‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 29 sur 216 · La Formes du terrain, p · texte numérisé non relu

La Formes du terrain, p

aura creusé un nouveau sillon, allant rejoindre les thalwegs des parties plus basses, jusqu'au moment où la superficie entière aura trouvé à écouler ses eaux vers un réservoir unique, qui est généralement la mer. Cette commune destinée obligera tous les cours d'eau à régulariser leurs courbes en conséquence. De cette façon, les caractéristiques d'un système hydrographique parvenu à maturité sont : d'abord l'acquisition, par le lit de chaque rivière ou ruisseau, d'une pente continue^ ensuite la concordance des embouchures^ définie par ce fait (jue la courbe de chaque affluent, développée dans le môme plan vertical que celle du cours d'eau principal, devient tangente à celle-ci au point de rencontre *.

Pour mettre cette concordance en lumière, sans sortir des con-

Daj)ub9

1 rj

Profils do la rivière de lu AViou et de ses affluents (d'après M. Penck).

ditions d'homogénéité que nous avons admises pour le territoire considéré, on ne saurait prendre un meilleur exemple que celui du bassin de la Wien (fig. 26), petite rivière qui, descendant rapidement des hauteurs du Wienerwald, vient rejoindre le Danube à Vienne. A son profil, continu et régulier, se raccordent successivement les courbes de ses divers affluents, parmi lesquels il en est un qui en a recueilli trois autres au passage, dans les mêmes conditions. On remarquera d'ailleurs que les profils sont d'autant plus raidos que les cours d'eau ont moins d'importance, et tous, sans exception, sont logés dans la concavité de la courbe qui correspond à la Wien. Cela se comprend puisque, toutes choses égales d'ailleurs, la pente d'équilibre doit ôtre d'autant plus réduite que le volume d'eau débité est plus fort.

Établissemeiit du profil en travers. — Jusqu'ici nous n'avons envisagé que l'établissement du lit ou thalweg d'un cours d'eau. Il y a lieu maintenant d'étudier la formation du profil en travers,

i. Les Formes du tei^rain, p. 61.

Durant toute la période du creusemenl, les versants, constamment minés par le pied, ne cessent de s'ébouler et prennent (toujours dans l'hypothèse d'un terrain meuble et homogène) un talus très raide, parce que le sapement opéré à la base découpe sans cesse de nouvelles tranches. La coupe transversale du vallon affecte donc la forme d'un V assez aigu.

Il est à remarquer que les deux branches du V peuvent difficilement être symétriques. En effet, la rivière ne coule pas dans un lit exactement rectiligne. La moindre inégalité <lu terrain, le moindre affluent survenant sur un des côtés, suffisent pour la jeter à droite ou à gauche. Elle mine donc un versant, qu'elle rend concave et abrupt, et d'où elle est renvoyée avec fçrce, un peu plus bas, contre le versant opposé. De cette façon, le lit devient sinueux, chaque sommet de sa courbe mettant en présence une bei^e concave attaquée et une herge convexe protégée, où se fait de préférence le dépôt des matériaux transportés ou alluvions. De la sorte, le creusement du thalweg marche de pair avec un élaipssement de la pointe du V, causé par les divagations du cours <reau. Sur cette partie élargie se déposent les cailloux et graviers, que la rivière recouvre dans ses crues.

Mais un jour arrive où celle-ci cesse de creuser son lit et, par suite, de saper le pied des versants. Ces derniers, n'étant plus minés, ne s'écroulent plus par tranches, et commencent par s'adoucir, en prenant la pente qui convient à la consistance naturelle du terrain. Le V s'ouvre donc notablement.

A partir de ce moment, les versants n'ont à compter qu'avec le ruissellement, lequel atteint son maximum avec les fortes averses «t la fonte des neiges. Puisque cet effet s'exerce par la superficie, il est légitime d'admettre i\ue l'ablation doive se poursuivre par tranches successives parallèles à la surface, les matériaux de chaque tranche étant entraînés par la pluie jusqu'au thalweg. Or le cours d'eau, qui ne creuse plus son lit en ce point, n'en garde pas moins un excédent de masse et de vitesse, dû à ce que le travail est moins avancé dans les parties d'amont, où le régime demeure provisoirement torrentiel. Cela suffit pour déterminer, au moins lors des crues, l'entraînement de ce que les eaux pluviales ont amené au bord <lu thalweg; «le telle sorte que la vallée s élargit peu à peu, par recul des parois progressivement attaquées, mais sans que l'ouverture du V se modifie. Seulement la pointe de ce V s'émousse encore par le dépôt des alluvions que la rivière charrie.

Divagations du cours d*eau. — A mesure que Félargissement progresse, le régime en amont va se régularisant, et la force vive <le Teau courante diminue. La rivière cesse alors d'entraîner ce que le ruissellement fait tomber au pied des versants, et ses sinuosités sont désormais contenues, à droite et à gauche, par les alluvions du lit majeur, c'est-à-dire de celui qui n'est recouvert qu'en temps de grandes eaux. A ce moment commence, pour le tronçon considéré, une phase où il n'y a ni érosion fluviale ni dépôt permanent. Le cours d'eau se contente de miner sa berge d'alluvions là où elle est concave, entraînant des matériaux qui vont se déposer sur la convexité d'aval, où a lieu un remous. Ainsi, de proche en proche, les alluvions, cailloux roulés, graviers, sables et limons, sont entraînées dans la direction de l'embouchure.

(2) Fig. 27. — Diagramme du déplacement des embouchures.

Au cours de ces divagations, pendant lesquelles la rivière utilise tour à tour les diverses parties de son lit majeur, les affluents subissent, près de leur embouchure, des déplacements analogues. Supposons (fig. 27) une rivière dont les divagations sont contenues, en plan, entre les deux limites AB et CD, et qui prend successivement les tracés (1), (2) et (3). L affluent, cherchant toujours à rejoindre par la ligne la plus courte, prendra les positions EF^, EF„ EF3; de sorte qu'à la longue il aura déblayé, en le couvrant ensuite d'alluvions, tout le triangle F, EF3 *. Ainsi les divagations d'un cours d'eau ont pour conséquence une extension en surface du pouvoir d'érosion de leurs affluents. Et cet eflet se produit,'[non seulement pendant la période que nous envisageons, mais aussi et mieux encore durant la phase précédente, celle du creusement.

Ajoutons que ces sinuosités sont nécessaires à l'équilibre de

Page 1