TREIZIÈME LEÇON
^^^^XiditionB générales du modelé des rivages. Puissance méca- ^'^^ï^e des vagues. — La forme «les côtes dépend, en chaque point,
. ^ puissance (|ue la mer déploie contre la terre ferme, et des circonstances dans lesquelles cette «lernière subit Tassaut des ^^SXies; c'est-à-dire île la structure antérieurement acquise par le Uitoi^l^ et des mouvements dont son équilibre peut être affecté.
^^snous placerons d'abord dans le cas le plus simple, celui où * structure du rivage n'exerce sur l'attaque aucune action direc-
•« force érosive de la mer a son principe, d'abord dans la l'^^^ée, qui imprime aux particules une oscillation susceptible *"^ fois d'une composante verticale et d'une composante hori- ^'^tale; ensuite et surtout dans l'action «lu vent qui, soufflant "® préférence de la mer, où il ne rencontre aucun obstacle, ^^^^ la terre ferme, pousse les vagues contre le rivage avec ^ft^ violence parfois extraordinaire. Ce choc désagrège les "^^lies tant soit peu meubles, en même temps que l'eau, projet^^ dans les fentes du terrain, v fait l'oflice d'un coin. Les ™^tériaux désagrégés sont repris par la vague , qui s'en sert ^'^■Hme «l'une mitnûlle et en re<;oit une nouvelle puissance mécan^nue.
Hi la marée agissait seule, l'action érosive marine serait «^on-
*^^ntrée entre le niveau «le la haute et celui de la basse mer. Mais
" y faut ajouter, «l'un «'«Mé la hauteur <l«»s plus hautes vagues «le
^•'tnpétes, «le l'autre la pr«)fon«leur à laquelle l'agitation des flots
^ fait encore sentir autrement «|ue sous forme «le simples vibra-
fions. Celte profondeur ne dépasse pas 20 mètres et d'ordinaire en atteint à peine 10 ^
Formation des falaises. — Cela posé, imaj?inons une côie dont le profil originel ACD (figr. 101) présenterait une inclinaison de quelques degrés, et qui viendrait tout d'un coup à être soumise à l'attaque des vagues. Celles-ci créeront par sapement, quelle que soit la nature de la roche, une entaille CBA, le point C marquant
Fi};, loi. — Format iuii U'uiii* lalaÏM'
la profondeur à laquelle l'érosion cesse d'être efficace. Le talus BA, constamment rafraîchi, se maintient raide et voisin de la verticale, parfois môme en surplomh si les roches au-dessus de la rainure ordinairement creusée en B ont assez de teime pour résister pendant quelque temps au défaut de sup[)ort. Ainsi se forme une falaise, et cet effet est indépendant de la nature des matériaux de la cote*; car on ohserve non seulement des falaises de granité, de schiste, de calcaire dur ou de craie, mais aussi des falaises d'argile, comme celles de la côte normande de Trouvîlle à Dives, dont la raideur se conserve grâce à la chute continuelle de nouvelles tranches.
Plates-formes littorales. — Le point C et le pied de la falaise se raccordent, surtout quand il s'agit de roches consistantes, par une véritable plate-forme CB, partiellement émergée à mer basse, et contre laquelle les débris arrachés à la falaise viennent constituer un remblai sous-marin DCEF. Cette plate-forme d'abrasion est particulièrement nette au pied du |)romontoire crayeux du cap Blanc-Nez, entre le Boulonnais et Calais.
Si le niveau de la mer est stable, une limite s'impose à la largeur de la plate-forme. En eJl'et, l'eau peu profonde qui la sulimerge à haute mer n'éprouve, par le fait de la marée, que de
I. \\ s'agit ici des vagues poussées contre une cùte el non des courants marins, dont quelques-uns peuvent opérer un creusement en roches dures à la profondeur de 100 mètres.
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faibles oscillations. De plus, le frottement ralentit le mouvement 4 les vagues poussées par le vent. Bientôt presque toute la forée ^'ive de l'eau n'est plus employée qu'à amener sur i*etle terrasse éles sables ou des galets. Parfois même il s'y établit une végétalion protectrice d'herbes marines. Aussi, lorsque les courants de i¥iarée et les vents n'ont pas une intensité exceptionnelle, la larjç*€ur des plates-formes d'érosion se ré<luit-elle d'ordinaire à un p^îtit nombre de centaines de métrés. Quand le socle d'érosion a pris assez de développement pour pouvoir supprimer Tassant irlirect des vagues contre la falaise, un cordon de galets et jle graviers se forme au pieil de celle-ci, et l'escarpement, qui n'est plus i"^fraîchi, s'adoucit peu à peu sous l'effort des agents atmosphéri^jues, en même temps que l'herbe parvient à s'y lîxer.
