‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 31 sur 216 · Henry Mounlains, p. liO · texte numérisé non relu

Henry Mounlains, p. liO

lac finit par déborder en se créant un déversoir. Immédiatement ce déversoir se creuse, Teau du lac s'écoule par le nouveau ciinal, et vient se verser dans le réseau hydrographique inférieur. Non seulement Tartère ainsi engendrée doit s'accommoder aux conditions de ce réseau, en se créant un profll d'équilibre par un creusement prog^ressif de l'aval à l'amont, mais le volume d'eau ajouté de cette façon au réseau inférieur peut modifier beaucoup sa puissance et revivifier son activité.

D'ailleurs le débordement du lac ne peut guère manquer d'être accompagné d'une débâcle, capable de bouleverser complètement la topographie du territoire sur lequel le phénomène s'accomplit. Plus tard donc, quand toutes les ]»entes auront été régularisées, on retrouvera dans l'allure du terrain les traces d'un état antérieur plus ou moins oblitéré. En particulier, les anciens lacs se révéleront par des élargissements locaux des vallées, mais où le cours d eau coulera dans une tranchée plus ou moins profonde, résultat du creusement sur\'enu après la formation du déversoir.

Plaine de débordemeiit . Coiiditions de pente. — La charge transportée par une rivière finit par arriver dans la partie basse du cours, où la pente, une fois régularisée, ne permet plus en général que le transport du limon et du sable fin. Alors se constitue, parle dépôt devenu permanent des matériaux charriés, une plaine dllutiale ou plaine de débordement, d'autant plus importante que la nvière a eu, pour s'établir, un plus grand travail de creusement à accomplir. Cette plaine fait continuité avec le réservoir, mer ou lac, auquel le fleuve aboutit, et parfois elle ^mpiète sur ce réservoir en y construisant un delta, dont il sera ultérieurement reparlé.

Comme c'est la pente qui est le principal facteur du pouvoir ïïiécanique de l'eau courante, c'est par l'inclinaison du lit que peuvent se définir les différents états qui viennent d'être analysés, tne pente supérieure à 2 pour 1000 caractérise tous les cours d'eau torrentiels, c'est-à-dire capables d'efl'ets de creusement et de transport notables. Entre 2 et 1 pour 1000, les rivières sont divagantes, et déplacent assez souvent leurs alluvions pour n'être i)as navigables. Les rivières stables sont celles dr)nt la pente varie entre 5 et 1 pour 10 000 *, et qui, même en temps de crues, ne peuvent ^léplacer que du menu gravier. Les plain(»s alluviales des embouchures se constituent d'ordinaire aver dc^s pentes comprises entre 3et5 pour 100 000.

i. Ce dernier chiffre exprime la penlc de la Seine a Paris.

Toutefois ces chiffres n'ont rien d'absolu ; car le pouvoir d'érosion et de transport varie non seulement avec la pente du lit, mais avec la masse de l'eau en mouvement.

Adoucissement des versants. — Revenons maintenant au profil des versants, tel qu'il s'établit quand la rivière ne remanie plus que ses alluvions. Le talus que le ruissellement pluvial fait naître au pied d'un versant, en ABC (fig. 30), en vient à demeurer stable, prenant à l'extérieur une pente très réduite BC, définie, par la

Fig. 30. — Âiilatissoincnt des versants.

limite du pouvoir de transport des eaux qui ruissellent. Alors l'attacjue de la surface se poursuit au-dessus de B, par une tranche BDB'D', avec production d'un nouveau talus BC, qui prolonge CB. Par là, le versant s'adoucit peu à peu, sa crête reculant sans cesse, tandis que sa ligne de plus grande pente pivote, en quelque

Fig. 31. — Adoucissoniont des crûtes.

sorte, autour de l'axe du thalweg, en se rapprochant toujours de l'horizontale.

