Us Formes du terrain, p. i
3* Général Bourdon, Bulletin d: la Soc. de Géographie^ 1893.
gC LEÇOKS DB GÉOGRAPIUE FHYSIQDE
Terrassea. Deltas torrentiels. — Une conséquence forcée des arrêts temporaires que subit le creusement en amont (les seuils est la production île (errasses sur les Qancs de la vallée. Ces terrasses peuvent résulter, soit du dépût prolongé des alluvions sur les parties horizontales des lils étages, soit de ce que la résistance des
seuils a détorminé en arrière la formation de lacs provisoires. Dans ce cas, la stagnation des eaux d'un lac à un niveau déterminé arrête à cette hauteur tous les affluents torrentiels, dont les dépôts forment un cordon régulier à cette altitude.
Les terrasses de graviers engendrées par ce dernier procédé sont de véritables deltas torrentieh, qui se distinguent des aliu-
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vions fluviales ordinaires par «leux caractères : le premier est rinclinaisoD, généralement assez forte (20 à 30 degrés), des couches de gravier, inclinaison résultant de ce que la vitesse «les eaux torrentielles est brusquement amortie à leur arrivée dans Veau tranquille du lac. De cette façon, la charge des cailloux entraînés est jetée tout d'un coup dans cette nappe, où elle forme un remblai immei^, dont le talus en éventail s'accroît sans cesse par de nouveaux placages. Le second caractère, encore plus décisif, est la présence du couromiement horizontal de gros cailloux qui surmonte les couches inclinées du delta. En effet, à mesure que ce dernier gagne du terrain sur le lac, le lit du torrent salloDge, et dans cette nouvelle portion, sensiblement horizontale, les eaux n^ont plus la force de charrier des cailloux de grosses dimensions. C'est pourquoi ceux-ci se déposent, cette fois en un cordoD horizontal, sur le terrain conquis, tandis que les matériaux moins lourds vont accroître le delta sous-lacustre.
Si plus tard le niveau du lac vient à baisser, le delta apparaît au jour; et aussi longtemps que Térosion pluviale le respecte, il laisse voir, comme marque d'origine, le couronnement de galets qnimarque avec certitude l'ancien niveau de l'eau. C'est par l'emploi de ce critérium que, dans les alluvions du quartier des Tranchées, à Genève, M. CoUadon a pu reconnaître un delta lacustre, formé à une époque où le lac Léman se tenait à 29 ou 30 mètres plus haut que son niveau actuel.
A côté de ces terrasses d'alluvions, il en est d'autres, que dessine sur un versant l'affleurement d'une roche dure, aplanie et rabotée «n haut sur une certaine étendue. Le cours d'eau, avant la rupture d'un seuil, a longtemps coulé sur un fond de roche dure, l'usant et le dressant par le frottement des pierres et du sable. Plus tard il a réussi à descendre à un niveau inférieur, ne laissant subsister de Tancien fond aplani qu'une bande latérale plus ou moins étroite. D est rare qu'une certaine épaisseur d'alluvions ne soit j)as restée au-dessus des terrasses de cotte espèce. Elles deviennent alors des témoins irrécusables des étapes du creusement, et ne doivent pas être confondues avec les gradins (|uVngendre souvent, sur un versant, la saillie formée par raffleurenient des roches les plus dures.
Cas divers de rupture de pente. — Il arrive souvent que les brusques ruptures de la pente, dans les thalwegs, soient produites non par la rencontre d'un seuil résistant, mais par la substitution d'une roche fissurée à une argile.
DE LAPPARCHT. — Loçons de géogr. phy*. 7
Ainsi, dans le Limousin, l'espace occupé par les argiles bariolées du permien donne lieu, vu Timperméabilité du sol, à une topographie très effacée. Mais aussitôt qu'au-dessous du permien apparaissent les schistes ardoisiers primaires, divisés en une multitude de feuillets presque verticaux, les vallons s'approfondissent en un clin d'œil, et de véritables abîmes, comme celui que franchit le viaduc de Vignols, se substituent inopinément au paysage monotone qu'on avait traversé jusqu'alors.
