G. K. Warrtn, Americ. journ,,W\ (1878), p
La diminution d'humidité qui se prononce vers l'ouest entraîne la substitution des prairies aux forêts.
Région des Appabushes. Aperça général. — Le territoire, si parfaitement aplani dans l'ensemble, de la [partie orientale des Etats-Unis ', laisse ce|>endant voir, près du littoral atlantique, un accident orographique important : c'est la chaîne ap|Kilachienne, ou plutôt l'ensemble des rides parallèles qui conslituent les Appalaches ou Alleghanies. C'est à la coupure de l'Hudson, au sud du massif archéen des Adirondacks, qu'il convient de faire commencer cet ensemble, qui se poursuit d'une façon très nette justju'à la rivière Tennessee, au delà de laquelle de petits chaînons pnvjrressivement décroissants prolongent la même direction, mais s'évanouissent avant d'atteindre FAlabama.
Au premier abord, cette suite de rides, échelonnées sur une largeur dont le maximum est de cent kilomètres, avec toute une série de vallées longitudinales communiquant les unes avec les autres par des cluses, suggère l'idée d'une structure identique avec celle du Jura. La ressemblance parait d'autant plus frappante qu'ici encore, comme au Jura, c'est la ligne de crêtes la plus orientale, le Blue Ridge, qui est la plus saillante et en même temps celle qui défend le mieux sa continuité. Cependant cette analogie n'est qu'apparente, et ce n'est nullement à une succession de plis réguliers que ces chaînons successifs doivent leur existence, de même que, en dépit de leur allure, les rivières de la région ne sont pas des cours d'eau conséquents. D'autre part, il est à remarquer que le centre même de la soinlisant chaîne appalachienne est, en réalité, occupé par une dépression que plusieurs cours d'eau empruntent tour à tour, et que suit le chemin de fer de Richmond à Rome. -^
Histoire de la région. — La vérité est que le système des rides appalachiennes cache, sous son apparente simplicité, une remarquable combinaison d'effets, dont les uns sont de très ancienne date, tandis que les autres appartiennent aux dernières phases de Thistoire géologique.
D'abord remplacement <Ie la région montagneuse est aussi nettement défini que possible. Dès Taurore des tem[»s siluriens, un continent, qui occupait la place de TAtlantique, voyait se former
I. Parmi les travaux tjiie nous avons plus parlii'ulièremont utilisés innir la rêilaclion île celte k\-on, nous avons le devoir tle citer rêluilo «le M. PowelU intitulée Physiogruphic régions of the United Slales et insérée dans les National géographie monographs, niai l«y5.
à ses pieds, le long d*une ligne coïncidant à peu près avec le bord oriental extrême des Appalaches, c'est-à-dire avec les Montagnes Bleues, une série sédimentaire ex traordinai rement puissante et variée. A diverses reprises et surtout vers la fin de l'époque carboniférienne, cette série, refoulée contre son novau archéen, s'est dressée en plis, tantôt réguliers, tantôt violemment empilés et disloqués, selon l'épaisseur et la nature des couches affectées K La direction générale des plis était celle du sud-ouest au nord-est.
Complètement rabotée depuis sa surrection, la chaîne avait, de bonne heure, fait place à une pénéplaine. Mais celle-ci, préservée de toute invasion marine, a subi après son aplanissement plusieurs déformations d'ensemble (|ui, en relevant fortement son niveau^ ont réveillé l'activité des cours d'eau. Alors l'inégale résistance dos terrains s'est fait jour, dans une mesure variable avec leur état antérieur de dislocation. Mais grâce à l'absence de toute couverture, cette résistance s'est toujours manifestée suivant la direction acquise par les affleurements, de sorte que ce double travail d'érosion et de gauchissement a ressuscité (juelque chose d'analogue à l'ancien relief.
Traits fondamentaux des Appalaches. — Les traits fondamentaux de la région appalachienne sont ainsi déterminés, d'abord par le mode de superposition dos terrains primaires, où de l'est à l'ouest on voit se succéder l'archéen, le silurien, le dévonion» pour aboutir vers l'occident à un large épanouissement du carboniférien ; jiuis par la résistance et l'état de dislocation de ces divers groupes; ensuite par la façon inégale dont le gauchissement postcrétacé s'est fait sentir dans le nord et dans le sud.
