‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 36 sur 216 · ÉRUPTIVES ET GLACIAIRES · texte numérisé non relu

ÉRUPTIVES ET GLACIAIRES

FormationB émptives. Cônes et cratères. — Les formations dorigine éruptive apparaissent à la surface à Tétat <le cônes volcaniques, (le coulées de laves, enfin de culots ou massifs d'injection.

Les cônes sont généralement destinés à une disparition rapide, fn raison de la raideur des pentes et du peu de cohésion des matériaux. Ceux-là seuls offrent quelque résistance, (|ui ont été conso- Wés par Tépanchement ou Tintrusion de laves, comme c'est le cas à FEtna. Sur tous les autres, la pluie creuse de profondes rigoles, divergeant à partir du sommet, et séparées par des arêtes qui ne tardent pas à s'ébouler. Le type de ce genre d'érosion existe à Java, où tous les grands cônes, uniquement formés de débris et dépassant parfois 3000 mètres de hauteur, ne sont que des ruines gigantesques, à chaque instant menacées par les pluies équatoriales.

Aussi peut-on dire qu'à défaut d'autres preuves, la fraîcheur des appareils volcaniques suffit pour attester l'âge relativement récent des éruptions qui les ont engendrés. Par exemple, les cratères et les cônes si bien conservés de la chaîne des Monts-Dômes appartiennent à une période sensiblement moins ancienne que les épanchements du Mont Dore. Dans ce dernier massif comme dans celui du Cantal, la plupart des orifices d'éruption ont été oblitérés, et les produits de projection dispersés, partout où ils n'avaient pas été ultérieurement recouverts par une nap[)e protectrice de lave. Encore y subsiste-t-il quelques vestiges marquant la place des

principales cheminées. Mais, pour des éruptions plus anciennes, ces vestiges font défaut.

Coulées. — Les coulées des volcans actuels ne s'étendent ordinairement que sur des espaces limités. Mais il y a des cas où, en s'ajoutant latéralement les unes aux autres, des coulées ont fini par s'étaler sur d'énormes superficies. C'est ce qui a eu lieu en Islande, mais surtout à l'ouest des Montagnes Rocheuses, où, dans TOrégon, l'Idaho et les contrées adjacentes, les laves couvrent un territoire plus grand que celui de la France et de la Grande-Bretagne réunies. Alors vraiment il peut être question d'un paysage spécial à cette nature de produits. La coulée basaltique de la rivière des Serpents, en Idaho, est surtout remarquable par l'uniformité de sa surface. Dans les parties où elle n'a pas été ultérieurement disloquée par des failles, c'est une plaine immense, où nulle influence directrice ne se manifeste, et le régime hydrographique y est encore dans l'enfance.

Avec le temps, une coulée de lave se disloque, l'érosion profitant à la fois des différences de compacité et des fissures de retrait pour découper la masse en fragments, dont les plus durs finissent par demeurer isolés. C'est de cette façon que l'ancien manteau basaltique et andésitique du Cantal, formé de grandes coulées juxtaposées, n'a laissé, au voisinage du centre primitif d'épanchement, que des lambeaux phis ou moins découpés. Quelques-uns, comme le Puy Mary, ont pris accidentellement une forme conique, et à voir de loin ces cimes pointues, dominant un territoire qu'on sait volcanique, on se croirait fondé à y reconnaître des cônes d'éruption. Ce ne sont pourtant que des ruines de coulées, isolées par une puissante érosion.

Parmi les laves épanchées à l'air libre, il en est, comme les cheires d'Auvergne, dont la surface est absolument chaotique, c'est-à-dire hérissée de blocs déchiquetés, représentant le conflit des scories charriées par une coulée en mouvement. Ces blocs, par les intervalles qu'ils laissent entre eux, facilitent l'infiOitration des eaux, de sorte que la cheire garde longtemps ses caractères, n'étant guère exposée qu'à l'altération chimique par les. agents atmosphériques. La pellicule ferrugineuse qui peut ainsi se former est d'ailleurs progressivement entraînée par la pluie. Aussi voit-on des coulées, comme celle de Cotteuge, près d'Issoire, qui, après plusieurs milliers d'années, conservent encore toute la fraîcheur de leurs formes.

D'autres coulées ont reçu, des circonstances de leur refroidisse-

FORMATIONS ÉRUPTIVES ET GLACIAIRES iO:>

ment, une structure de retrait, qui les a divisées, au moins à la base, en prismes ou en colonnes le plus souvent hexagonales. L'érosion, en mettaot à nu cette structure, fait apparaître les orgues bataltiques et les colonnades bien connues, parfois avec obélisques isolés, de certaines contrées volcaniques (%. 4i). Quand les prismes affleurent par leurs tranches, il en résulte une sorte de

Fig. 11. — Colonnulca baisltiqnes

pavage naturel, d'apparence cyclopécnne, ce qu'exprime le nom ^ft chaussée des géants.

