Les CévenneSj Paris
une bande ininterrompue de bouquets d'arbres, groupes sur leurs bords plais au pied de côtes absolument dénudées.
Dans les vallées principales, où la rivière apporte des alluvions lors des crues, ces alluvions demeurent sur les berges, qu'elles exhaussent. Au contraire, les suintements latéraux engendrent sou-
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Fig. 37. —
vent, au pied des versants, de fausses rivières (fig. 37), coulant à un niveau inférieur à celui du cours d'eau principal, qu'elles vont rejoindre à travers mille sinuosités, à une assez grande distance €n aval. C*est ce qu'on observe bien, pour la vallée de la Seine, dans toute la traversée de la Champagne pouilleuse.
Sur les sommets de la Champagne crayeuse, l'absence d'une couche résistante a empêché la formation d'une plate-forme, et le pays demeure ondulé; mais ces ondulations très douces, dont les parties culminantes s'arrêtent sensiblement à un même plan, n'enlèvent pas à la contrée le caractère de plaine. Aussi parlet-on justement des plaines de Champagne, pour exprimer l'allure de ce pays, d'autant plus découvert que la végétation y est très rare.
La Normandie, où la craie est beaucoup plus solide, participe davantage du régime hydrographique des pays de calcaire compact, et la proximité du niveau de base maritime y a entraîné le rapide approfondissement de toutes les vallées, dont les versants se maintiennent très raides, en môme temps que la surface garde une altitude beaucoup plus uniforme.
Fig. 38. — Profil des Downs en Angleterre.
La convexité de la partie supérieure des versants est remarquablement accentuée dans beaccoup de pays de craie, qui réduisent par leur perméabilité l'efficacité du ruissellement, en même temps
Si LEÇONS DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
que la roche se prête mieux que beaucoup d'autres ârémiettemenl. De là résulte ua ^enre Ac paysage très caractéristique, spécialement développé dans le sud de l'Angleterre, où les croupes convexes qui séparent deux vallons secondaires sont connues sous le nom de dowiis. II arrive souvent que la convexité se poursuive du haut en bas du versant (fig, 38), U suffit pour cela qu'un cours d'eau puissant soit venu balayer les rares éboulis qui tendaient à s'accumuler au bas de chaque croupe.
DlBtrictB de gris. — Les districts formés de grès sont encore plus perméables que les massifs calcaires, tant par les (Issurea
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qui les traversent que par la facilité avec laquelle le grès se transforme en sable. On peut citer sous ce rapport la Suisse saxonne, où le grès crétacé, en couches horizontales bien accusées, fréquemment découpées en ])aralIélépipèdeB par des joints verticaux à angie droit', est profondément entaillé par la vallée de l'Ëlbe, sur le bord de laquelle se dressent les escarpements si pittoresques de la Bastei. Si le grès, qui n'esl pas soluble, se prête moins bien
I. D'où te nom <te grè,' à pierres de taille ou Quaderaaiidttein.
<jue le calcaire à Télargissement des fentes, de sorte qu'il s'y
fait rarement une circulation souterraine, en revanclie l'inégale
dureté de la roche et sa facile désagrégation en sable la rendent
beaucoup plus sensible à Faction du vent. Il en résulte que les pays
Je grès tels que la Suisse saxonne, le nord-est de la Bohême et le
Colorado, abondent en paysages ruiniformes, piliers isolés (fig. 39),
arcades naturelles, parfois même en petites cavités superficielles
arrondies. Toutefois la désagrégation se faisant surtout le long
Jes fissures et des lits de stratification, les formes des rochers de
grès sont toujours moins capricieuses et moins fantastiques que
celles des dolomies.
D'autre part, le grès n'étant pas soluble, les parties dures résistent mieux aux intempéries. Aussi les mers de rochers sont-elles beaucoup plus fréquentes dans les pays de grès que dans les territoires calcaires.
Sur les grès tendres, comme le grès bigarré de la Lorraine, le haut des versants offrira une convexité tout à fait semblable à celle des terrains craveux.
Terrains hétérogènes. Division des cours d'eau en tronçons. — Arrivons maintenant aux terrains hétérogènes non disloqués, lesquels sont formés par la superposition de couches horizontales de nature diverse. La dureté des strates, ou du moins leur résistance à raffouillement, peut être très inégale, ce qui fait que le travail du modelé se poursuivra dans chacune d'elles avec des vitesses et sous des formes différentes.
Un cours d'eau qui doit les entamer successivement est condamné à n'acquérir que très tard son profil d'équilibre continu. La courbe du lit s'établit aisément dans les parties tendres; mais elle subit un ressaut brusque, sous la forme d'une cascade, à la rencontre des couches résistantes. Autant il v aura de ces dernières, autant, durant la période d'établissement, le lit fluvial comportera de tronçons successifs, dont chacun prendra, pour niveau de base momentané, celui de la couche résistante sousjacente. En même temps les seuils reculent progressivement. L'eau qui s'y déverse entraîne des graviers et des [ûerres, qui usent le seuil par frottement. A la vérité, les rigoles ainsi forfliées ne s'approfondiraient en roche dure qu'avec une extrême lenteur. Mais le travail est considérablement accéléré par l'effet des fentes qui traversent presque toujours les couches résistantes. L'eau, en s'y précipitant, exerce sur les parois un effort de pression et d'affouillement, qui s'ajoute à celui des matériaux trans-
portés. De g^ros pralets, une fois logés dans ces fentes, tourbillonnent et perforent la roche, où ils creusent des marmites de géants. Ainsi peu à peu la couche dure se débite.
