‹ Leçons de géologie pratiqueChapitre 149 sur 153 · Michel Chevalin-, loc, cit., page · texte numérisé non relu

Michel Chevalin-, loc, cit., page

se forme, pai^ un mëcanisme analogue, au milieu des eaux peu profondes d une mer intérieure et peu agitée, avec une rapidité beaucoup plus grande, à la vérité, mais qui s explique, d'une part, par la concentration de Faction presque entière de l'un des plus grands fleuves du globe dans un seul de ses bras , et de l'autre par leffet des troncs d'arbres innombrables qu'il entraîne. La mer a évidemment ^o"»"'"» beaucoup plus de prise sur des troncs a arbres que à us produire. sur des matières tenseuses ou sableuses pour les repousser vers ses bords et pour les y entasser.

Ici je ferai remarquer que l'action exercée par la mer pour repousser toutes les matières qui viennent encombrer ses bords et pour les entasser sous foime de cordon littoral, au lieu de les laisser se répandre sur son fond, explique comment les fleuves qui ont fait irruption dans la mer, comme le Nil, le Pô, le Mississipi , y ont quelquefois allongé leur lit avec plus de rapidité qu'ils ne le faisaient dans les lagunes qui ont reçu leurs premiers sédiments.

Mais on doit. observer en outre, relativement à Anomaiir

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la rapidité avec laquelle s allonge de nos jours le ht parie. du Mississipi, que les remarques faites par M. de ^^**j.^j|^^[™^^^ Prony (voy. plus haut, p. 542) sur la marche plus des digue.. rapide des alluvions du Pô vers la fin du moyen âge, trouvent ici une nouvelle application. Depuis le milieu du siècle dernier on défriche des terres immenses dans une partie du bassin traversé par le Mississipi et par ses vastes affluents, et de là résulte nécessairement une augmentation considérable dans la quantité des troubles qu'il emporte à la mer. De là doit résulter encore une augmentation dans la

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rapidité de» mies et dans réœrgîe aTec laqudk elles agissent sur les ber^, quelles déiMlisKiil et dont elles entraînent les arbres séculaires. Enfin, les digues dont le Mississipi a été bordé depuis un siède, Tobligent à pousser jusqu'à la mer la jhts ffwaâe partie des matières qu'il cbarrie^ Tout semble donc Laiu«cr>mt aunonceT que la rapidité singulière aTec laquelle me ^ !r«ir été ^^^^^ou^ aujourd'hui le lit du Mississipi , est un pbé- •«•i^ nomène temporaire, et pour ainsi dire artifii^d. U ^-^ v»t est même parCsiitement érident que le Misnssipi n'a »»i^^m$4%m. ^^ toujours allongé son lit suivant le taux actnd^ de 55o mètres par an; car, si on supposait que rallongement a toujours eu lieu à ce taux, on pourrait calculer que le Delta , dont le sonunet se trouve à 460 kilomètres de l'emboucfaure actuelle, aurait du commencer à se former il y a seulement i3i4 ^i^^» c'est-à-dire, dans le 6/ siècle de l'ère cbrétienne. u pr««iMt«>>fe Une autre considération doit concourir, ce me ff^mé^muûem^e^^^^^ 9 ^ mettrc cu garde contre les conclusions •e,»pemt-Hre trop absoIucs qu'on pourrait être tenté de tirer de p«rb»er. \sL marche actuelle du phénomène: c'est que rien ne prouve encore que ce promontoire, si rapidement prolongé, soit un édifice à toute épreuve, et que l'une de ces tempêtes extraordinaires qu'on voit se répéter en divers parages à des intervalles sécu- .laires, ne soit pas destinée à le tronquer quelque jour et à mettre le fleuve dans le cas de recommencer son ouvrage près des contours généraux du Delta, qu'il a dépassé dans les derniers siècles d'une manière véritablement anomale.

Il est certain toutefois que le Mississipi doit figurer au premier rang parmi les fleuves dont les

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alluvioas font invasion dans la mer en dehors des cordons littoraux, et cela me conduit à présenter quelques considérations générales sur ces sortes d^irruptions de matières alluviales.

Elles sont généralement l'ouvrage des grands fleuves et particulièrement de ceux dans les bassins desquels lactivité humaine lutte contre la natiu*e avec le plus d énergie.

