CYCLE D'ÉROSION. — APLANISSEMENT FINAL
Notion du cycle d'érosion. — D'après re que nous avons vu précédemment, la combinaison des influences génétiques et tectoniques passives a pour efl'et de compliquer Tœuvre normale du modelé et d'en retarder l'accomplissement, en même temps iju'elle impose au réseau hydrographique des conditions directrices. Mais la marche générale du phénomène ne change pas, non plus que son terme final. Seulement les diverses phases en sont plus <lura- Wes et mieux marquées. Leur succession forme, pour le système des cours d'eau de la région, un cycle d'érosion ou cycle tr activité complet. Même M. W. Morris Davis se s(Tt du mot de cycle vital, pour rappeler que l'évolution d'un réseau hydrographique comporte une série de phases, constituant comme autant iVâyes, où •Ion peut distinguer depuis V enfance jusqu'à la décrépitude. Nous emprunterons en grande partie au savant géographe américain la •l^finition précise de ces états successifs, qu'il a mis le |»r(»mier en complète lumière *.
Enfance et Jennesse d*un réseau hydrographique. — Dans V enfonce A^xxn réseau, surtout si la surface structurale est quehpie peu indécise, la concentration des ruissellements est lente à se faire; nombreux sont les cours d'eau <jui ahoutissent à d(*s lacs provisoires, de sorte que l'évaporatioii enlève une grande jmrtir de la pluie tomhée; aussi le rapport entre le déliit aux <lernières embouchures et la chute de [duir sur le hassin est-il relativement has. Les rivières initiales adcqitent tout de suite» le tracé <jue les condi-
^' V(ûr notamment Hivers and valleys of Pennsj/lvania dans Sational f/t'Of^r. Mof/a- ^. 18«0, et Journal of Oeolotjy, (Uiica>:o. 1891.
tions de pente de la surface leur indiquent le plus naturellement, quelles que doivent ôtre d'ailleurs les difficultés qu'elles y rencontreront plus tard pour l'approfondissement de leurs lits. La charge de matériaux solides qu'elles déplacent est peu considérable; car elle n'est empruntée qu'à la superficie des versants d'un réseau à peine ébauche.
Dans \a. jeunesse et Y adolescence, les lignes de drainage se multiplient, et deviennent de plus en plus aptes à fournir aux eaux pluviales un écoulement rapide. De nombreux sillons sont déjà creusés dans la surface structurale, diminuant beaucoup la part du ruissellement qui peut échapper à la concentration finale. Les arrêts lacustres sont moindres ou tout au moins ne sont plus isolés, la liaison s'établissant par des rapides et des cascades de récente formation. Les versants raides des vallées conséquentes qui viennent de se fixer, au prix de l'abandon partiel des tracés primitifs, en conformité des exigences du terrain entamé, fournissent aux rivières encore torrentielles une quantité croissante de matériaux solides. Les essais que font les eaux aftluentes pour se loger dans des lits subséquents commencent à donner des résultats définitifs. En s'affirmant, ces cours d'eau secondaires découpent en mille endroits les anciennes pentes de la surface structurale. Aux lignes de faîte de cette dernière s'ajoutent une foule d'arêtes de |)artage subséquentes, dont la migration comporte de fréquents accidents de capture. L'écoulement des pluies devient plus rapide, et la charge que les rivières ont à transporter augmente notablement.
Maturité du réseau. — Alors arrive la période de maturité. Le relief garde encore une grande part de l'intensité qu'il avait acquise durant la phase d'adolescence; mais il s'y joint une extrême variété de détails. Tous les affluents sont définis; il ne reste plus de pentes indécises et, dans la plus grande partie du bassin, le travail du creusement est presque achevé, de sorte que les courbes des cours d'eau sont régularisées. Le tracé des thalwegs s'est complètement adapté à la structure du terrain, grâce à un processus délicat et continu de sélection naturelle, en vertu duquel les parties qui s'accordaient le mieux avec cette structure survivent seules, tandis «jue les autres s'atrophient ou disparaissent. L'impétuosité de la jeunesse a fait place à un régime d'équilibre, et si les branches du cours supérieur, où la marche régressive du creusement n'a pas encore dit son dernier mot, laissent encore voir plus d'un trait caractéristique de l'adolescence, déjà la vieillesse commence à faire son apparition dans les tronçons inférieurs.
CTCLl d'érosion, APLANISSEUENT final 143
A cet étal, les cours d'eau principaux se divisent tous en trois tronçons : l'un, supérieur, où persiste le réffirne torrentiel, aver cascades et modification du lit aussi bien que dos versants; le second, moyen, où il ne se fait ni creusement ni di^pôt permanent; le troisième, inférieur, où le cours d'eau, pou^^'u d'un débit notable, s'élalc largement dans ses crues, engendrant par le dépôt des matériaux transportés une plaine al/iiviale ou plaine de débordement.
Fig. Al.