Il est vrai que, dans ce cas particulier, c'est la stratification verticale des schistes, autrement dit une influence tectonique plutôt que génétique, qui est la cause principale du changement d'allure. Mais il est des cas où ce changement se produit sur des couches non dérangées. Ainsi dans le Valois, aussitôt qu'affleurent les masses résistantes et fissurées du calcaire grossier, on voit s'enfoncer rapidement et devenir extrêmement étroits les vallons qui avaient commencé à se dessiner, par de douces ondulations, sur les marnes supérieures au calcaire. Ainsi encore, dans la Haute Normandie, l'argile à silex, parfois épaisse de 35 mètres, imprime à la partie supérieure du pays le caractère ondulé des régions imperméables. Mais à peine les thalwegs ont-ils touché le soubassement crayeux qu'on voit se dessiner des vallées aussi profondes qu'étroites.
La succession d'une pente rapide à une inclinaison modérée peut encore se produire en l'absence de tout seuil rocheux proprement dit, quand le cours d'eau, supposé torrentiel, vient à traverser une couche susceptible de fournir, par Téboulement des parois, des blocs qui encombreront le thalweg. C'est le cas de l'Enns, qui après avoir coulé, du col de Mandling à Admont, dans une large vallée, avec une pente inférieure à 2,7 pour 1000, prend tout d'un coup, dans le défilé du Gesàuse, jusqu'à Hieflau, une pente de 6 pour 1000, et cela uniquement à cause des blocs tombés des versants dans le lit de la rivière. C'est aussi ce qui arrive à l'Adige pendant la traversée de l'ancien éboulement des Lavini di San Marco *.
De la même façon, la Saône qui, de Verdun sur Doubs à Saint- Bernard près de Villefranche, coule à travers l'ancien lac de la Bresse avec une pente de 1 pour 25 000, prend tout d'un coup, entre Saint-Bernard et l'île Barbe, une pente de 1 pour 4000, parce qu'alors il lui faut non seulement francliir l'éperon du Mont
i. Penck, Morphoio,yie, I, p. 331.
d'Or lyonnais, mais triompher de la résistance offerte par les cailloux que divers affluents ont amenés dans cette section.
Modelé des TersaniB hétérogrènes. — Dans les terrains hétérogènes, le profil des versants ne peut plus être continu. Les couches dures y demeurent en saillie, formant autant de gradins qui ne sécroulent que par portions, à mesure que leur base est minée. Suivant la composition du terrain, toutes les variétés de profil en travers pourront se rencontrer.
Parmi les cas les plus fréquents, il faut mentionner celui d'une vallée ouverte dans une puissante assise de peu de consistance, argileuse ou marneuse, couronnée par une couche dure, de grès ou de calcaire, à laquelle l'effort des influences subaériennes s'est arrêté, de sorte qu'elle forme la surface générale du sol. Cette couche dure, à sa rencontre avec la vallée, est minée par les infiltrations et la gelée, qui attaquent son support et la laissent en surplomb. Alors elle s'écroule par gros blocs, et apparaît tranchée à pic sur toute son épaisseur, avec l'aspect d'une véritable muraille, qui couronne les versants et les limite rigoureusement par des wêtes linéaires. Tels sont les escarpements si caractéristiques que le calcaire à entroques forme au sommet de tant de versants de Franche-Comté ou de Bourgogne, où il dessine comme un rempart élevé de main d'homme ", et en général assez démantelé pour qwon puisse lui appliquer l'épi Ihète de ruini forme. Un grand nombre de quartiers de rocher, gisant sur le talus argileux, audessous de la muraille lézardée en plus d'un point, attestent que l'escarpement est formé et entretenu par les éboulements résultant de laffaiblissement progressif du support.
