet plus de colmater leurs bords. C'est ainsi que, depuis les temps historiques, la rote de l'Adriatique a gagné, avec le delta actuel du Pô, tout l'espace où s'étendent aujourd'hui les lagunes du littoral, entre Ravcnne et le golfe de Trieste. Au cours de ce travail, le tracé des lits fluviaux a subi de nombreuses modifications.

Le golfe du Pô lui-même est le résultat de l'effondrement qui s'est produit au bord du croissant alpin, et par suite duquel le revêtement méridional de la voûte cristalline est tombé si bas, qu'aucun vestige n'en est demeuré visible entre les Alpes maritimes et le lac Majeur. Seules, les collines de la Superga et de Moncalieri, près de Turin, où le miocène incliné affleure entre 653 et 716 mètres, peuvent représenter un lambeau de la partie extérieure de ce revêtement.

Quant au massif des collines du Montferrat, ce serait une sorte de prolongement de l'Apennin, égaré au milieu de la dépression piémon taise.

Ceinture de la plaine. Vicentin. — Le paysage des plaines du Pô passe à celui des montagnes environnantes par l'intermédiaire d'une ceinture de collines, édifiées au pied du croissant alpin par les anciens glaciers. Quelques-unes de ces accumulations gardent des proportions considérables, et engendrent de grands amphi-

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