‹ Leçons de géologie pratiqueChapitre 131 sur 153 · DU >IL · texte numérisé non relu

DU >IL

Ces deux points ont du être habitables depuis longtemps, indépendamment des changements qui ont pu survenir dans les différentes branches du Nil et dans les lagunes du Delta, et ils ont dû devenir des ports dès la plus haute antiquité. Ils seraient encore l'un et l'autre aux bouches mêmes du Nil, sans les ensablements que le fleuve a fini par produire en dehors du cordon littoral près de ces deux bouches, devenues les principales.

La distance de la tour d'Abou-Mandour à la mer, qui est de 1 5400 mètres, surpasse notablement Faccroissement qu'on peut supposer que la saillie de la cote a éprouvé depuis 2000 ans.

Lorsqu'on remonte la branche deRosette on trouve:

1.^ A 6700 mètres de sa terminaison dans la mer, le fort Julien, où a été trouvée la pierre de Rosette;

2.** A 11 700 mètres le centre de la ville actuelle de Rosette}

3.° A i34oo mètres la tour d'Abou-Mandour, qui marque la place de l'ancienne Rosette {Botbitiné).

On traverse le prolongement du contour général de la côte du Delta à gSoo mètres de la terminaison Mesaredetpi de la branche du Nil, c'est-à-dire entre le fort ^"'"^'~^'"' Julien et Rosette. De là il résulte que l'ancienne et même la nouvelle Rosette sont situées en dedans de l'ancien cordon littoral , mais que le fort Julien se trouve en dehors de cette ligne de 2600 mètres. Ainsi, lorsque la pierre de Rosette a été placée dans le lieu où on l'a découverte en 1799, la branche orientale du Nil avait déjà fait irruption dans la mer de 2600 mètres, et depuis lors elle n'a dépassé ce point que de 6700 mètres.

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^>i ., Damirttr «r trouve a pen pres nr la iigar du ix^numr ^éoéf-al do oolcs d^erjÊt et nr odk du cordon litlord aripnairr. direclna ■Mr^pne, a Feu de Datmiede, par ks tninn dllob «Ho^Éi 'f ui traTeneot la partie oord-ouot du lac Menaalrit Û réfultemi de la que lors de la fondaiioa de la llamielle de Tépoqne des croisadci« la branche de Ihàmiette arait défà empiété sur la mer de 10400 mètrei, et que depuis lors elle n'a plus aranoé que lie 2^^>^i mètres.

Il serait intéressant de saToir à «xnnbien d'années remonte cet allongement de sSoo mètres. H remonie ceitainement à ime époque antérieure à caeile de roccupation de Tancienne Damietle par Saintr-Loois (9 q5o;, puisque ce ne fut qn*à la suite de son espédition que les Sarrasins firent rétrograder les habitants jusqu'à la position actuelle de Damietta (à:1 allongement de aSoo mètres en 600 ans donnel'ail un peu moins de 4 mètres par an. S'il ne ^est acxximpli qu'en 1 800 ou 2000 ans , il a été bien plus tàiïAe encore; mais peut-être pourrait-on siqiposer fjLu; Damietle, reportée en arrière par les Sarrasins, avait éu; Jépla(M% précédemment en sens inverse, i't cjijc la Damietle antique {Tcuniaihis) se trouvait

à peu près sur l'emplacement de la Damiette actuelle.

Pour la branche de Rosette , l'allongement a été de 6700 mètrds au plus depuis que la pierre de Rosette a été placée dans le lieu où on Fa trouvée. Si cette période avait été de 1800 ans, on en conclurait un allongement de 3,'"72 par an; mais peutêtre pourrait-on supposer que la pierre de Rosette na été transportée dans l'emplacement où on Ta trouvée que lors de la construction, probablement QSsez moderne» du fort Julien. Dans ce cas il faudrait faire le calcul par rapport au point où a été ouverte l'issue de la branche bolbitine à travers le cordon littoral originaire; et en supposant que son ouverture remonte à :34^o ans, ce qui est probableiKÉdnt un minimum, vu que du temps de Strabon l'origine artificielle de la branche bolbitine était déjà une tradition, cela donnerait un maximum die 3," 87 5 par an.

