‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 48 sur 216 · Ameincan Journal, 188U · texte numérisé non relu

Ameincan Journal, 188U

2. II nous a semblé que le mol peneplnin, créé par M. Davis, pouvait passer presque sans altération dans notre langue, et y être employé au même litre que celui de péninsule,

3. C'est à cause de cette relation de niveau que la surface aplanie par rérosion a été qualifiée par MM. Powell etDulton de 6a*<;/eue/o/'ero«ion. Les auteurs américains disent (fun pays amené à celle condition qu'il est baselevelled. D'autres ont employé le mol de surface d^abrasion.

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TAmazone traversent des rapides et des cascades à une distance peu considérable de leur embouchure, et non dans les parties hautes de leur cours. Ces changements de pente se produisent toujours au voisinage des points où les schistes cristallins affleurent dans les vallées. Il est donc vraisemblable qu'un exhaussement en bloc du sol brésilien est survenu, alors que la pénéplaine était à peu prés façonnée, et, que ce mouvement, en relevant le bord de l'ancien massif cristallin plus que le ruban sédimentaire qui l'entourait, a dressé en travers des cours d'eau quelques seuils dont iU n'ont pas encore triomphé.

C'est aussi dans la catégorie <les pays complètement façonnés 4^]u'îl faut ranger les plaines de la Lorraine, depuis le pied des Vosges jusqu'à la première apparition des calcaires jurassiques. De SSarreguemines à Lunéville, on y voit affleurer successivement, ^în couches très doucement inclinées vers l'ouest, les assises du ■nuschelkalk et celles des marnes irisées. L'ensemble est en grande '■najorité argileux ou marneux. Aucun obstacle n'a entravé B'œuvre d'un réseau hydrographique très simple, entièrement déterminé par la pente uniforme de la contrée. Toute la surface s'est sibaissée à mesure que se creusaient les lits des cours d'eau, et cette absence de relief contraste d'une façon remarquable, soit «vec le rempart que forment à l'ouest les calcaires oolithiques, soit avec les éminences que le grès bigarré dessine à l'est sur le flanc des Vosges.

La plaine des Woëvres, au <lelà du rempart corallien de Verdun, doit son origine à des circonstances semblables.

La Finlande, ce massif de terrains cristallins si peu accidenté, toute la partie du sol russe <|ui l'avoisine, enfin la région canadienne, pourraient être citées parmi les pénéplaines parfaites; car la simplicité absolue de la topographie y fait contraste avec l'état <le dislocation ou de complication du terrain sous-jacent. 11 n'y a pas (le doute que ces territoires, les plus anciennement émergés <iu'il y ait sur le globe, n'aient été aplanis par l'érosion subaéi^enne. Mais l'action glaciaire, en venant tardivement s'y superposer, leur a imprimé une marque trop distincte pour n'avoir pas effacé quelques-uns des caractères originels. Aussi serons-nous dans Tobligation <le prendre nos exemples les plus typiques de Pénéplaines dans des pays on le niveau primitif des surfaces aplanies a été ultérieurement modifié, mais pas assez pour qu'elles ^lent devenues méconnaissables. C'est ce que réalisent le Plateau entrai de la France et l'Anlenne.

Plateau Central. Ardenne. — Le caractère qui permet le plus sûrement de discerner une pénéplaine n'est pas, à vrai dire, Taplanissement à peu près complet de sa surface, aplanissement que peuvent offrir aussi <ranciens fonds de lacs ou de mers. C'est la combinaison de cette circonstance avec une autre non moins décisive : à savoir l'indépendance complète de la surface terminale, relativement à la constitution péolog:ique du terrain. Un massif horizontalement stratifié, qui a subi un relèvement en bloc, peut demeurer couronné par une couche plus dure que les autres, à laquelle Teffort de l'érosion subaérienne se sera arrêté, faisant naître une plate-forme interrompue par des vallées, sans qu'il se soit jamais opéré de nivellement proprement dit de la contrée. Mais quand une région, même ultérieurement soulevée, montre en profondeur des couches inclinées ou disloquées, qui toutes affleurent par leur tranche sur une môme surface terminale peu différente d'un plan, et n'oflrant que de larges ondulations convexes, alors on peut affirmer qu'il s'agit d'une pénéplaine. C'est comme si un rabot avait passé sur la surface structurale originelle, assez profondément pour atteindre ses racines, assez longtemps pour effacer en partie l'action directrice que les affleurements de dureté inégale avaient dû imprimer au réseau hydrographique initial. L'ancien niveau de base, aujourd'hui plus ou moins déplacé, sera reconnaissable d'après l'allure générale de la surface aplanie. Et l'attribution de cette dernière à la catégorie des pénéplaines deviendra certaine, si les conditions géologiques du pays permettent d'exclure toute hypothèse d'arasement par les vagues de la mer.

