‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 66 sur 216 · I. Voir plus liaul, p · texte numérisé non relu

I. Voir plus liaul, p

partie de ses eaux de tête en amont de la falaise déjà mieux entamée : mais ces eaux, impuissantes à continuer le creusement, ont stationné en arrière, créant le marais de Saint-Gond.

Un col qui domine Sézanne à Touest marque le point où passait l'ancien cours supérieur du Grand-Morin; et, chose caractéristique, le petit ruisseau qui naît à l'ouest de ce col, pour se rendre au Grand-Morin, porte dans le pays le nom du ruisseau des Anges, tout comme celui qui, descendant de Sézanne, va tomber dans la Superbe prescjue en face de la Maurienne. Enfin, par une curieuse coïncidence, on retrouve au môme col la trace d'une rivière qui, au début de Tére tertiaire, venait aboutir en cascade à un lac éocène, ai)rès avoir arrosé la Champagne.

Particularités hydrographiques de la Liorraine. — Le réseau fluvial de la Lorraine oflre des particularités intéressantes, qui accusent à la fois Tinfluence de la nature du terrain et celle d'une succession de cvcles.

A partir des Vosges, grâce à ce qu'on pourrait appeler l'indiiTérence des couches, en majeure partie argileuses et tendres, qui affleurent entre le grés vosgiên et l'oolithe jurassique, tous les cours d'eau, de la Moselle à la Meurthe, n'ont aucune peine à se diriger de l'est à l'ouest, conformément à la pente générale de la région. En môme temps, l'érosion a abaissé le pays en masse, et les rivières y sont à peine encaissées.

Mais, en arrivant à Nancy, la Meurthe bute contre la bande de calcaires oolithiques, sous lesquels le lias va s'enfoncer à l'ouest. Au début, quand le creusement n'avait pas atteint la base de la masse calcaire, la rivière y trouvait sans doute des fentes qui lui permettaient de continuer sa route. Mais l'abaissement successif <lu lit a fini par l'amener dans l'argile du lias, sous-jacente au calcaire. ^Vlors, sans doute, renonçant au difficile travail qu'eût oxigé le maintien d'un chenal creusé en |>leine argile, sous deux escarpements im[>ortants, la Meurthe a préféré se couder doucement pour suivre le pied de la falaise oolithique (»t continuer ainsi, bientcM confondue avec la Moselle, jusqu'à Thionville, où se rencontraient d'autres conditions.

Ce n'est pas là du reste» l'épisode le plus important de la formation du réseau lorrain. Un autre, encore plus instructif, est le détournement de la Moselle, autrefois tributaire de la Meuse.

La Moselle à Toul. — La Moselle, descendant des Vosges conformément à la pente générale «lu pays, se dirige vers l'ouestnord-ouest, traversant le trias vi les bandes successives du terrain

jurassique, jusques et y compris les arjj^iles oxfordiennes. Mais là, devant Toul (fi^»^. 84), elle rebrousse chemin brusquement, après avoir décrit une boucle complète au milieu d'une plaine qui atteste un violent effort de déblaiement, n'ayant laissé subsister que de rares témoins, comme le Mont Saint-Michel. Elle se dirige alors au nord-est, par un couloir ouvert au milieu des calcaires, et dont les faibles dimensions sont hors de proportion avec Tarnpleur qu'avait la vallée en amont. On dirait d'une dérivation artificielle, creusée pour amener la Moselle à angle droit dans la vallée de la Meurthe, j)arfaitement continue depuis Nancy.

Cependant, de Toul à Pagny où passe la Meuse, il n'y a en

Pont à Mousson

VaucouUurs

Fijf. 81. — Carto do l'ancien conflnont do la Mcuso i»l de la Moselle.

ligne droite que douze kilomètres, et bien loin qu'il se présente dans l'intervalle une barrière infranchissable, on y peut suivre tout le temps une vallée sinueuse qui commence à Toul par le ruisseau de l'ingressin, et continue par une» boucle fortement repliée, dont la branche orientale porte le nom de Val de l'Ane, tandis que sa branche occidentale» aboutit au marais de Pagny. Sauf un seul point, à l'extrémité convexe de la boucle, où un seuil s'élève à environ 16 mètres de hauteur, tout le fond de cette sinuosité est une vallée sèche de niveau avec la Meuse, qui coule à Pagny à 2i5 mètres d'altitude, et partout on y observe des alluvions anciennes, cjui établissent clairement que la Moselle a passé par là.

D'un autre côté, les anciennes alluvions de la Meuse renferment en aval de Pagny beaucoup de cailb)ux d'origine vosgienne. Même Buvignier a fait depuis longtemps la remarque très inté-

Fessante ', que les cailloux de grès bigarré montent jusqu'à 30 mètres au-dessus de Tétiage actuel, tandis que les fragments granitiques ne dépassent pas une hauteur de 10 à 20 mètres. iVinsi le creusement a été progressif et Tîmcienne Moselle, tributaire de la Meuse à partir de Pagny, lui apportait les matériaux de son cours supérieur à mesure qu'elle-même l'approfondissait : de sorte que les cailloux graniticpies n'ont apparu qu'au moment où le progrès de l'érosion avait mis le granité à découvert aux environs de Remiremont.

Enfin les anciennes alluvions de la boucle du Val de l'Ane renferment des ossements de mammouth, ce qui prouve que le changement de direction de la rivière est \ ostérieur à la phase des alluvions anciennes è. Elephas primigenius. C'est donc un événement relativement très récent. 11 reste à démêler pour quelles causes ce détournement s'est accompli.

Causes probables de la capture. — On remarquera d'abord que la vallée de la Meurthe, distance de Toul de moins de 20 kilomètres, a son fond, vers Frouard, à 197 mètres d'altitude. Ce devait donc être un voisinage dangereux pour une rivière qui déposait ses alluvions à Toul vers 2i5 mètres. 11 suffisait qu'un affluent latéral aboutissant à Frouard, et profitant de la facilité de creusement que lui donnaient les calcaires oolithiques fissurés, poussât son thalweg en amont jusqu'au plateau de Toul, alors occupé par les argiles oxfordiennes.

Au contraire, de Toul à Pagny, par suite du relèvement des

ta Meuse à hu^ntf

Fig. 85. — Coupe schématique du terrain entre Toul et la Meuse.

couches vers l'est (fig. 83), les circonstances paraissent avoir été, au fur et à mesure du creusement, de plus en plus défavorables au maintien d'une brèche allant jusqu'à la Moselle *. Dans le principe, quand les rivières coulaient encore très haut, l'approfondissement devait être facile à travers le massif calcaire BACDE. Mais quand la Meuse eut atteint en A le fond de ce massif, c'est-

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