En même temps le profil de la crôte doit s'adoucir de plus en plus. Au début, par suite du fréquent éboulement de nouvelles tranches, la crête A (fig. 31), constamment rafraîchie, devait commencer par une véritable arête, origine d'un versant rendu concave par le ruissellement et l'entraînement des matériaux. Quand le pied du versant est définitivement fixé, l'arête A s'émousse, et peu à peu le profil BAD est remplacé par une courbe convexe BCD, qui se raccorde en D avec la courbe concave DE. En effet, ce n'est plus que la pluie qui agit entre B et D; et les filets n'y ont pas assez de vitesse pour pouvoir se concentrer. Ils enlèvent seulement les matériaux fins du sol déjà désagrégé, se contentant d'adoucir l'angle A.

De }i vient qu'un versant déjà façonné doit comprendre : 1* une partie raide ou versant debout^ de profil concave; 2** une partie sopérieure adoucie ou versant couché^ de profil convexe. La part de ce versant couché s'accroît constamment aux dépens de Tautre, et quand le pays est complètement modelé, on n'y voit plus ^ère que des formes convexes : de sorte que si, avec les Américains, on réserve le nom de cotTosion à l'action pluviale lente et disséminée, appelant érosion l'effet violent des eaux courantes, on peut dire que l'érosion engendre des profils concaves, tandis que la corrasion donne des courbes convexes *.

L'attaque des versants, dépendant surtout du ruissellement, peut se produire avec une intensité inégale sur les deux flancs de la vallée, s'ils sont placés dans des conditions météorologiques différentes. Ainsi, dans nos pays, les versants regardant à l'ouest sont plus exposés que les autres à l'érosion subaérienne. C'est une nouvelle cause de dyssymétrie du profil en travers, qui vient s'ajouter à celle résultant des sinuosités du cours d'eau.

Aplatissement final. — Quoi qu'il en soit, ï aplatissement progressif des versants ' apparaît comme le terme nécessaire du travail de 1 érosion. En théorie, cet aplatissement n'a pas de limite; car aussi longtemps qu'il tombera des averses, celles-ci conserveront la faculté d'entraîner les particules fines à la surface d'une pente tant soit peu sensible. Mais en fait, le résultat peut être considérablement retardé par la végétation, qui prend généralement possession des pentes devenues stables, où elle diminue et parfois supprime la facilité d'entraînement du sol.

En résumé, au bout d'un temps suffisamment long, le territoire soumis à l'érosion finira par être sillonné de thalwegs, n'offrant nne pente sérieuse qu'au voisinage immédiat de leur origine; et de 1 un à l'autre il ne devra subsister, par suite de l'aplatissement des versants, que des ondulations sans importance. D'ailleurs les crêtes presque verticales qui, à ce moment final, domineront la naissance des thalwegs, et qui seules feront encore sur l'ensemble une saillie notable, seront elles-mêmes attaquées par la pluie, la neige, la gelée et le vent. Elles ne pourront manquer de s'ébouler à la longue, et, en dernière analyse, tout le bassin du cours d'eau devra être aplani. Dans le cas où nous nous sommes placés, en raison du peu de consistance des matériaux de la région, l'aplanis-

1. Voir Gannett, Origin of iopographical forms [U. S. qeol. survey monograp/is, 1W3).

1 tet Formes du terrain, p. 20.

Dt ULPPAKKWT. — I«eçons de géogr. phys. 6

sèment sera complet, engendrant une véritable plaine, parcourue par des rivières au cours incertain. A peine quelques parties, un peu plus résistantes ou mieux protégées par la végétation, demeureront-elles par places, en monticules aux contours adoucis. Quant à l'altitude très progressivement croissante de la plaine, elle est commandée par le niveau de la mer ou celui du lac dont le cours d'eau est tributaire.

On ne saurait citer de meilleur exemple d'aplanissement que celui du bassin du Mississipi, au moins depuis Saint-Louis jusqu'à l'embouchure du fleuve. Une longue émersion, jointe à l'activité propre de cours d'eau considérables, a si bien réduit le relief primitif, qu'il faut remonter le fleuve principal sur 760 kilomètres pour voir l'altitude s'élever à 60 mètres, et sur plus de 1200 kilomètres pour atteindre la courbe de 300 mètres. Ce qui est encore plus significatif, c'est que, pour s'élever à ce dernier niveau dans une direction perpendiculaire au Mississipi, en allant vers les Montagnes Rocheuses, on doit parcourir au moins 500 kilomètres, ce qui donne pour le bassin une pente transversale inférieure à re*ffi>. Quant à la direction opposée, le parcours de Vicksbui^ à la côte atlantique de Charleston n'olTre, sur 1000 kilomètres, aucune altitude qui atteigne 300 mètres.

