Verhandlungen der Ges, fur Erdkunde, Berlin
chaîne hellénique de TOthrys, Tare concave de Trébizonde, plus élevé et plus raide, représente le bord d'un cirque d'effondrement, jalonné d'ailleurs par de nombreux pointements volcaniques.
A la faveur de la grande différence de niveau dont ils disposent, plusieurs fleuves échancrent la chaîne, tout en se conformant, pendant une partie de leur cours, aux plis longitudinaux, et parviennent ainsi à drainer la moitié du plateau.
Taurus. — La haute chaîne du Taurus, dessinant en Gilicie un arc concave vers le nord, joue, relativement à la Méditerranée, le môme rôle que les Alpes pontiques par rapport à la Mer Noire. Arrivée sur le prolongement de la côte de Syrie, elle s'infléchit vers le nord-est, et, par le Karabel-dagh, va rejoindre la chaîne ppntique en Arménie, enfermant ainsi, au centre de YAnatolie, la dépression sans issue de la Lycaonie, steppe où des dépôts tertiaires, la plupart d'eau douce et très récents, recouvrent un fond presque exclusivement primaire.
Du côté opposé, c'est-à-dire en Phrygie, le Taurus semble se résoudre en chaînons d'apparence désordonnée, qui enferment entre eux un assez grand nombre de cavités d'effondrement. C'est qu'ici les dépôts tertiaires manquent le plus souvent, de sorte que la topographie est commandée par un fond primaire très disloqué, où les roches présentent d'assez grandes différences de dureté, et s'entremêlent de nombreux pointements éruplifs plus récents. Il en résulte pour les rivières un parcours sinueux, qui trouve son expression la plus nette dans le célèbre Méandre,
Ces caractères persistent sur toute la partie occidentale de la péninsule, et établissent son analogie avec la Thessalie et la Thrace. La Propotitide ou Mer de Marmara est une de ces cavités d'effondrement, tardivement envahie par l'eau salée, à la suite des dislocations de l'archipel hellénique. Les nombreux tremblements de terre de la région de Smyrne indiquent combien le sol de ces pays est encore peu stable.
Après avoir dessiné une pointe au nord-ouest, la chaîne du Taurus se recourbe brusquement au sud-ouest en Lycie : de là, par l'île de Uhodes et une série de bas-fonds, elle se relie à la Crète, qui elle-même n'est que le prolongement recourbé des chaînes du Péloponèse; comme si le tout ensemble, d'âge crétacé prédominant jusqu'à Rhodes, délimitait le contour de l'ancien massif des Cyclades, maintenant réduit à quelques ruines.
L'île de Chypre se fait remarquer par son bord septentrional montagneux, où les plis du crétacé et du flysch épousent absolu-
ment la courbure du Taurus cilicien. Elle se relie, par le long promontoire du cap Andréas, avec la chaîne d'Alexandrette, qui olle-môme rejoint le prolongement du Taurus vers le Kourdistan. i se complète le bourrelet extérieur de l'ancien massif oriental, sud duquel commence le régime orographique africain. La même pointe que forme le Taurus en Lycie se reproduit en Cappadoce, là où cette chaîne voit se dresser en face d'elle, de l'autre <^6té d'une vallée longitudinale, Tarête de VAnti-Taurus, prolongexment de la côte de Syrie. Mais ici commence un tout autre régime, Cîaractérisé par une dislocation presque linéaire, celle qui, par la <3épression de TOronte, puis par celle du Jourdain et de la Mer miorte, se poursuit jusqu'à la Mer Rouge. C'est le Ghor ou Syrie ^i^reuse^ véritable fossé, compris entre deux lignes de hauteurs, par exemple le LUfan et Y Anti-Liban, ei produit par un effondrement survenu sur l'emplacement d'une brusque inflexion. L'ouverture de celte dislocation a été accompagnée de divers phénomènes "volcaniques. Mais elle fait partie d'un ensemble essentiellement africain, et nous v reviendrons ultérieurement.
Kourdistan, Arménie. — Le Kourdistan et V Arménie forment vin véritable nœud, où viennent se souder la chaîne bordière de la Bfer Noire, le prolongement du Taurus, les chaînes de la Perse vnéridionale, enfin les montagnes de l'Elbours, qui sont à la Mer Caspienne ce que les chaînes septentrionales de l'Asie Mineure étaient au Pont-Euxin. Toutes ces arêtes divergentes enferment flans leur intérieur des bassins déprimés ; ainsi la Li/caonie en ^sie Mineure, la Mésopotamieenïre l'Anti-Taurus et les montagnes fie Perse, avec une bordure septentrionale de cimes basaltiques, les cuvettes des lacs de Wan et d'Ourmiah dans le cœur même du nœud orographique où s'est déployée la grande activité volcanique dont l'Ararat marque le centre.