Un nombre immense de cours d'eau produisent Le. grand. fleu%

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des Deltas dans les lagunes que la mer a séparées f,iti„„ptio„ a. de son domaine dès le commencement de la période *""*"* T"^'

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actuelle en élevant des cordons littoraux. Dans une littoraux. foule de localités ces lagunes ont été jusqu'ici plus que suffisantes pour recevoir les dépôts des petites rivières qui ne les ont pas encore comblées. Les grands fleuves sont presque les seuls à qui ces étroits réceptacles n'ont pas suffi jusqu'à nos jours, et dont les Deltas ont déjà fait irruption dans la mer à travers les cordons littoraux. Les dépôts de tous les cours d'eaù sont destinés , sans doute , à produire dans le laps des siècles des effets analogues; mais le temps écoulé depuis que la surface du globe a pris sa forme actuelle, n'a pas été assez long pour que la plupart dès cours d'eau aient pu accomplir, sous ce rapport, la première partie de leur tâche, qui est de combler les lagunes littorales. Quelques grands fleuves ont pu presque seuls jusqu'à présent dépasser ce terme et prolonger leurs berges dans la mer; tous les grands fleuves n'ont pas même encore franchi ses limites, et ceux qui y ont pénétré, l'ont fait de manières fort inégales.

Les fleuves des Pays-Bas néerlandais, l'Escaut, la 1. 33

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Meuse ^ le Rhin» etc. » n'ont pas encore dépassé le cordon littoral ; ce qu on peut attribuer avec quelque Traisemblance, ainsi que nous lavons vu précédemment , p. 5 1 6, à la grandeur des lagunes originaires, à renfoncement graduel du sol qui tend sans cesse à les rétablir, et à l'action des marées qui » pénétrant par de larges ouvertures, n ont pas permis au rqgime des Deltas de s'y établir d'une manière comjâétement régulière. L'Escaut et la Meuse, à leu|9 embouchures, ont en partie le régime des OBstiuwreSs dont il nous restera à parler ultérieurement

Le ]Nil n'a dépassé le cordon littoral qu'aux seules bouches de Damiette et de Rosette, et il n'a fait au delà que peu de progrès.

Le Rhône et le Pô ont fait en dehors du cordon littoral des progrès beaucoup plus marqués^

Le Mississipi nous présente cette irruption des alluvions dans la mer avec son maximum de développement.

u Miuiaipi De là il résulte que l'observation dé ce qui s'est une'Jupiion passé pour d'autrcs fleuves ne peut pas nous éclairer plu» con.,dér.bie oomulétement sur ce qui adviendra de la pointe du

qu aucun antre a *- ' - x

floiTe, Delta du Mississipi^ dont la longue saillie est un

ce qui empêche i%.*9\f « «ii

dcnjugerieteffet. tait jusqua prcscut sans exemple, au moins dans la ' période actuelle. On est réduit à cet égard à descon^ jectures, et ce qu'il y a de plus probable^ c'est que les progrès de cette pointe deviendront moins rapides à mesure qu'elle s'avancera dans (}es eaux plus profondes et qu'elle sera démolie par la mer^ lorsque, par quelque circonstance accidentelle, le cours du Mississipi se déversera latéraleinent et cessera de l'entretenir. Les matériaux dont elle se compose

par comparaison.

nomeo

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aujourd'hui devront alors concourir à ]a formation da couches sous-mariues»

£n rësuméi la ressemblaoce générale que le Delta coniectare. du Mississipi présente avec ceux des autres fleuves ^^ cTphér"' jdont nous nous sommes occupés précédemment , doit porter à conclure qu'il s'est formé de même en comblant d'abord des lagunes, dont il a fîni par dépasser le cordon littoral pour faire in^uption dans la.mér. Il s'avance aujourd'hui dans la mer mem« a^rto rapidité^ mais par un point seulement, et il n'en a pas encore comblé une étendue considérable. L'invasion rapide qu'il y fetit de nos jours paraît être im accident temporaire, qui n'aura peut-être rien de permanent ni dans sa mai^he ni dans ses effets « et le canal étroit et mobile qu'il s^y est créé ne sau* rait fournir une base solide aux spéculations, sur hk conKeciion rapide de la terre en mer, qu'on a TOisUi ériger en système*

formation de ce canal attire fortement les re»^ Le.