Tel est précisément le cas du Plateau Central de la France. Avant qu'il eût été en partie recouvert par les épanchements volcaniques de la fin des temps tertiaires, et qu'un mouvement général de bascule l'eût fortement relevé au sud-est, ce plateau constituait une surface à peu près plane et sensiblement horizontale. Aujourd'hui encore, si de l'une à l'autre des vallées profondes qui le découpent, on joint les crêtes culminantes, en ayant soin de laisser de côté les terrains. volcaniques, on trouve que l'ensemble diffère peu d'un plan, régulièrement incliné vers le nord-ouest. Si, dans le centre, ce plan a subi quelques déformations, en revanche sa régularité est presque parfaite entre Montluçon et la Creuse, où le relèvement progressif vers le sud-est se fait si lentement qu'il est à peine sensible à l'œil. Sur la surface, les gneiss, les granités, les schistes précambriens, parfois le terrain houiller, affleu-

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renl en dessinant des bandes irrégulières, que la topographie indique seulement quand il y a de notables différences de dureté. Ainsi certaines chaînes granitiques font saillie sur Tensemble, parce qu'elles formaient des noyaux résistants, dont Térosion n'avait pas complètement triomphé. Encore les contours de ces protubérances ont-ils eu le temps de devenir remarquablement convexes.

On sait d'ailleurs, par la géologie, que la totalité du Plateau Central était émergée au moins dès la fin des temps jurassiques; que la mer n'y est plus revenue depuis lors, et qu'au milieu de l'ère tertiaire, des lacs ou plutôt des lagunes, communiquant par intervalles avec la mer, affleuraient, en Limagne comme au Cantal, tout contre le bord de la plaine cristalline, alors complètement rabotée. L'action marine n'a donc eu aucune part à cet aplanissement, œuvre exclusive de l'érosion subaérienne et fluviale, très longtemps poursuivie. Quant aux phénomènes qui ont porté cette pénéplaine à l'altitude qu'elle possède aujourd'hui, en lui faisant subir quelques déformations partielles, ils dépendent d'influences tectoniques ultérieures, dont il sera question plus loin.

L'Ardenne est aussi une ancienne pénéplaine, soulevée et inclinée tardivement, mais sans altération notable de son relief terminal. L'aplanissement de sa surface est demeuré frappant, d'abord parce que les vallées y sont peu nombreuses; ensuite parce qu'aucune formation volcanique ou continentale ne s'y est superposée. La composition du terrain est plus variée que celle du Plateau Central, comme ,on peut s'en assurer en suivant le cours de la profonde tranchée que la Meuse a su s'y ouvrir; et les sédiments plissés, le plus souvent renversés sur eux-mômes, affleurent en nombreuses bandes parallèles, qui donnent à une carte géologique de la région un aspect remarquablement rubané. Tandis que les tranches des schistes argileux engendrent des plateaux fangeux ou fagnes, les terrains plus durs dessinent parfois une petite saillie au-dessus du plateau environnant. Telles sont les traînées de rochers calcaires qu'on suit à travers le paysage monotone des schistes de la Famenne, ou encore les crêtes de quartzite qui font saillie au-dessus du plateau de Monthermé. Mais à part ces petite» inégalités, tout le massif est arasé à un même plan, et donne à l'observateur la sensation d'un plateau indéfini.

Là aussi, il est certain que l'érosion marine n'est pas intervenue. Émergée depuis les temps carbonifériens, à la fin desquels une haute chaîne de montagnes se dressait à cette place, l'Ardenne

était déjà aplanie quand la mer crétacée est venue la recouvrir pour peu de temps. A Tépoque éocène, elle formait une plaine doucement inclinée vers la mer. Rien ne s*y est superposé depuis lors, et sans le mouvement qui Ta relevée au sud, en y déterminant l'ouverture de gorges profondes, elle se montrerait encore, avec des rivières sinueuses à sa surface, telle que Tavait façonnée le travail d'érosion des temps secondaires et tertiaires; témoignage saisissant de la puissance avec laquelle les actions subaériennes excellent à niveler même les territoires les plus accidentés.

Inversion du relief. — Une curieuse conséquence de rérosion dans les terrains plissés est Yinvei^sion du relief primitif, qui fait que, dans les pénéplaines résultantes, les dépressions originelles sont souvent remplacées par des saillies et inversement. C'est ce qui a été plus d'une fois constaté en Amérique, notamment sur le prolongement des Appalaches.

Soit ABCDE (fig. 66) le profil initial d'une surface, comprenant

M ^<-<^&&m:y^fe**^ K

Fig. 06. — Inversion Uu roliof dans les régions plissées.

un synclinal C entre deux anticlinaux B et D, et formée par les inflexions d'une couche dure, qui surmonte une assise plus tendre. L'aplatissement des versants par érosion transforme ce profil en AFCGE, ce qui met à nu la roche tendre en F et en G. Or s'il existe en MN un cours d'eau transversal drainant l'ensemble des trois plis, des affluents latéraux naîtront dans les anticlinaux F et G, affouillant la couche tendre et respectant en partie les crêtes plus dures. A la fin, les fonds H et K de ces vallées latérales descendront plus bas que C; et cela d'autant mieux que la roche dure, serrée en C, aura acquis plus de compacité.