Pareil exemple est oITert par les plaines de la Russie méridionale, où le sol est aussi plat que le régime hydrographique est nettement défini. Pourtant ni la Russie ni le bassin du Mississipi ne sont des territoires formés d'alluvions récentes. Dans tous les deux,, c'estla marche normale de l'érosion qui a dû produire l'elTet observée

Territoires arg^ileuz. — De tous les genres de terrains homo« gènes et peu consistants, ceux qui se prêtent le mieux à l'aplanissèment régulier sont les districts argileux. L'eau ne pouvant s'infiltrer dans le sol imperméable, le ruissellement atteint son maximum d'intensité. Les rigoles, dont aucune condition propre à la nature du terrain ne commande le tracé, s'établissent partout où la pente le réclame, en un réseau infiniment ramifié, produisant sur une carte l'eflet d'un véritable chevelu. La plupart des thalwegs secondaires n'ont d'ailleurs d'eau qu'en temps de pluies. La nature ébouleuse des argiles exige que les parois des vallons aient très peu de pente. Chaque progrès du creusement entraîne donc la descente en masse de tous les versants. Assurément cette descente n'est pas continue ; elle comporte des saccades, chaque paquet de terrain qui s'éboule pouvant produire sur la déclivité un ressaut momentané dans la ligne de pente. Mais ces accidents se régulari-

sent par la suite, et la région, toujours doucement ondulée, arrive sans obstacle à la condition de plaine. Cette plaine est raccordée avec le niveau de base par de grandes nappes horizontales d'alluvions vaseuses, chaque averse rendant troubles, par entraînement des matériaux, des eaux qui, jusqu'à la fin, gardent une pente appréciable. Dans un tel district, le profil d'équilibre des cours d'eau doit avoir une courbure plus progressive que dans un autre, et la partie horizonzale y est plus courte.

Les sables argileux à grain fin, où le nombre des veines d'argile est suffisant pour contrarier l'infiltration, peuvent encore être cités parmi les formations qui réalisent les conditions qu'on vient d'analyser. L'entraînement des particules étant plus facile, le creusement y marchera plus vite ; mais les pentes seront moins continues, le terrain pouvant prendre par moments un talus moins éloigné de la verticale.

Liflnence des conditions météorologiques. — Pour que le modelé d'un territoire se poursuive jusqu'à la fin dans les conditions qui viennent d'être analysées, il faut évidemment (jue l'outil de ce travail, c'est-à-dire le pouvoir mécanique de l'eau courante, ne soit pas annihilé par quelque perturbation survenue dans les conditions météorologiques.

Si les précipitations atmosphériques, après avoir été abondantes, viennent à subir une diminution notable, les matériaux désagrégés IMir les intempéries demeurent sur place, formant un chaos de Wocs, sous lequel les traits saillants d'une région peuvent demeurerenfouis. C'est ce qui arrive pour la haute chaîne centrale qui traverse le nord du Tibet. Bien qu'elle s'élève jusqu'à 8000 mètres, l'air est si sec qu'il ne s'y forme pas de glaciers. Les cours d'eau do Tibet sont gelés pendant une grande partie de l'année, et en été ils ne dégèlent que pendant le jour, de sorte que si cela suffit pour procurer l'écoulement des eaux, nulle part elles n'acquièrent assez de vitesse et de masse pour accomplir des eflets de transport. Dans ces conditions, les rides montagneuses apparaissent comme ensevelies sous leurs propres débris. Les vallées s'aplatissent et s'élèvent par l'accumulation constante des matériaux provenant des versants. Telle est l'origine qu'on attribue généralement aux pamirs, c'est-à-dire aux vallées encombrées, et à profil transversal adouci, qui caractérisent le grand massif de l'Asie centrale *.

i. Geiger in Penck, Morphologie, II, p. 112. Notons cependant qu'à en juger par 1m photographies rapportées de la région, les vallées pamiriennes semblent l»ien Accuser une action glaciaire antérieure.

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