‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 180 sur 216 · Kcl. Blanc, loc. cil · texte numérisé non relu

Kcl. Blanc, loc. cil

qui constitue le grand massif asiatique, nous devons nous occuper maintenant du territoire qui vient s'y accoler au sud-est, et auquel sa configuration, comme la facilité de ses débouchés à la mer, ont préparé de tout autres destinées. Cet ensemble constitue les régions de la Chine proprement dite et de V Indochine ^ avec les chaînes d'îles qui leur font cortège sur le bord du Pacifique.

C'est un fait des plus remarquables que le changement immédiat de direction, et en même temps Téparpillement, que paraissent subir les montagnes asiatiques au point où les chaînes du Tibet et de THimalava viennent heurter le massif chinois du Yunnan. Tandis que la chaîne himalayenne extérieure est brusquement rejetée au sud, dans \^ Birmanie^ les bourrelets plus septentrionaux, déviés dans la même direction, se décomposent, en quelque sorte, en un faisceau prodigieusement serré de hauteurs parallèles, enfermant d'étroites vallées longitudinales.

Nulle part ailleurs on ne pourrait voir une pareille accumulation de cours d'eau, coulant du nord au sud, pour s'épanouir à la sortie de l'étau gigantesque qui les comprimait, et se diriger en éventail vers le golfe du Bengale, le Mékong et la Chine. Néanmoins des chaînes est-ouest semblent courir encore à travers ce faisceau, franchies dans des cluses par les fleuves en question, jusqu'à ce que toutes butent à angle droit contre une série de rides culminantes, qui se poursuivent au nord-est pour s'arrêter à peu de distance du Hoang-ho.

Caractères du massif chinois. — Pour qu'un changement de pareille importance ait dû s'accomplir dans la direction générale que les plissements asiatiques avaient si longtemps conservée, il faut qu'un obstacle bien résistant se soit opposé à leur propagation vers l'est. En effet, la ligne définie par la chaîne du Yunling et celle du Tasoué avec ses glaciers, marque le bord occidental d'un massif de très ancienne consolidation, qui va de la Mongolie à l'extrémité méridionale de l'Indochine, et où tous les dépôts marins sont d'âge primaire, les terrains secondaires, quand ils existent, comme en Chine, n'étant représentés que par des formations continentales.

Ainsi depuis la fin des temps carbonifériens, les mers avaient respecté ce massif. Un système de plis dirigés à l'est-nord-est en avait de bonne heure accidenté la partie chinoise, mais sans donner accès aux eaux marines; et à l'époque où une fosse maritime continue permettait aux dépôts crétacés et tertiaires de se poursuivre depuis l'Europe jusqu'au bout de la région himalayenne en

conservant des caractères analogues, le territoire oriental leur demeurait impénétrable, obligeant les mers à faire le tour par les îles de la Sonde.

C'est pourquoi, quand la grande poussée orogénique de la fin du tertiaire a fait émerger le fond de la fosse, les sédiments qui le g-arnissaient ont dû venir s'accumuler au sud en une ride gigantesque, contre le môle rigide qu'ils n'avaient pas réussi à envahir. JPendant ce temps, les plis du Tibet et de la Mongolie, heurtant à a.ng'le droit le même obstacle, et ne pouvant pas le traverser, se résolvaient, partie en chaînes nord-sud, comme celles entre lesc|uelles circulent les affluents supérieurs du Yang-tse-Kiang, partie on bourrelets nord-est, comme les hautes chaînes du Yunling et du Tasoué.

Relief et réseau hydrographique de la Chine. — La Chine méridionale doit son relief actuel au grand nombre des chaînons parallèles, dirigés au nord-est, qu'un plissement d'âge primaire y avait fa.it naître, et entre lesquels une série d'affaissements, antérieurs «lux temps jurassiques, ont engendré des dépressions. Celles-ci ont été remplies par des grés rouges, de formation terrestre, et là où ces grès subsistent, en même temps que les formes déchiquetées des ï*oches et leurs couleurs vives donnent au paysage, dans les crêtes, vin caractère tout particulier de pittoresque, il en résulte des bass^ins fertiles, largement ouverts, comme le Bassin Rouge du Sétehouen.

La côte orientale de cette partie de la Chine, où les anciens plis ^.boutissent obliquement, et que peu de rivières accidentent, est {fresque partout escarpée. En outre, il y a dans le pays indépenclance manifeste de la direction des cours d'eau et des lignes de ;^artage relativement à ces plis primaires. Ceux-ci n'ont point ^>xercé d'action sur le drainage de la contrée, et leur dessin n'apparaît actuellement que par suite de la différence de dureté des Ibandes plissées.

Ce qui a dirigé le réseau hydrographique, ce sont les dépressions nées avant l'époque jurassique entre les chaînes primaires. C'est dans une de ces dépressions, le Bassin Rouge, que, sous le nom ^le Kinchakiang, le Fleuve Bleu se fraye un chemin à partir du ^unnan. Dans des bassins semblables coulent parallèlement des ^fluents, c'est-à-dire le Woukiang, qui arrose le Kouéï-tchéou, le ^uen-King, traversant le Ilounan, enfin la rivière du Kiang-Si. Le ï'ieuve Bleu recueille tous ces tributaires, allant de l'un a l'autre par des cluses ouvertes a travers les plis primaires, et après cha-

cune desquelles il épouse quelque temps la direction de son affluent. Ainsi son cours est décroché en escalier; et la trace de refl'ort que les tributaires ont dû accomplir, pour percer les hauteurs est-ouest qui leur barraient le chemin, semble se trouver dans les deux grands lacs de Toungting et de Poyang.