On peut donc dire que les branches du Nil ne s'allongent pas moyennement de plus de 4 mètres par an, taux bien différent de celui obtenu pour le lit du Pô, dont l'allongement a été dans les deux derniers siècles de 70 mètres par an. L'accroissement pourrait avoir été momentanément plus rapide y mais les vagues , aidées par le courant de l'ouest à l'est qui rase les cotes de TËgypte , ont souvent reconquis une partie de leur domaine.

Ainsi , le Nil envahit la mer d'une manière beau- n coup moins marquée que le Pô; mais il produit ce phénomène depuis beaucoup plus longtemps. Cette double différence s'explique d'elle-même.

est moins ra

que cdai du P<

Ou D*a [las endigué le Nil , ainsi que nous FaToos dit ci-dessus (pagie 4^2)9 parce qu'alors on I aurait suspendu au bord de l'Egypte : on Fa laissé, ao contraire, s'étendre librement sur l'Egypte, où il répand lengrais sur les terres. Le sol , par suite, s y est âewé dans une proportion beaucoup moins inégale qa'en Hollande et dans la Lombardie.

Cest en même temps œ qui Êiit que le Delta a^eit très-peu allongé. Le Pô, étant aujourdlini bc»ilé de digues, transporte tous ses sédiments jusqu'à son embouchure, où il les accumule rapidement Le Kl, nayant pas de digues, se répand dans ses crues sur de vastes contrées, qu il fertilise par son limon doat il n'entraîne à la mer que la moindre partie. Si on avait endigué le ?îil, les bouches de Rosette et de Damiette formeraient des pointes beaucoup plai allongées que celles qu'elles forment réellemenL Le phénomène, quoique ayant des analogies manifiestes avec ceux que nous a ofTerts le Pô, a suivi une marche infiniment moins rapide; et d'ailleurs il n'a pas éprouvé en Egypte de recrudescence temporaire comme dans le bassin du Pô, où les cultures ont pris, à une époque récente, un très-grand développement Le limon du Nil est cependant très-abondant, et il a suffi pour niveler promptement tout l'espace situé en arrière du cordon littoral , et pour mettre de bonne heure le Nil dans le cas de se déchaîner directement dans la mer. u* bruirbr. H cst k rcuiarquer à ce sujet que les branches de * olm'im'e ^' Rosette et de Damiette sont les seules branches du •ont le. «!ui« ]>}ii QQj aient jamais produit le phénomène de Tem-

, ni aient empiété ., * ' ■■ A .,

.ur 1. mtr. pietement direct sur la mer dune manière sensible.

Il parait, en effet, que les plus anciennes branches du Nil n'arrivaient à la mer qu après avoir traversé des lagunes, et que les branches de Rosette et de Damiette, dont Forigine est artificielle, sont les premières qui aient versé leurs eaux directement dans la mer; c'est du moins ce qu'il semblerait naturel de conclure, en voyant que, près de ces deux bouches, il se produit des phénomènes dont les anciennes bouches des branches pélusiaque, tanitique et mendésienne ne pi^sentent pas de traces; je veux parler de la grande accumulation de sable qui entretient près des bouches des branches de Rosette et de Damiette de larges promontoires couverts de dunes de sable très-étendues.

Le contour extérieur du Delta ne présente pas de saillies analogues correspondantes aux autres branches. Celles-ci, plus anciennes que les branches de Rosette et de Damiette, ont versé tous leurs sédiments dans les lagunes littorales, comme le Pô a continué à le faire en grande partie jusqu'au 12/ siècle; et les branches de Rosette et de Damiette ont été les premières qui aient jeté les leurs directement daçs la mer. La tradition rapporte que ces deux branches sont d'origine artificielle, et modernes comparativement aux autres; et on ne doit pas oublier que c'est de même à l'extrémité d'un canal aitifîciel et très-moderne, celui creusé en 1604 par les Vénitiens, que le Pô a produit ses alluvions les plus rapides (voyez ci -dessus page 366).