Cascades. — Mais ce qui est surtout efficace, c'est le sapement qui s'opère à la base des seuils, au pied des cascades. Les terrains plus tendres, sur lesquels repose la couche (hire, sont minés par le prop^rès du profil d'aval, et le seuil, déchaussé, amené en surplomb, se brise en s'écroulant. La cascade recule et, avec le temps, se transforme en rapides, destinés eux-mêmes à disparaître par l'usure des blocs demeurés en saillie.
Le plus remarquable et le mieux étudié parmi les exemples de cascades est celui du Niagara, où une masse d'eau, évaluée à 10 000 mètres cubes par seconde, se précipite en un seul jet de 47 mètres de hauteur. A l'origrine, la rivière, émissaire du lac
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Fip. '10. — I>a gorpo du Niagara, d'après M. Spencer. 1, terrain fi^laciaire: % calrairo du Niagara; 3, schistes; 1, 5, grès de Clinton ot de Médina: abc, surlace du cours d'eau.
Erié, coulait pendant 30 kilomètres sur une plaine constituée par une plate-forme de calcaire silurien, en couches sensiblement horizontales. A Queenstown, la plate-forme prenant fin par un escarpement, qui domino de 80 mètres le niveau actuel du lac Ontario, la rivière se précipitait en cascade et allait rejoindre le lac, situé à 13 kilomètres de distance. Mais la couche calcaire n'avait guère que 13 mètres d'épaisseur (fig. 40), et reposait sur des schistes, interrompus seulement vers le milieu par de minces couches de calcaire ou de grès. Le pied de la cascade étant constamment miné, le couronnement calcaire s'écroulait; ainsi peu à peu la chute a reculé, si bien qu'aujourd'hui la rivière coule, avant Queenstown, au fond d'une gorge large de 300 à 450 mètres, et dont la longueur dépasse déjà 11 kilomètres.
Le recul de la chute, dans les 48 dernières années, a été d'environ 1 m. 30 par an; et si l'on s'en tenait à cette donnée, on pourrait conclure que 8500 ans ont été nécessaires pour le creusement de la gorge actuelle. Mais en réalité les choses paraissent avoir été plus compliquées. D'une part l'épaisseur du seuil calcaire
augmente constamment de l'aval à l'amont, par suite d'un léger plongrement des couches, en sens inverse du cours de la rivière. A de certains moments, cette épaisseur a pu atteindre 40 mètres. D'autre part, comme M. Spencer* a cherché à l'établir, il y aurait eu, depuis le début, des changements notables, tant dans l'altitude du lac Ontario que dans le volume débité par le Niagara, sans parler de mouvements propres du sol durant la période du creusement. Ce qui est certain, c'est qu'à 1200 mètres en aval de la chute actuelle, la profondeur de l'eau est de 37 mètres, c'est-à-dire que le fond du lit est à 23 mètres en contre-bas du niveau du lac; et à son entrée dans ce dernier, la rivière a près de 30 mètres de profondeur.
Pertes de rivières. Ijacs de barrages rocheux. — Un cas particulier du creusement des seuils produit une disparition momentanée des rivières. Tantôt une fente bien ouverte a permis à l'eau de gagner de suite un niveau inférieur, et le courant chemine ainsi au fond d'une gorge assez étroite pour que les parois en surplomb empêchent d'apercevoir l'eau courante; tantôt le creusement, opéré par le tourbillonnement des galets transportés, finit par atteindre par places, à la base d'une couche dure peu épaisse, un lit plus tendre, où l'eau réussit à creuser un canal en partie souterrain. Ce dernier cas ' paraît être celui de la Perte du Rhône (fig. 41), dont le couloir subit encore, de nos jours, des changements rapides et considérables '.
Naturellement la traversée d'un seuil correspond à un étranglement de la rivière en ce point. Par contre, il y a accumulation des eaux en arrière de l'obstacle, élargissement de la vallée, et, d'ordinaire, formation d'un lac temporaire, qui se videra quand le barrage rocheux sera emporté. Aussi peut-on dire que le grand nombre des lacs et des chutes d'eau caractérise les débuts d'un régime hydrographique en terrain hétérogène, tandis que plus tard les accidents de ce genre se trouveront relégués dans les parties hautes du cours.
Quand le régime d'équilibre sera établi, l'ancien état de choses 8e révélera encore à la succession plusieurs fois répétée, dans une même vallée, de parties élargies, correspondant aux roches ten- <lpes, et d'autres étranglées, marquant la traversée des couches résistantes.