Schenck, 40^"- (jeof/raphenlaf/, Berlin
M. de THlo estime que les sept centièmes de la surface de la terre ferme appartiennent au paysage éolien '.
Toutefois, il faut se garder de croire que ce paysage soit identique partout. L'extrême chaleur du Sahara, et son relief si peu accidenté, qui permet au vent de le balayer sans obstacles, donnent à cette contrée, au point de vue de l'importance des dunes continentales, une supériorité marquée. Ailleurs, notamment au Turkestan, la hauteur des dunes dépasse rarement 18 à 20 mètres. C*est qu*ici le climat est beaucoup moins sec qu'au Sahara. Mais surtout, le Turkestan, ainsi que plusieurs des déserts de TAsie centrale, subit des hivers rigoureux : si bien que ses dunes sont, pendant une partie de Tannée, recouvertes de neige. Celle-ci, en fondant, leur départit une dose d'humidité qui les rend moins impropres à la végétation, et Feau qui s'infiltre au pied des sables contribue à diminuer beaucoup la mobilité des dunes ^
^articnlaritéB diveraeB du phénomène éolien. — Une circonstance assez curieuse est offerte par les dunes de l'Amérique méridionale. Dans ce pays, sur les confins de la Bolivie et de la République Ai^entine, s'étend, par 4000 mètres d'altitude, le désert d^Atacama, haute dépression où règne un climat extraordinairement sec. Le vent y édifie des dunes de plusieurs centaines de mètres et, quand il souffle de l'ouest, il pousse le sable sur le versant oriental des iVndes, de sorte que, dans les vallées de Tinogasta et de Belen, on voit descendre de vrais fleuves de sable, produisant par leur passage des effets analogues à ceux des glaciers '.
Ces dunes ou medranos sont poussées assez loin dans la direction de la Sierra de Cordoba, par les vents d'ouest que leur descente le long des Andes rend particulièrement desséchants. Leur origine occidentale est attestée par la composition des sables, on dominent les fragments de roches volcanicpies andines.
Les dunes, grâce à leur porosité, constituent de précieux réservoir» d'eau. La pluie y gagne de suite le fond, s'accumule dans 1^ dépressions ou alimente des nappes qui s'écoulent en sources !^ la lisière des grandes dunes. Aussi a-t-on pu dire que ces montagnes de sable, « résultat le plus caractéristi([ue de la séche- "^^sedu climat saharien, contribuent le plus à corriger, dans une ^^rtaine mesure, les effets de cett(» sécheresse, en protégeant et
JVoirPenck, Morphologie. M, p. 4:{.
*• Edouard Blanc, Annales de géof/raphie, IV (1895), p. 331.
*• Brackebii»ch, Pelermann's Miiteilungen, 1893.
conservant précieusement Teau que le ciel envoie au désert avec parcimonie * ».
Un effet très remarquable du passage des grains de sable sur les blocs durs isolés est la production de pierres à facettes, terminées par des arêtes vives {Kanler-geschiebe des Allemands). Par exemple, les plaines du Brandebourg sont formées d'une argile glaciaire plus ou moins sableuse, avec blocs disséminés. Le vent qui balaye librement ces plaines a fini par isoler de Targile une quantité de sable suffisante pour édifier même de petites dunes. Ce sable, en passant sur les blocs de grès dur, tend à les aplanir; et comme cette action s'exerce dans certaines directions privilégiées, (|ui sont colles des vents dominants, les facettes ainsi produites marcbent à la rencontre les unes des autres, demeurant séparées par des arêtes vives, ordinairement au nombre de deux ou trois. En France, sur les plaines sableuses de la Brenne, cet effet se produit même avec des cailloux de quartz originairement plats. Des cailloux à facettes s'observent également près des dunes qui descendent de la Bolivie dans les vallées argentines *.
Question du lœss. — Une question encore assez controversée est celle de la destinée des menues poussières engendrées par la désagrégation dans les déserts. Les sables quartzeux contribuent seuls à Tédification des dunes : mais les matériaux plus fins, provenant de Tattaque des terrains non exclusivement siliceux, demeurent en suspension dans Tair, qu'ils peuvent troubler longtemps, et sont parfois entraînés à de grandes distances. On signale des pluies de poussière, d'origine saharienne, qui se font sentir jusqu'à 2i00 kilomètres du désert. En 1873, les îles Canaries ont reçu une pluie de ce genre, dont l'importance a été évaluée a près de 4 millions de mètres cubes.
Une opinion assez généralement répandue, et que M. de Richthofen a tout particulièrement cherché à faire prévaloir, est que ces poussières alimentent les alentours des déserts, où, reprises par la pluie, elles engendrent le lœss, c'est-à-dire le limon jaune, <|ui tapisse d'abord le fond des steppes, forçant la végétation à s'élever à mesure que le sol s'exhausse par ce constant dépôt, et forme ensuite de grandes accumulations dans le voisinage des fleuves importants, comme en Chine.
Cependant cette théorie ne paraît pas devoir être admise d'une façon absolue, le loess ou terre jaune étant surtout un produit de