C'est par un effet du même genre que le soulèvement du pays de Bray, tout en portant les terrains qu'il aflectait à une altitude supérieure de 500 à 600 mètres à leur niveau primitif, a fini par se traduire, dans la topographie générale, par une vallée, la vallée de Bray, Sans doute le fond de cette vallée est inégal, et par endroits il s'y dresse des croupes très élevées. Néanmoins, la facilité avec laquelle les couches infracrétacées et jurassiques se sont laissé afibuiller sur l'axe de l'anticlinal, tandis que les flancs crayeux de

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la déchirure limitaient Teffet de rérosion sur les Lords, a eu pour conséquence une inversion presque complète du relief.

Vitesse du travail d'aplanissement. — Il serait intéressant de

pouvoir indiquer des chiffres relatifs à la rapidité plus ou moins

grande avec laquelle peut se faire la réduction d'un pays à l'état de

pénéplaine. M. Steck * a calculé que, dans le bassin de la Kander,

Vablaiion superficielle moyenne est actuellement d'un mètre en

2203 ans. Pour la Reuss, les chiffres de M. Heim donneraient un

mètre en 3333 ans, différence qui s'explique, d'abord par une

moindre abondance des pluies, ensuite par la dureté plus grande

des roches que traversent la Reuss et ses affluents.

Les chiffres précédents se rapportent à des régions montagneuses, où l'œuvre de l'érosion est encore en pleine activité. On en obtiendrait d'analogues pour les fleuves, tels que le Gange et riraouaddy, qui viennent de l'Himalaya. En revanche, l'ensemble des fleuves de l'Europe moyenne exigerait près de 33000 ans pour une ablation superficielle d'un mètre, si l'on considérait seulement la quantité de matières solides que ces fleuves charrient. Mais, en tenant compte de tout ce qui peut être déposé en cours de route, M. Penck * estime que l'œuvre de la dénudation fluviale doit s'élever chaque année pour toute la terre à 20 kilomètres cubes, ce qui, réparti sur l'ensemble des territoires soumis à ce genre d'érosion (environ 26 p. 100 de la superficie continentale, selon M- Penck) donnerait une ablation de 6 i centièmes de millimètre par an, ou de 1 mètre en 1440 ans. Dès lors, un territoire de 1000 mètres d'altitude moyenne serait nivelé en un million cinq cent mille ans environ. Mais à cela il faudrait ajouter les effets du vent, de l'altération atmosphérique, de la glace, etc.

Influence du régime météorologique. — Les diverses phases qui caractérisent un cycle d'érosion ne se succèdent régulièrement ^lans Tordre indiqué que si le régime météorologique de la contrée ne subit pas de variations notables. Une exagération momentanée «es précipitations atmosphéri(|ues rajeunirait l'œuvre de l'érosion, <^omme aussi un changement inverse accélérerait le passage à la vieillesse. Même à supposer que la <|uantité de pluie annuelle ne varie pas, et que le cours d'eau soit parvenu à ce qu'on appelle 1 état de régime, il ne faut pas oublier que la distribution des pluies '^^st pas uniforme; de sorte (|ue le régime comporte des variations

J- Travaux de rinstitiil géogr. de Berne, 18D3. ^ ^(trpholoffie dm' Erdoberfiache, 1, p. 383.

lot LEÇONS DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

entr(> ïétiage et les a^ues. C'est pendant ces dernières seulement que le cours d'eau peut se montrer susceptible d'érosion ou de remaniement.

Or il n'est guère de rivières, si ce n'est peut-être celles qui se sont installées sur les dernières moraines glaciaires, où il ne soit aisé de reconnaître les traces d'un état météorologique sensiblement plus bumide que l'état actuel. C'est à cela que le lit majeur de la plupart des vallées, c'est-à-dire le lit que les cours d'eau n'occupent qu'en temps d'inondations, doit de se montrer presque partout très supérieur en étendue aux besoins présents de la rivière. Par conséquent, de même qu'an commettrait une grave erreur en prenant l'état actuel d'un cours d'eau parvenu à maturité pour la mesure exacte du travail qu'il a pu accomplir antérieurement; de même on se tromperait beaucoup si on supposait que le régime météorologique du temps présent ait dû partout suffire pour amener le modelé à l'état d'avancement où nous le voyons aujourd'hui. Les nombreux vallons ramifiés, si parfaitement façonnés, et aujourd'hui sans eau, qui aboutissent à toutes les rivières, portent témoignage de l'ampleur passée des précipitations atmosphériques. Mais la preuve la plus décisive est celle que fournit la nature des alluvions. Quand au fond d'une rivière toujours limpide comme la Somme, on trouve un lit de graviers et de gros cailloux roulés, il faut bien admettre qu'alors le ruissellement était assez énergique pour attaquer partout le bief à silex qui couronne la craie de Picardie. Or de nos jours c'est à peine si des trombes exceptionnelles arrivent quelquefois à verser par endroits une couche de limon au-dessus des prairies tourbeuses de la région.

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