Au nord, la pénéplaine a été relevée de manière à tourner sa pente vers l'est; tandis qu'au sud l'inclinaison était dirigée à l'ouest. De là vient que le Delaware, la Susquehannah et le Potomac sont tributaires de l'Atlantique, tandis que le New-River et divers affluents du Tennessee, qui poussent leurs sources jusque tout près des Montagnes Dleues, s'écoulent vers l'Ohio. A part cette différence, des vallées longitudinales se sont partout creusées sur l'affleurement dos assises les moins résistantes, tandis que les plus dures demeuraient en saillie, formant peu à peu les crêtes actuelles des montagnes appalachiennes. Ainsi s'est constituée une succession de remparts escarpés et de bassins plats allongés, très semblables les uns aux autres par la forme, la hauteur et la direction, fort
1. Bailey V^^iWiSy Méchantes of Appalachian structure, Washington, 189i.
monotones d'aspect et n'offrant de sites pittoresques que dans les jrorjres qui les traversent.
Sur les crêtes apparaissent le plus souvent les assises de quartzite et de grès, quelquefois les dolomies ou les calcaires. Fréquemment, comme en Pensylvanie ou dans le Tennessee, c'est à un ancien pli sijnclinal que correspondent les rides aujourd'hui saillantes, et cela simplement parce que dans le fond du pli était pincée une traînée de couches plus dures que les roches encaissantes; de sorte qu'il s'est produit une de ces inversions du relief, habituelles aux pays anciennement disloqués \
Détails divers. — La déformation générale de la pénéplaine ayant marché de pair avec le travail de l'érosion, les cours (l'eau logés suivant la direction des affleurements ont dû chercher à s'écouler en traversant par des cluses les rides en voie de formation progressive. Les gorges transversales sont donc nombreuses dans la région, et le fait de leur façonnement graduel est attesté par une particularité fort intéressante, qu'on observe dans la partie septentrionale des Appalaches. En outre des cluses ou trater-gaps qui livrent passage aux rivières, les escarpements y sont souvent échancrés par des entailles sèches dites wvuUfjaps ou « portes <les vents ». Ce sont certainement d'anciennes cluses, abandonnées par les eaux courantes à mesure que celles-ci réussissaient à s'ouvrir des passages plus faciles. Les niveaux du fond de ces ouvertures sont assez concordants, ce qui permet d'y voir les traces d'une pénéplaine intermédiaire.
Tandis que la plus grande régularité des plis anciens se traduisait, «lans le nord, par une succession bien ordonnée, parfois presque géométrique, de vallées et de rides, il n'en a pas été de même au sud, dans la partie où se trouve le point culminant de la chaîne, le Black Dôme ou Dôme Noir, qui dépasse 2000 mètres d'altitude. L'archéen y joue un plus grand rôle, les terrains anciens sont plus disloqués, les failles sont nombreuses, et si l'inégale résislance des roches mises à découvert demeure toujours le principe du relief, celui-ci est forcément beaucoup moins régulier.
Dépression centrale. — La dépression centrale des A|)palaches est bien marquée sur le territoire virginien, où elle porte le nom de « Grande Vallée » et se déploie sur une largeur moyenne de 23 à 30 kilomètres, bonlée à l'est par des cimes de plus de 1000 mètres. Cette dépression correspond à un accident, survenu à l'époque
\. Voir plus liaul, \^. VVl,
crétacée, et renouvelé aux temps tertiaires, qui a fait naître, dans la pénéplaine primaire déformée par gauchissement, une large concavité, entourée de deux convexités à grande envergure. C'est !à que coulait, à la fin du cycle crétacé, la rivière appalachienne de MM. Ilayes et Campbell *, cours d'eau qui, partant du centre de la Virginie, aboutissait au golfe du Mexique, et dont deux tronçons se reconnaissent encore aujourd'hui dans le cours supérieur du Tennessee et dans la Coosa.
La notion de cette rivière appalachienne n'est pas une hypothèse gratuite. La vallée de TAlabama (dont la Coosa est tributaire) laisse voir sur son fond des sédiments éocènes, d'origine détritique, dont le volume est beaucoup plus considérable que le cube des déblais de la rivière actuelle et suppose une extension antérieure du drainage en amont '.