Par sa tendance à enfermer des dépressions ellij)tiques entre fies arcs montagneux qui s'écartent d'un nœud commun pour se Tapprocher ensuite, l'Asie Mineure est vraiment propre à servir de trait d'union entre l'Asie, où domine cette structure, et la péninsule balkanique, dont l'Anatolie reproduit les principales particularités.
Anti-Caucase, Caucase. — Au nord du centre éruptif si particulièrement disloqué de l'Arménie, où de véritables cirques enferment des lacs, comme le Sewanga, à 1800 mètres d'altitude, se dessine une chaîne, portant des volcans de 3000 mètres et plus, semés surtout à son extrémité occidentale; c'est V Anti-Caucase, au pied
duquel apparaît la dépression si rectiligne de la Géorgie, Là deux fleuves, le Rion et le Kour, se dirigent en sens inverse Tun de Tautre, séparés par un seuil où l'altitude n'atteintpas 700 mètres.
Une telle dépression n'en fait que mieux ressortir la magnificence de la muraille qui apparaît de l'autre côté, celle du Caucase^ avec ses cimes dont cinq dépassent Taltitude de 5000 mètres (l'Elbrouz a 5646 et le Kazbek 5045 mètres). Sur 1200 kilomètres, ce formidable rempart dresse en ligne droite sa crête dentelée comme une scie, où nombre de cols sont à plus de 3000 mètres au-dessus de la mer. A voir cette arête se profiler ainsi, et en constatant sur une carte géologique que son noyau culminant, archéen et primaire, est entouré sur les deux versants par des auréoles allongées de sédiments jurassiques, crétacés et tertiaires, on pourrait se croire fondé à penser qu'on a devant soi le type d'un bourrelet anticlinal de plissement.
Cependant la seule inspection d'une bonne carte topographique, en montrant combien le versant méridional est plus raide que l'autre, suffit à faire deviner une dyssymétrie notable. De plus la structure de la chaîne est moins simple qu'elle ne paraît au premier abord. Son tiers oriental n'a pas d'axe archéen. Les assises secondaires s'y développent en plis nombreux sur le versant nord, avec une altitude progressivement croissante, en s'appuyant sur un axe dévonien. Mais le versant sud tombe brusquement vers la Géorgie par une série de grandes cassures. Ainsi la dépression du Kour est une vallée de fracture.
A l'ouest, un peu avant le Kazbek, le noyau archéen et primaire apparaît pour devenir bientôt culminant. Mais d'une part il est renversé sur les sédiments secondaires de son auréole méridionale, et de l'autre ses cimes principales, l'Elbrouz et le Kazbek, sont d'anciens volcans, nés après la surrection de la chaîne, quand celle-ci était déjà découpée par des vallées. Leur production est évidemment en rapport avec l'immense faille de la Géoi^e, faille sur le caractère de laquelle les sources thermales, les émanations d'huile minérale et les tremblements de terre ne permettent pas de se méprendre. Cela seul suffit pour établir une différence capitale entre le Caucase et les Alpes.
Flanc nord du Caucase. Caspienne. — D'autres circonstances méritent encore d'attirer l'attention. Sur le flanc nord du Caucase, l'orographie, d'accord avec la stratigraphie, fait ressortir deux épanouissements triangulaires du massif montagneux, qui se touchent à Vladicaucase et ont leurs sommets, le premier vers Piatigorsk,
e second dans le Daghestan, vers le coude du Soulak. Les affleurements du terrain tertiaire contournent ces triangles, dessinant ^omme le revêtement de deux marches d'escalier ; et c'est sur le lanc oriental du second épanouissement que les dépôts du miocène upérieur, c'est-à-dire de l'ancienne mer sarmatienne, ont été •élevés à plus de 2000 mètres, par un mouvement dont la faille le la Géorgie formait évidemment la contre-partie.