L'observation géologicjue a permis de constater, aux environs
Vienne, l'existence d'une ancienne falaise atrophiée de calcaire
■Miocène (calcaire de la Ijcilha), en avant de laquelle s'étend une
plate-forme d'abra.sion large d'un kilomètre. Contre le bord exté-
'"leur de cette terrasse s'appuie le coiigloméral de la Leithn, «jue sa
■^^hesse en fossiles et sa stratification obli((ue font recoimaître
^^nime un remblai, où les vagues ont accumulé les matériaux
arraché» à la falaise *.
-A^seidents d'nn rivage en falaise. — Sur une côte absolument ■homogène, et qui ne serait pas échancrée par des vallées, il n'y a P^s de raisons pour que le tracé d'un rivage en falaise ne reste l^oînt rectiligne.
Mais la plus petite «lifférence dans la résistance ou l'état de fen-
^■îllement des roches introduit des inégalités, par suite desquelles
**^rtaînes parties se creusent |dus rapidement que les autres,
**ï^gendrant des criques ou des anses plus ou moins découpées, en
^^rrne d'arcs de cercle dont la flèche est rarement supérieure à 200
^^u 300 métrés, avec une corde environ trois fois plus grande.
La côte occidentale «le Jersey, où se fait sentir dans toute sa >orc<* le choc des vagues aitlées par «les marées puissantes, donne '^ trioyen d'apprécier combien sont faibles les échancrures pro- ^luîtos par la rencontre de rocluvs moins résistantes, partout où il "y a pas de cours d'eau débouchant sur h* rivagt». Aux deux extrémités de la côte en question apparaissent, formant de hautes Waîses, deux bandes granitiques, ctdie du nord, qui donne les pronnontoires de Piémont, de liros-Nez et de l'Ktacq; celle du sud,
*• l*enck, Morphoiof/ief U, p. »*»î.
cjui tî'avance jusqu'aux rochers de Corbière. Entre les deux s'étend, comme un arc de cercle concave à très grand rayon, la baie de Saint-Ouen, creusée dans l'affleurement des schistes tendres précambriens, et occupée par une |>lage de sable avec dunes en arrière. Ln flèche de la concavité de cette baie est à peine égale au
sixième de son ouverture. Encore reçoit-elle quelques petits cours d'eau.
En revanche, sur la même île, on voit la mer creuser, à lu place des liions tendres de porphyrite qui parcourent le granité, des sillons, parfois des tunnels. En s'y engouffrant, hi vague com- [irime l'air avec violence. Sur certaines eûtes, comme aux Canaries, l'air lancé dans de tels sillons réussil h se faii-e jour au dehor.-» en crevant le toil des galeries.
Entre deux criques d'une falaise, la mer. pénétrant dans les fissures du promontoire, le découpe en aiffvilhs, en pyramides, en piliers (fig, 102), et (pielquefois y creuse des arcades, comme
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celles d^Etretat. Tous ces accidents suivissent directement du DÎTeau de la basse mer, et tes sables de la pla^e s\'iccumulent à leur pied.
IleB d'érosion. — Les progrès «le l'érosion marine, favorisés par rin^ale résistance des roches, peuvent à la loiifrue amener la formation d'îles en avant des côtes. C'est ainsi que les îles am^o-normandes ont été peu à peu isolées du Cotentin, auquel cOm ae reliaient dans Toriprine. C'est à la dureté particulière des loehes cristallines qui les composent qu'elles ont dû d'être parfaUement respectées. De la même fac^on, les vagues, en déblayant lai terrains schisteux de Testuain* de la Sélune, n'ont pas pu ttce disparaître le culot granitique du mont Saint-Michel. lBii moins ce dernier continue-t-il, à marée basse, à faire |mrti«' Et. domaine continental. Mais, à mesure ((ue progressait la destndion des isthmes, qui autrefois rattachaient les îles anglo-noramdes au continent, des courants marins se sont établis, et ont aapift assez de vitesse pour a|)profondir les passes où la mer ne a'iftncait qu*au moment du flux: si bien cpie la séparation a Uni pirètre complète.
jQe phénomène sera évidemment facilité par un déplacement ffÊÊU du niveau de la mer, tandis (ju'il serait empêché par un ié|hcement contraire. Mais il importe de remar(|uer que le pre- ■ior de ces mouvements n'est pas indispensable à la formation ABsOeSy et que le pouvoir d'érosion des courants de marée, ilans las parages où ce facteur ac(piiert une grande intensité, suffit à aipliqaer Tisolement définitif d'anciens promontoires, particuliènment exposés à l'assaut des vagues de tempét(*s.