Du reste, le cours supérieur du Fleuve Bleu est constitué de la même façon ; et c'est par des cluses, parfois profondes de 2500 mètres, à travers les chaînes asiatiques déviées vers le sud, que la branche maîtresse du Mouroui-Oussou, le Kinchakiang, capture successivement plusieurs rivières parallèles, empruntant chaque fois une partie de leur cours, avant de se replier brusquement au nord-est dans le synclinal du Bassin Rouge. Ce coude est si accentué, et la direction des affluents supérieurs se}»rolonge si naturellement dans le Fleuve Rouge du Tonkin et le Sikiang de Chine, qu'on échappe difficilement à Tidée d'une capture, par laquelle ces deux rivières auraient été décapitées, lorsque la surrection des plis tertiaires, en élevant le plateau du Yunnan, a gêné Técoulement vers le sud des eaux qui descendaient du Tibet, et les a déterminées à se jeter sur le côté.

Pays de la terre jaune. — Une des particularités les plus caractéristiques du territoire chinois septentrional est l'immense développement que prend le limon on terre jaune. Cette formation, partagée en terrasses successives, couvre, dans le bassin du Hoang-Ho, ain espace plus grand que la France, atteignant dans certaines parties une épaisseur de 600 mètres; de sorte que parfois, les montagnes en émergent comme des îles au-dessus de la mer, en même temps que l'érosion y a découpé une foule de ravins étroits aux parois perpendiculaires. En considérant que, dans les provinces de Petchili, du Chansi, de Kansou, de Chensi, du Honan et de Chantoung, la terre jaune forme une sorte de ceinture continue autour de la limite méridionale du désert de Mongolie, M. de Richthofen en a conclu que cette formation représentait les parties impalpables du sol, enlevées par le vent à la surface des déserts, puis fixées tout à l'entour par la pluie et la végétation.

Toutefois il convient d'observer que la terre jaune n'est pas un produit actuel ; qu'à l'époque de sa formation le climat était tout diflerent, si bien qu'alors il se faisait en plein désert des dépôts limoneux particuliers; enfin que ce qui <lomine par-dessus tout dans les caractères du loess chinois, c'est l'influence prépondérante du ruissellement sur les pentes. C'est donc à l'abondance des pluies, antérieures à notre époque, qu'il faudrait attribuer la cons-

tituiion de ce sol si merveilleusement propre à raprirullure, et dont l'inépuisable fertilité a si fort influé sur les destinées du peuple chinois.

Archipel japonais. — Le groupe des îles du Japon, malgré son morcellement, laisse voir trois zones longitudinales distinctes : une zone médiane archéenne; une zone extérieure (c'est-ànlire du roté du Pacifique), faite de terrains primaires et .secondaires plissés; «nfin une zone interne, où à ces derniers terrains s'ajoute le tertiaire.

Tandis que la cote orientale du Japon plonge rapidement vers Mes plus frramles profondeurs que Ton connai.sse dans le Pacifique, le terrain s'abaisse doucement du coté de la mer japonaise, pour relever de nouveau brusquement au contact de la Corée. 1^ :ôte Pacifique n'est donc que l'arête, à la fois plissée et fracturée, «Tun grand plateau, dont le côté interne est .submei^é .sous les flots ^e la mer du Japon *. Celle mer est un bassin d'effondrement, ^onl l'archipel japonais montre la périphérie, toute entrelardée de ^jassures, qui ont livré passage à des roches éruptîves.

La plus remarquable de ces cassures est celle qui fait la limita* ?ntre la zone externe et la zone médiane. C'est une traînée continue de volcans et de fentes, le long descjuelles le sol .se déplace !onstamment, produisant ces tremblements de terre qui s^H'issent LU Japon plus qu'en aucun autre lieu du monde. Les crevasses lon^tudinales du Japon sfmt [parfois croisées par • l'autres fentes, comme celle qui, traversant la grande île * et jouissant justement [lar les gigantesques volcans A.samayama et Fuzi- ;^'araa, se prolonge au sud j^ar les Iles Hrmin et les Mariannf:%. D*un autre côté la courl>e que décrit l'archijiel jaf»f>nais le réunit ^^uxplîs si nettement roanfué?^ du ?^ud-ouest de la Chine ou système ^sminien. De sorte qu'«>n jieut dire ^pje l'allure |>articulière et le mor- ^relleraent de rarchi[»el sont imputables à la rencontre de deux systèmes de dislocations : celui du nord-est on sinien. et celui qui, ^iligné du nord au sud. va «le Die Hakhalin aux Mariannes ^. I>^ Kouriles et le Kamtchatka prolongeraient alors Tare des plis ^hi- Kiois. rejeté vers le nord, à la ren«'onlre du Japon, de toute la longueur qui sépare Toki«i ile l'Ile de Yesso.

Remanjnons seulement que les plis siniens sont de très ancienne ^iate. Lear formation remonte \w «lébut même des temps primaires.

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