On sait que la portion méridionale de la Mer Caspierine est sensiblement plus profonde que le reste. Deux fosses y existent, lescendant à 770 mètres au-dessous de zéro ; l'une en face de Derlent, l'autre, plus considérable, devant le delta du Kour et de 'Araxe. Cette dernière est la suite de l'effondrement géorgien, comprise entre la chaîne de l'Elbours, d'une part, et le prolongenent affaissé du Caucase, de la presqu'île d'Apcbéron au grand ialkan. Le volcan du Demavend se dresse au bord de cette casiure, comme les cratères d'Arménie accompagnent la dislocation géorgienne, et le tremblement de terre de 1895 a prouvé que 'équilibre de cette portion de l'écorce terrestre était encore très nstable.
Chaînes africaines. Atlas tellien. — La région de l'Atlas est la »eule partie de l'Afrique où l'on ait affaire à des plis de date relativement récente. Brusquement tranchée à l'est par la côte de la Punisie, elle forme, relativement au continent africain, une sorte le hors-d'œuvre, que tous ses caractères rattachent à l'Europe néridionale.
On distingue le petit Atlas ou région du Tell (d'où le nom [^Atlas tellieîi), qui longe la Méditerranée, et le grand Atlas ou iUas saharien, que borde immédiatement le grand désert. Entre BS deux s'étend un haut plateau accidenté de dépressions avec acs salés ou chotts.
Sur le rivage méditerranéen, depuis la frontière de Tunisie usqu'aux colonnes d'Hercule, on voit affleurer en maint endroit B terrain archéen, le plus souvent sous la forme de promontoires, t bien des fois interrompu par des dépôts tertiaires. C'est dans le nassif gneissique de la Kabylie que cette formation est le mieux léveloppée.
Au delà s'étend un ruban de grès rouges et de conglomérats, de a fin des temps primaires. Puis viennent les hautes crêtes callaires de l'Atlas tellien, c'est-à-dire une bande très régulièrement )lissée, où apparaissent surtout les terrains tertiaires, crétacés et urassiques. En arrivant au Maroc, ce bourrelet contourne nette-
ment la bande archéenne et primaire du littoral, et, se recourbant au nord, va rejoindre les plis de TAndalousie.
L'Atlas tellien s'explique donc par la résistance d'un massif ancien, aujourd'hui effondré, entre l'Algérie d'un côté, l'Espagne et les Baléares de l'autre; massif dont il ne reste plus que quelques ruines sur le rivage, et dont l'écroulement aurait déterminé lesépanchements de nature volcanique disséminés sur la côte africaine, notamment à l'île de la Galite, à Dellys, près d'Oran et aux îles Chaffarines.
De cette façon, comme l'a remarqué M. Suess*, les conditions de l'Atlas sont très analogues à celles de l'Apennin, où une bande secondaire et tertiaire appuie ses plis contre les ruines de l'ancienne Tyrrhénide.
Atlas saharien. — Dans V Atlas saharien on voit surtout affleurer les terrains crétacés, sans qu'aucune des assises plissées soit antérieure à la fin du jurassique. De plus, sur la bordure saharienne, les couches sont disloquées par mille cassures, bien nettes, au pied du massif culminant de l'Aurès. En dehors du plissement proprement dit, qui est de l'âge des Alpes, il s'est produit une dislocation, affectant les dépôts pliocènes, et le long de laquelle le bord du désert s'est effondré relativement à l'Atlas.
Du reste, la direction de l'Atlas saharien n'est pas identique avec celle de l'Atlas tellien. Les deux chaînes se rapprochent dans l'est et finissent par se toucher en Tunisie. Là les massifs du Djebel Serdj et du Zaghouan se dressent comme de hautes murailles, relevées par une cassure nord-est qui, au Zaghouan, met les calcaires marbres du jurassique en contact avec l'éocène, avec un rejet au sud-ouest, dont l'amplitude ne serait pas inférieure par places à 1500 mètres*. Ainsi s'expliqueraient du même coup l'échancrure du golfe de Tunis, la saillie du cap Bon et le changement de direction de la côte africaine en ce point. D'ailleurs le prolongement de l'arête du Zaghouan va rejoindre les hauteurs de la Sicile, complétant ainsi l'arc que nous avons décrit en parlant de l'Apennin.
Région des plateaux. — Entre les deux chaînes de l'Atlas s'étend la Région do Valfa, suite de hauts plateaux, d'une altitude voisine de 1000 mètres, où les terrains jurassiques et crétacés ne sont affectés que de très larges ondulations. Les creux de ces pla-