La déformation post-tertiaire de la pénéplaine a consisté en un gauchissement général, qui s'est produit de manière à donner un avantage marqué aux cours d'eau tributaires de l'Ohio. Alors ceuxci, poussant leurs eaux de tête vers l'est, à travers les chaînes qui limitaient à l'occident le réseau propre à la dépression médiane, ont fini par capturer la partie supérieure de la vallée. Pendant ce temps, le Tennessee, accomplissant le môme travail, créait la gorge de Chattanoga, par laquelle il capturait le cours moyen de la rivière appalachienne. Plus tard encore, à l'époque pleislocène, lors de l'émersion des dépôts tertiaires de la région du golfe du Mexique, une dislocation, alignée du sud au nord, est née à la jonction du massif primaire avec sa bordure crétacée. Le Tennessee, appelé par ce sillon, a cessé de se rendre directement dans le Golfe, et s'est rejeté au nord, à angle droit, vers l'Ohio.
Partie septentrionale du massif plissé. — Nous avons dit que la chaîne des Appalaches s'arrêtait à l'Hudson. Cependant le système de dislocations dont elle dépend se poursuit au nord jusqu'à Terre-Neuve. Seulement il se produit, à la rencontre de l'Hudson, une déviation subite des plis, qui commencent par se diriger au nord, pour reprendre ensuite une direction nord-est.
Ce changement paraît dû à la résistance qu'offrait un éperon archéen, qui s'enfonce entre l'Hudson et l'Ontario, et dont le noyau était formé par la masse cristalline des Monts Adirondacks, Malgré une longue érosion, ce massif conserve encore aujour-
{. National geogr. Magazine, VI. |>. 0."». 2. Hayes et Campbell, toc. cit.
d'hui un relief notable, et quekjue^s^unes Je ses cimes Jéjvassenl 1600 mètres.
De Tautre cùté Je rUuJson, Jans le New-llampshire, 1 ancien massif plissé a été également réduit à une pénéplaine, mais il y subsiste aussi des noyaux que leur dureté a préservés. Le mieux isolé, qui s'élève à 1100 mètres, est le Mont Monaduock. iVest une cime archéenne que la destruction de son entourai a laissée en saillie. Aussi M. Davis a-t-il proposé d'appliquer la dénomination générique de monadnocks à toutes les protubérances bien isolées que l'érosion a respectées sur une pénéplaine.
L'action irlaciaire s'est d'ailleurs étendue sur toutes ces régions, qu'elle a parsemées de caWlés lacustres, en même temps qu'elle arrondissait les contours des éminences. Enlin l'intluence direi*trice des anciens plis, s'exerçant par les bandes de dureté différente qui ap[>araissent à la surface, se traduit dans la direction si retiiligne de l'Hudson, du Connecticut, et de la chaîne de hauteurs qui sépare ces deux cours d'eau.
Chaines des Palissades. — A l'extérieur des Ap|)alaches s<^ développe, dans le nord, tout contre l'Atlantique, un système de dislocations, affectant surtout les anciens affleurements que les lagunes triasiques avaient semés sur cette ré«rion. Des failles ont diWsé ces affleurements en paquets, généralement inclinés dans le même sens, et le plongement des bandes a eu pour résultat de faire apparaître au jour les tranches de nap]»es éruptives, appelées trapps, qui avaient été injectées au milieu des assises sédimentaires. Dans le New-Jersey, en particulier, ces tranches ont leurs arêtes arasées à un même plan, et permettent de reconnaître la pénéplaine qui avait été façonnée durant le cycle post-triasique ',
Les nappes éruptives forment, par leurs tranches, des escarpements où règne souvent une structure columnaire, qui les fait ressembler à des jtalissades. L'exemple le mieux caractérisé est celui des Palissades de l'Hudson. De là vient le nom de chaines des Palissades^ que les géolo^es américains * ont donné à ce système particulier d'accidents, qui se poursuit sur plus de 1600 kilomètres, sous la forme de 8 à 10 chaînons indépendants, depuis la Nouvelle-Ecosse et Tîle du Prince-Edouard, par le Connecticut, jusque dans la Caroline du Nord, où il empiète un peu sur la région archéenne du Piedmont. Les accidents qui le caractérisent