gârdf ^ parce qu'elle s'opère près de la sur&ce de la '^^ ^TIulTi mer, dont elle modifie les contours; et lorsqu'on ne »»« pourront

. i»» .-1 combler le goH

parie que de sa longueur^ uluà taire mention de son da Mexique. ëtroitesse^ elle frappe l'imagination^ comme un &iit eonsîdérablQ. Elle ne constitue cependant qu'une petite partie des phénomènes qui^e passent en de^ liors du cordon littoral du golfe du Mexique et qui teddent à en diminuer la profondeur. Or il est aisé de ccmcevoir que tous ces phénomènes réunis ne parviendront jamais à combler le golfe, car h volume entier des terres qui y va:*sent leurs eaux suffirait à peine pour remplir ton bassin, et il est évident que ces terres ne sont pas destinées à être

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démolies jusqu'à leur base et entraînées en totalité, dans l'avenir même le plus éloigné, par les eaux qui ruissèleront sur leur surface. Ceci me conduit à vous rappeler une remarque que nous avons déjà faite en parlant du P6 : c'est que les effets des àllu^ vions sont très -visibles dans les lagunes littorales, parce que ces lagunes sont peu profondes; et qu'ils doivent prendre des apparences de plus en plus restreintes quand ils pénètrent dans la mer à me- Le. aiiuvion. surc qu'ils atteignent des eaux plus profondes. En thèse générale, les alluvions.ne pourront combler, à quelque époque que ce soit , qu'une très - petite d« mers, partic de la mer , parce le volume de la mer est incomparablement plus grand que celui des terres émergées. Elles devront sans doute concourir à y former avec le temps des dépôts sous - marins ti'èspuissants;mais on est conduit à cette conclusion par le raisonnement et par la prévision de l'avenir beaucoup plus que par l'observation de ce qui s'est passé dans les Deltas. Ceux-ci ont remplacé d'abord des lagunes peu profondes , dont le comblement ne pouvait être qu'un phénomène très - restreint j mais on peut prévoir la suite de leur marche, et il est évident qu'alors même qu'ils auront parcouru toutes les phases dont ils sont susceptibles, ils seront encore comparativement d'une étendue assez limitée. Cette circonstance que la formation d'un Delta est un phénomène qui a une série de phases presque aussi marquées que celles du développement d'un être organisé, augmente beaucoup l'intérêt qui s'attache à leur étude. Il me reste encore quelques considérations à vous présenter à cet égard.

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Le M ississipi , étendant aujourdliui ses alluvions avec plus de rapidité quauciin autre fleuve, c'est à lui qu'on serait en apparence le mieux fondé à appliquer les remarques de Dolomieu, qui disait, en parlant des atterrissements du Nil : « Je compte Lorigine même me servir un jour de ces atterrissements (du «///«oi^l^'p. Delta en eénéral) et de leur peu d'étendue en com- iu-e^poq»»

, ^ , ■■, . - Irèi- ancienne,

paraison de ce quils pourraient être d'après leur accroissement journalier, s'ils avaient commencé depuis beaucoup de milliers d'années; je les emploirai, dis -je, avec beaucoup d'autres faits analogues, pour soutenir mon opinion sur le peu d'ancienneté de l'état actuel de notre globe , et pour rapprocher de nous l'époque du dernier cataclysme contre le sentiment de plusieurs hommes illusti^s. '' ^ En effet la rapidité des progrès actuels du Delta du Mississipi pourrait faire espérer qu'on y trouverait, pour réaliser la conception ingénieuse de Dolomieu, des ressources que le Delta du Nil, avec ses contours presque invariables, fournirait assez difficilement. Cependant nous avons vu qu en cherchant à faire sur le Delta du Mississipi le genre de supputation dont Dolomieu a donné l'idée, on rencontrerait d'autres difficultés, car on arriverait à conclure qu'il a commencé à se former à une époque postérieure aux premiers siècles de l'ère chrétienne ; résultat absurde, qui prouve que la rapidité actuelle de ses progrès est bien réellement une anomalie liée, on n'en saurait douter, à l'endiguement du fleuve et au grand travail de défrichement dont l'Amérique du nord est aujourd'hui le théâtre.

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