Il est à remarquer que ces amas de blocs épars sur les pentes se rencontrent surtout dans les vallons secondaires, où leur abondance pourrait autoriser quelque illusion sur la rapidité avec laquelle la crête se dégrade. Cela tient à ce que, dans les vallées principales, la force des eaux a généralement suffi pour débiter et entraîner la plus grande partie des éboulis au fur et à mesure du creusement. C'est pour cette raison que les gros blocs de grès de Fontainebleau, jonchant les pentes de la forêt, sont surtout abondants là où il n'y a pas de cours d'eau. Ces blocs proviennent de Téboulement d'une plate-forme de grès qui couronne le plateau, surmontant la masse des sables. Après leur chute, la dimension de ees blocs les a protégés contre le ruissellement pluvial, et ils n'ont
I. Celte apparence est bien accusée sur le plateau <rAlise-Sainle-Reine.
iOO LEÇONS DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
pu que descendre sur place, à mesure que les vallons s'approfondissaient par rentraînement du sable, sans être exposés, comme dans la vallée principale, à Taction irrésistible de grandes masses d'eau.
Profil des versants. — Dans un terrain formé de couches horizontales ou très peu inclinées, le raccordement des versants avec les surfaces culminantes se fera de diverses manières.
Nous venons de parler du cas où un couronnement dur forme les sommets, donnant lieu à des crêtes parfaitement accusées, (jui sont les lignes terminales d'un escarpement abrupt (fig. 42). La netteté avec laquelle cet escarpement se maintient dans les régions de calcaire à entroques tient à ce que les infiltrations qui se produisent à son pied délayent l'argile sous-jacente et provoquent de temps en temps des éboulements. C'est parce qu'une
Fig. '4'2. — Versant meuble avec couronne- Fig. 13. — Adoucissement do la pente d'un
ment dur. versant.
action de ce genre fait complètement défaut dans la région des sables de Fontainebleau, (jue la plate-forme gréseuse ne dessine pas d'affleurement continu visible. Elle ne se révèle que par les blocs qu'elle a abandonnés sur les pentes, à mesure que se façonnaient les versants.
Si une couche solide vient s'interposer, près du sommet du versant, entre deux assises faciles à dégrader, le profil, durant la phase de creusement, s'établira (fig. 43) suivant ABCD, et il y aura séparation tranchée entre le versant debout BD, et le versant couché AB, l'escarpement BC venant s'interposer entre les deux courbes. Mais plus tard, les influences atmosphériques, s'exerçant seules, dégraderont la protubérance BC, et le profil final comportera une partie franchement convexe AE, prolongée en bas par un talus concave ED. Il en résultera un profil analogue à celui des dotons. Du reste, la forte convexité de ceux-ci tient souvent à ce que la partie supérieure est formée par une craie plus dure, couronnant la craie marneuse qui affleure sur les versants inférieurs.
Seulement cet adoucissement de la courbe, par atrophie de l'eis-
INFLUENCE DES CONDITIONS GÉNÉTIQUES *•' .- iOl
carpement en roche dure, a lieu principalement sur les v^r^Ajits où Faction pluviale est seule à s'exercer. Dans les thalwegs^-cui persiste, sinon le creusement, du moins Tenlèvement rapide'tlj^, matériaux, l'escarpement se maintient. De là vient que beaucoiîjju-*. de vallons débutent, en amont, par une falaise en forme de petit* * cirque. C'est ce qu'en Bourgogne on appelle un bout du monde *, ."' parce que, parvenu en ce point après avoir remonté le fond du '. vallon, il est généralement impossible d'en sortir autrement qu'en revenant sur ses pas. Du reste, pour être plus persistante que le profil primitif des versants, cette structure n'est pas moins destinée, à la longue, à subir l'inévitable loi de l'adoucissement du relief. Rideaux. — Bien que la destinée finale d'un versant hétérogène soit de présenter un profil à courbure adoucie, cette régularisation peut être très lente à s'accomplir. Longtemps les affleurements durs tendront à former des ressauts plus ou moins brusques. Or il arrive souvent que la culture exagère ces inégalités, en régularisant leur pied par le labourage, de manière à conquérir sur le versant une suite de terrasses, où l'on puisse promener la charrue parallèlement au thalweg.