Le lit de chacune des deux branches principales i/aiioDgemeni dr.

j "'' . '• - branche* du Nil

du Nil s allongeant tous les ans dun petit nombre „J"^pp;,'Jj^„ de mètres, il faut nécessairement que leur niveau d^soV^u^^orha.

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«tippoMr dau cet âémeni efâtid du végmie da Oéuwe^ noa-teaiemenl^epaiB les r|MM|iM» Um»rkfiief 9 mau même depuis que le ISi ooule cd f^pte, sont renlieniiés dans des limiftrs rilifii^ fueril étroites; car le Xil a toaîoars eu be»in d'une tf;ertaioe pente, et celle qnil a aiqoardliaî est praq[ne aussi iiuble que possible.

1^4*^ f^0o I/après M. Gratien Le Père, le niTeaa da Nfl à btmlâq prés du Caâre, est, dans les hases eanx^de 5,"^ 385, et dans les grandes croes de 1 3,^346 aniUsmuê des pins basses eanx de la Méditerranée^ Le iléireloppcnnent de son cours de Bonlâq à l'embonr c'hure de Rosette ou à cdle de Damiette est de !i65 kilomètres , ce qui donne une pente moyenne de 0,0000207 1 ou 4" + ?3 pendant les basses eanx, et de o,oooo5 j 94 ou 1 o" + 7^ dans les plus grandes crues.

1 , Gniticfi l/i l'ère, Observations sar le profil de nirellement de la MiMi* t\u Nil Desd'ipl. de l'Egypte : état moderne^ t. Ittv,p.S26.

n*a pu être

beaucoup plus

faible.

Dl' ML. 4? 5

' M. de Rozière admet que la pente du Nil dans la partie inférieiu*e de son cours n'excède guère un pied par lieue ^ Une pente d'un pied par lieue de 25 au

degré, équivaut a ^^^^^^^ =4444444 ^ 0,00007 5089,

et correspond en mesures angulaires à 1 5" : ce qui est un taux un peu plus élevé que celui que npus venons de calculer j cela pourrait faire supposer que le Caire, ainsi que lont pensé quelques voyageurs, est un peu plus élevé que M. Gratien Le Père ne Fa admis. Toutefois cette dernière pente est encore cetie pente très-petite, et il serait difficile que des pentes aussi &ibles en elles-mêmes aient été bearucoup plus faibles encore à une époque antérieure, quelque reculée qu'on la suppose.

On peut admettre, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, que le Nil coule aujourd'hui plus facilement près de ses bouches qu'il ne faisait autrefois; et que c'est là ce qui a fixé son cours dans les deux branches de Rosette et de Damiette et a amené la production des ensablements qui existent à leurs extrémités en dehors du cordon littoral. Le changement de régime dont nous parlons a dû surtout devenir sensible dans les b&sses eaux près de la limite intérieure des lagunes littorales du Delta : c'est là en effet, comme nous l'avons déjà vu, que la Basse-Egypte actuelle diffère le plus de ce qu'elle était dans l'antiquité.

Le régime du Nil dans toute la vallée d'Egypte, et au Caire en particulier, étant resté sensiblement

1 . De Rozicrc , De la constitution pli^sique Je l*Egyple. — Dcsci'iplion de Thlgypte : histoire naturelle, tome If, p. 494 (1812).

^'^G BOrCHES

le même depuis les temps historiques , on en condut naturellement quÛ a âeré son fond de la même quantité que ses bergesu Or, Félévatioii absolue de son fond , au Caire , n étant pas de 5 mètres, on voit que, si dans les derniers 5ooo ans le >'il a élevé ses berges au Caire snirant le taux moyen indiqué par lobserration des bases des anciens monuments, c est-à-dire d'environ trois fois ly'^afî, ou de 5,'^'-8, et son fond de la même quantité, son fond au Caire doit aroir été, il y a 5ooo ans, à moins de 2 mètres au-dessus de la Méditerranée, et que sa pente moyenne, dans les basses eaux, doit avoir été moitié moindre que œlle qall a aujourd'hui. L'influence de la même élévation nir la pente dans les hautes eaux est beaucoup moins sensible, par cela même que cette pente est plus forte.

