Knop, Seues Jahrbuch plr Minéralogie, 1878. p
Autrement le pays tout entier ne serait qu'un désert de pierres, coinme sont toutes les parties situées entre deux vallées, avec leurs gouflfros ou avens où se perdent les eaux de pluie.
La plupart des calcaires compacts abandonnent, par dissolution, une petite quantité d'argile, qui rougit à Tair par la suroxydation du fer. On attribue à cette cause la terre rouge (terra rossa de la Carniole) qui remplit plus ou moins des poches superficielles sur les affleurements de ce genre. Cette terre suffit pour les besoins de la végétation forestière. Mais si, par d'imprudents déboisements, on la met à nu, le vent l'emporte et le pays se transforme en désert.
Lapiez. Apparences niiniformes. — Après avoir indiqué l'allure du réseau hydrographique en pays de calcaire fissuré, il convient d'examiner comment se comporte le modelé de la surface.
Fig. 51. — Coupe transversale à la direction dos riji^olos dans lo Karrcnfcld
do la Silbomalp (Suisse).
Les calcaires sont rarement homogènes, et résistent inégalement à l'action, à la fois mécanique et chimique, des eaux de pluie. Aussi les veines les moins dures se creusent-elles plus vite que les autres, ce qui, dans les pays de montagnes où le ruissellement est énergique, engendre des rigoles plus ou moins sinueuses, étroites et profondes. Ces rigoles courent en grand nombre à la surface de l'affleurement et sont séparées par des arêtes étroites, parfois tranchantes. On les connaît dans les Alpes françaises sous le nom de lapiez ou lapiaz, en Allemagne sous celui de Karrçn, d'où le nom de Karrenfelder donné aux surfaces qui présentent cette apparence. La profondeur des rigoles devient quelquefois considérable et leur profil peut être extrêmement déchiqueté, comme le montre la figure 34.
C'est à cette résistance inégale vis-à-vis de l'altération subaérienne que les affleurements calcaires et dolomitiques doivent de revêtir si souvent l'aspect ruiniforme. Les Causses du midi de la France, et spécialement la localité de Montpellier-le- Vieux, ofl'rent les plus beaux exemples de ce genre d'érosion, qui engendre parfois les apparences les plus extraordinaires (fig. 35, 36). Sur
INFLUENCE DES CONDITIONS GËNëTIQUES
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les parois verticales, les parties tendres, s'écaillant sous une masse plus dure qui reste en surplomb, font naître des abris sous roche ou des niches.
Une condition favorable, pour la production des escarpements déchiquetés et véritablement ruiniformes, est que la roche soit susceptible de s'égrener sous l'action de la pluie et du vent. Ce genre de désagrégation est généralement caractéristique des dolomies, c'est-à-dire des roches où domine le carbonate double de chaux et de magnésie. C'est donc dans les pays dolomitiques qu'on trouvera les meilleurs exemples de ce mode d'érosion, qui donne lieu à des formes d'autant plus bizarres que ces roches sont en général dépourvues de stratification.
On peut s'en assurer, soit dans le magnifique massif des dolomies du Tyrol, soit dans la classique région des Causses, si bien décrite par M. Martel \ par exemple à Mourèze, soit dans la partie où la vallée de la Meuse, en aval de Namur, traverse la dolomie cendreuse du carboniférien. En ce point, les escarpements se divisent en une foule de pyramides ou d'aiguilles capricieusement trouées. Néanmoins certains calcaires, massifs et à silex, prennent parfaitement l'aspect ruiniforme. Tels sont ceux du bois de Païolive, près des Vans (Ardèche).
Massifs de calcaires tendres. — Il y a des calcaires qui manquent de compacité, de telle sorte que les joints n'y demeurent pas assez ouverts pour permettre la facile concentration des eaux souterraines. En revanche, ils se laissent, surtout au voisinage de la surface, débiter par une infinité de fissures élémentaires, de sorte que l'infiltration s'y fait par toute la masse. Aussi se comportentils un peu à la manière des corps spongieux, et sont pénétrés par de véritables nappes d'eau, moins continues que celles des sables, qui agissent à la façon d'un filtre, mais assez généralement répandues pour s'écouler sous forme de suintements nombreux sur le fond comme au pied des versants. C'est le cas de la craie de Champagne et un peu de celle de Picardie. La faible consistance de la roche permet l'adoucissement des pentes par entraînement des particules. Mais le ruissellement n'y est ^pas assez efficace pour empêcher la formation d'un fond plat. Ce fond, où se déverse la nappe d'eau, se montre aussi humide que les versants sont arides, et la tourbe y trouve pour son développement des conditions particulièrement propices. Aussi les rivières de la Champagne se signalent-elles par