Culots et maBSib d'injection. Massifs de granité. — Les culots d'iDJection étant pénéralement formés d'une roche plus dure que ce qui les entoure, l'érosion commence par les dégager, en les laissant en saillie au-dessus du terrain environnant. Ainsi naissent i^dômes ou des pics, parfois même des aiguilles, dont les injures du temps (iniront toujours par avoir raison.

Si l'injection de la lave résistante a eu lieu dans une fente

étroite, c'est un dyke^ c'est-à-dire une véritable muraille en saillie, qui se produira par la destruction progressive des parois encaissantes.

C'est dans la catégorie des injections qu'il convient de faire rentrer les massifs de granité, si abondants au milieu des affleurements des terrains primaires. Leur apparition au jour résulte uniquement de l'érosion, qui a enlevé l'enveloppe sédimentaire au sein de laquelle ils avaient pénétré souterrainement. Ces massifs occupent parfois des surfaces très considérables, où le paysage revêt une physionomie caractéristique. Aussi convient-il d'analyser les circonstances de l'érosion dans de tels districts. Seulement nous nous bornerons à considérer ceux où le granité ne porte pas la trace de dislocations énergiques; car les mouvements orogéniques, en laminant certaines masses granitiques, leur ont souvent imprimé une division en bancs qui les rapproche des roches stratifiées, et dont l'influence mérite d'être étudiée avec celle des phénomènes tectoniques.

Le granité proprement dit est une roche extrêmement compacte; mais les cristaux dont il est constitué résistent très inégalement à l'action atmosphérique. En particulier, le feldspath subit la kaolinisation, c'est-à-<lire (ju'il se transforme en argile par le départ de ses silicates alcalins, changés en carbonates sous l'influence des eaux météoriques. Alors la roche perd sa cohésion et devient une arène, c'est-à-dire un sable grossier, en majeure partie quartzeux. Cette arène forme presque partout, à la surface <les affleurements granitiques, une sorte de manteau spongieux, capable d'atteindre plusieurs mètres d'épaisseur, et d'autant plus apte à subir l'imbibition que l'argile du feldspath décomposé lui constitue un fond imperméable. Aussi les j)ays de granité comptentils parmi ceux où le ruissellement est assez efficace et en même temps assez divisé pour entretenir de nombreux filets d'eau, favorables à la croissance des herbes. Les jdus actifs de ces ruisseaux entraînent l'arène, et peuvent mettre la roche vive à découvert. Or c'est en général par écailles concentriques que se fait l'altération du granité, et ces écailles entourent des noyaux très compacts, que le départ de l'arène fait apparaître en blocs arrondis. De là ces accumulations et ces entassements de rochers (fig. 43), parfois en équilibre instable, dont les pays granitiques sont coutumiers, sur tous les versants exposés au ruissellement.

Dans certaines contrées, l'inégale dureté du granité fait que quel- <[ues parties se creusent plus facilement que les autres ; la pluie et

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le vent emportent les produits de cette di^sa^rcgation ; alors naissent en pleine roche de petite» cavités arrondies, appelées en Corse tafoni^. Ailleurs ces excavations deviennent des écuetles ou chaudières de géants. Ce sont les lors ou rock basins du pranîte de Cornouailles. Sur les escarpements verticaux, ce genre d'altération par écailles fait naître des grotfes et des yiiches. Bien entendu le granité n'a pas le monopole de ces formes, susceptibles de se produire sur les roches dont la dureté varie suivant les poinb.

L'absence de fentes profondes empêche les eaux de descendre

Fig. ts.

dans la masse du granité, de sorte que, là où les influence» tectoniques n'ont pas api, rencaissement des vallées y est rarement considérable. Les versants, surtout en l'absence de cours d'eau importants, ont des formes douces et toujours arrondies, avec un proHI convexe qui laisse deviner la roche dure sous-jncente. D'ailleurs le ruissellement n'entraîne guère que du sable, de sorte que les eaux restent limpides, ce qui favorise la production de la tourbe. En même temps ces eaux ])rennent une teinte noirâtre, due à la présence de l'acide ulmique.

DépAtfl glaciaires. — Les caractères des dépôts glaciaires sont d'abord l'absence de stratification, ensuite rini|ierméabililé habituelle du mélange confus de boue et de blocs qui constitue les moraines, enfin l'irrégularité des surfaces.

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