Quand les îles ainsi formées gardent encore (pieb(ue étendue, les caractères delà surface, par leur identité avec ce qu'on observe sur le continent voisin, laissent deviner la séparation acromplie. fin se rend compte aisément qu'il ne s'agit pas de territoires indépendants, modelés en conformité de leur situation actuelle, mais •I? districts dont le façonnement avait commencé sous Tempire dt» loul autres conditions.
Ce morcellement des rott*s s'est a<M*onipli avrc une énergie» par- Wière sur le littoral océanitpn» de l'Kurope, depuis le» Portugal jnnquau nord de l'Ecosse. Toutes b»s îles d(» cette hande sont des ^'nes, autrefois rattachées au continent, et dont Tisolement a été racililé par les crevasses (»t les mouvements tectoniques dont la îormation de TAtlantique nord a dû être accompagnée. Presque |»arlout, la faible |>rof(»ndeur des détroits qui séparent ces îles de
la terre ferme pourrait, à la rigueur, être expliquée par le jeu exclusif de Térosion. Cependant il serait téméraire de prétendre que le déplacement du niveau de la mer n'y ait pas en partie contribué; car, sur plus d'un point, la réalité de ce déplacement, du moins dans une mesure restreinte, ne peut pas faire de doute.
Détails divers BUT les falaises. — Quand les matériaux d'une falaise présentent, du haut en bas, la même compacité, Tescarpement a son pied peu encombré de matériaux, les blocs tombant en quelque sorte un à un et pouvant être rapidement débités par la vague. Mais si des formations meubles, argileuses par exemple, constituent la partie supérieure d'une falaise, elles sont exposées à des glissements en masse qui accumulent, tout d'un coup, une grande quantité d'éboulis au pied de l'escarpement. Ainsi, près de la Hève, l'eau qui circule à travers les fentes nombreuses du couronnement crayeux délaye les sables et argiles sous-jacents, et ceux-ci, glissant sur les calcaires jurassiques, entraînent toute une bande de terrain qui, tombant par paquets énormes, vient former une basse falaise en avant de l'escarpement principal. La mer met plusieurs années à débiter ce placage, avant de pouvoir reprendre l'attaque directe de la falaise. Plus fréquents et localisés, mais aussi plus faciles à emporter, sont les éboulements argileux de la falaise des Vaches-Noires, dans le Calvados.
Certaines falaises, comme celles de la Normandie, sont exposées à perdre annuellement une bande de 20 à 30 centimètres de largeur. En reculant ainsi, leur crête entame tour à tour les divers ravinements dont la surface du plateau est accidentée. Si ces ravinements, œuvre de l'érosion pluviale, sont inclinés vers la mer, il en résulte des couloirs à pente rapide ou valleuses, qui permettent l'escalade de la falaise. Mais quelquefois le progrès du recul amène la crête à traverser des vallonnements inclinés en sens inverse, et allant aboutir à quelque rivière voisine. Il en peut encore résulter, avec un abaissement de la crête en ce point, la formation d'une petite anse, l'érosion ayant plus de facilité à accomplir son œuvre là où la tranche à débiter est moins épaisse.
La hauteur d'une falaise est généralement de quelques dizaines de mètres et en atteint très rarement 150. Cela se comprend; car supposons un pays qui plonge sous la mer avec une inclinaison de 20 pour 100, chiffre considérable, puiscpie la plus forte déclivité de la côte de Ligurie, entre Vintimille et Port-Maurice, est à peine supérieure à 10 pour 100. Une falaise de 150 mètres supposerait une plate-forme littorale de plus de 700 mètres de laideur.
Sur celte distance, raclion érosive des vagues serait le plus souvent amortie.
Débouché des vallées. Estuaires. — Le propre de tous les accidents de détail qui ont été décrits, et par lesquels peut se trouver interrompu le tracé généralement linéaire d'une falaise, est que nulle part les anses, criques, baies ou autres échancrures, dues à la seule érosion marine, n'ont une profondeur appréciable. Cela se comprend, puisque l'action mécanique des vagues cesse d'ôtn* efficace à partir de 10 ou 20 mètres de fond.