u.iut l^nc pente moyenne, si faible dans les basses eanx,

de» ..ppe.itu>.. Qg p^^j gg concevoir ou en admettant, qu'il y a

qu «• pevi faire A ^ ' m. J

Mirie* Sooo ans, le Nil se jetait dans des lagunes sans audeUroofigiTafion cune pcntc, au milieu desquelles il a graduellement •eiudir a. Deiu. ^jjQjjg^ gçg branchcs en même temps qu'il les élevait

Les sables accumulés ^n quelques points des conr tours intérieurs des lagunes littorales, notamment â l'angle sud-est du lac de Bourlos, montrent qu'en effet certaines branches du Nil y ont terminé lenr cours pendant quelque temps. Si on supposait que les branches du Nil ont toujours eu dans les basses eaux la méiAe pente moyenne qu'aujourd'hui, on calculerait aisément qu'une élévation annuelle de i,°'"'26 au Caire correspondrait à un allongement annuel de 6o,'"79o du lit de chacune d'elles; allon-

giement presque égal à celui que les branches du Pô éprouyent aujourd'hui. Cet allongement donnerait 607g mètres par siècle, et 60790 mètres en 1000 ans; mais la petitesse des changements survenus dans les contours intérieurs des lagunes littorales ne permet guère d'admettre un allongement aussi rapide des branches du Nil.

Certains terrains situés près des branches du Nil ont sans doute été élevés et émergés, tandis que d'autres, qui en étaient plus éloignés, étant restés presque stationnaires, se sont trouvés de plus en plus bas par rapport aux branches du Nil, qui s'élevaient par degrés , et sont devenus de plus en plus marécageux. Cependant la discussion à laquelle nous nous sommes livré précédemment relativement aux environs de Tanis, de Mendès, de Diospolis, montre que les changements survenus dans l'un et l'autre sens ont été peu considérables. Il est donc probable que la pente du Nil à l'entrée des lagunes a été encore moindre autrefois qu'elle n'est aujourd'hui en moyenne du Caire à la mer, ce qui favorisait le dépôt des sédiments dans ces parties, et que ces branches ont légèrement augmenté leur pente en même temps qu'elles se sont allongées. La configuration intérieure actuelle du Delta est résultée de ces effets complexes qui ont donné aux branches de Rosette et de Damiette des formes de plus en plus favorables à la décharge des eaux, et les y ont fait couler en presque -totalité, quoique ces branches soient les plus élevées.

La petitesse des changements survenus dans la LesoiduOeiu configuration intérieure du Delta, a paru à quel- "^rénfoî".

ques auteurs, au nombre desqueb on doit cîlo- sortoui M. Cordier ^ , un motif pour supposer que la surCsioe de la Basse- Egypte sabaiase par degrés à mesure qu'elle se charge des sédiments du Nil, demanière à rester loiqours au mânoe nÎTean abaido. Mais il parait bien difficile d'admettre cette exacte compensation : les preuves d'un abaissement graduel du sol que nous ayons signalées en Hollande, manquent totalement en Egypte; on n j cite anenn événement cmnparable à la jEormatioii du Zki^derzée, de la Jabde, du Dollart, du Biesboadi, ni même à l'extension graduelle de la mer de Haricn, La fixité du sol du Delta parait presque aussi bien démontrée que celle du sol de Venise. Le aol de Venise n'a certainement éprouTé depuis 1400 ani que de bien faibles changements, et il suffit de voir subsister encore sous le nom de montagnes les tertres nombreux sur lesquels les anciens avaient établi des villes et des villages au milieu des eaux du lac Menzaleh et du laç Bourlos, pour comprendre qpe, si leur fond li'est enfoncé depuis lors, ce n'a été qne d'une bien petite quantité.

Le fond des lagunes littorales ne s'est d'aillenn chargé que d'une bien petite épaisseur de aadi* méats depuis le temps des anciens Egyptiens. Si en lagunes avaient été très <- profondes, ils n auraient pu y élever les tertres dont nous venons de parler. On a, il est vrai, la certitude que le lac Maréolil était assez profond pour la navigation de cette épo* que; mais nous avons vu que, lorsqu'on laisse Isi

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