Telle est l'origine des gradins étages, si abondants au flanc de certains vallons, notamment en Picardie, où on les connaît sous le nom de rideaux. Parfois ils se succèdent en si grand nombre, et 'a largeur de chaque bande labourée est si faible, que le versant prend l'aspect d'un véritable escalier.
Notons seulement que les rideaux peuvent naître autrement que par la mise en évidence des diflërences de dureté. Si une roche est parcourue par des joints verticaux dans le sens du thalweg (et rien que la poussée au vide peut engendrer des fissures de ce genre dans des terrains peu solides comme la craie), la surface de ces joints oflrira des plans de facile division, à l'extérieur desquels le terrain se débitera plus facilement; de sorte que le plan de joint, plus ou moins plaqué de limon, dominera comme une petite falaise la bande de terrain située à son pied, toujours rafraîchi par la charrue.
On voit quelquefois, dans certaines vallées jurassiques de la Lorraine, deux séries de rideaux qui se succèdent à angle droit sur un même versant. Cela se produit quand un versant s'aplatit assez pour que, à une division en bandes parallèles au thalweg, la culture ait pu faire succéder un labourage suivant la ligne de plus grande
*• tel Formes du terrain^ p. 91.
peate/'Oans un cas comme dans l'autre, il s'agit seulement (rinégalités primitives du coteau, que l'homme s'est appliqué à régula- .TÎâeî* et qu'il a du même coup accentuées. •'•.'•Variété du paysage. — Aux détails qui viennent d'être donnés, ' 'concernant le profil des vallées, il convient d'ajouter quelques mots . sur la variété du paysage dans les terrains hétérogènes à stratification horizontale. Cette variété ne résulte pas seulement de l'allure inégale des pentes. Elle dérive aussi, à un très haut degré, du genre de perméabilité des couches successives.
Toute assise imperméable arrête les eaux qui ont pu s'infiltrer jusqu'à son contact. Elle crée ainsi un niveau d'eau, susceptible de se manifester, sur les versants où affleure son support, par des suintements et, dans les points bas, par de petites sources. L'abondance et le caractère particulier de la végétation, notamment l'apparition des peupliers, trahissent d'ordinaire ces niveaux d'eau, tandis que des étangs marquent les surfaces de quelque étendue où la couche imperméable se montre à découvert.
La richesse du paysage, dans l'ouest de la région parisienne, tient à la succession, plusieurs fois répétée, de couches alternativement perméables et imperméables , les dernières retenant les eaux auxquelles les premières ont servi de filtre. De la même façon, dans le Soissonnais, la puissante niasse des sables fins dits rîtiwmulitiques sert de réservoir d'infiltration aux eaux qui alimentent les étangs et les prairies de l'argile plastique sous-jacente.
Une circonstance intéressante est oflerte par certains pays, tels que le Vermandois, où le sol, tout entier de craie, porte, seulement sur les sommets, une couverture de sable glauconieux tertiaire. Ce sable est assez argileux pour retenir les eaux et alimenter des puits. Aussi, dans ce pays, les villages, au lieu de rechercher les vallées secondaires, toutes uniformément sèches, se tiennent-ils sur les hauteurs, entourés d'arbres et de vei^ers qui font contraste avec l'absolue nudité des versants. D'autres fois, ce sont de beaux bois qui couronnent les sommets; et presque toujours on y retrouve, dans ce cas, des lambeaux d'argile plastique tertiaire, restes clairsemés d'une couverture beaucoup plus étendue à l'origine.