De même, si un cours d'eau ordinaire débouche à la côte, son action propre cessant à la rencontre du niveau de base, l'échancrure résultante ne peut non plus descendre au-ilessous <lu niveau de la basse mer. Il en est autremeut pour un cours d'eau important, qui non seulement amène une masse d'eau notable, animée d'une certaine vitesse, mais que la marée est susceptible de remonter jusqu'à une grande distance on amont, apportant un volume d'eau qui, souvent, est égal à cinquante fois le débit normal du fl<Hive. Dans ce cas, les courants ascendants ou descendants maintiennent une profondeur d'eau appréciable dans le chenal, qui devi(»nt un estuaire. Tels sont ceux de la Tamise, de la Seine, de la Ivoire, <le la Gironde, etc.
La profondeur des estuaires normaux <lépasse rarement 20 ou 30 mètres. Encore ne se maintient-elle que dans les chenaux qui correspondent au flot montant ainsi qu'au flot descendant. Partout ailleurs les troubles apportés par le fleuve, et ceux que la marée montante y amène du large, s'élèvent jusqu'au voisinage de la surface, et encombrent la plus grande partie de l'estuaire, mais seulement au-dessous du niveau de la haute mer.
Cas d'un rivage hétérogène et vallonné. — Un pays hétérogène, formé de bandes successives, oui diffèrent par leur relief et par leur dureté, offrira des conditions particulières à l'attaque des vagues, s'il se trouve que le rivage soit transversal à la direction g-énérale des bandes parallèles. En effet, d'une part, les zones tendres ont déjà bien des chances d'être parcourues suivant leur longueur par des cours d'eau, qui échancrent le littoral, et d'autre part, rinégale destruction des bandes de rochers <lures est de nature à engendrer des promontoires et des chaînes d'îles, de part et d'autre des dépressions qui correspondent aux terrains moins résistants.
C'est de cette façon que l'extrémité occidentale de la Bretagne se montre si particulièrement découpée, entre les deux b{iînl<'s
DC LAPPAREMT. — Leçons de jréoprr. phy». 17
extrêmes de schistes cristallins durs qui forment, Tune le promontoire au nord de la pointe Saint-Mathieu, prolongé par Tîle d'Ouessant, Tautre la pointe du Raz avec les îles de Sein. Entre les deux, la bande de quartzite des Montagnes-Noires a servi d'appui à la presqu'île de Crozon, tandis que TAune établissait son lit dans les schistes tendres du carboniférien.
Ces profondes échancrures, entièrement déterminées par la structure rubanée de la Bretagne, font contraste avec Tallure beaucoup plus régulière des côtes nord et sud, qui sont à peu près parallèles à la direction des plis. De môme, la côte espagnole, depuis la Bidassoa jusqu'à Gijon, est parallèle à la direction des couches relevées par le soulèvement des monts Cantabriques, ce qui fait qu'il ne s'y est pas formé de cours d'eau transversaux. Aussi le rivage, presque partout entaillé dans la même nature de roches, est-il exempt d'échancrures. Au contraire, entre Gijon et l'embouchure du Minho, des terrains différents viennent tour à tour buter contre le littoral, tantôt déprimés et vallonnés, tantôt restés en saillie. Dès lors la côte est accidentée de nombreuses découpures, d'autant mieux qu'ici les vents dominants lancent les vagues droit contre la direction du littoral.
Appréciation du travail de l'érosion. — Lorsque l'érosion marine a disposé d'un temps assez long pour imprimer à une côte très hétérogène un recul notable, il est des cas où il peut être assez difficile de se représenter ce que devait être l'état de choses initial. En effet, ce sont des différences locales de dureté qui ont préservé les îles et îlots demeurés en avant du littoral et de[>uis lors très morcelés. Le dessin superficiel qui résulte, au moment considéré, de \i\ ligne de rencontre de la terre avec la mer, peut alors ne plus offrir qu'un rapport très éloigné avec la structure originelle de la côte.
Dans ce cas, on peut se servir avec avantage d'un critérium indiqué par M. Vidal de la Blache *. Si l'on examine une carte hvïlrographique détaillée de la côte du Cotentin, on remarque que, jusqu'à 20 mètres de profondeur, h\s courbes bathymétriques ont une allure tourmentée et indécise, tandis que, pour les fonds de plus (le 20 mètres, elles se succèdent de plus en plus régulièrement. Il est donc naturel de regarder les inégalités de la plateforme immergée à moins de 20 mètres comnn* la marque du travail variable de l'érosion superficielle, et de prendre la courbe qui