Bérard, Description nautique des côtes de rAlgérie
1 l8 INSTRUMENTS NÉCESSAIRES
rochers avec les plus petits accidents. Qaand il y a des roches stratifiées en couches très-minces et trèsnombreuses, il est presque impossible de compter ces cx>uches et les cassures quelles présentent; lorsqu'on essaye de les dessiner, on en supprime au moins les trois quarts, et on représente imparfaitement les autres, tandis que, avec le daguerréotype, on reproduit non -seulement toutes les couches, mais encore leurs plus petits accidents. Comme vous le savez, les dessins daguerriens soutiennent Texamen le plus minutieux. Si les dessins obtenus sont trop délicats, on peut les examiner à la loupe et y voir ées traits les plus déliés de la structure des roches. J'ai vu des dessins très -remarquables faits de cette manière, tels que ceux des rochers de Constantine : on peut y compter les cassures, En y joignant quelques échantillons des pierres calcaires qui les composent , on a une idée très-complète de la structure de la montagne tout entière. Je ne doute pas que l'on ne fasse ainsi dans toutes les parties du monde des collections précieuses. Il est à désirer qu'on les grave avec toute l'exactitude dont de pareils dessins sont susceptibles. Malheu*reusement le daguerréotype n'est pas un appareil très-portatif.
Remarques sur la manière de voyager et d'observer.
S'il est une chose dont on puisse dire qu'elle s'apprend surtout par la pratique, c'est assurément Yart de vojager. Cela est d'autant plus vrai que chacun est obligé de subordonner sa manière. de
AUX GÉOLOGUES VOYAGEURS. l 1 9
voyager à sa propre constitution. Cependant quelques remarques générales à ce sujet pourront ne pas être inutiles.
Je rappellerai d'abord la recommandation faite oatiu par de Saussure d'avoir tous les outils nécessaires , ^^\^^'''
A les iDitruments-
pour réparer les instruments : pinces , tourne-vis , fil 9 ficelle^ On n'a pas besoin d avoir tout cela dans ses poches; il suffit de retrouver ces objets de temps à antre.
De Saussure n'a pas négligé les précautions relatives à l'habillement; il recommandait d'avoir un habit blanc, un chapeau blanc, comme sVcbaufFant moins au soleil : la différence de teinte rife produit cependant pas une différence très- sensible sous ce rapport, et une couleur éclatante, à laquelle on n'est plus habitué aujourd'hui, tombe dans Tinconvénient d'attirer l'attention d'une manière incommode.
U recommande aussi d avoir des hmettes vertes umeuetbuue». ou bleues : cette précaution est excellente pour aller sur les glaciers ou même sur les roules que la sécheresse rend blanches en été. Un crêpe noir est aussi crép* noir. très-bon pour aller sur les glaciers : cela affaiblit l'effet de la réverbération. Quand on a été toute la journée sur un glacier, si on n'a pas pris de précautions pour ses yeux, on est souvent presque aveugle le soir, et il peut en résulter des affections dangereuses.
Il &ut avoir un bâton pour marcher sur les ga- RAion rrrré. zons très-inclinés et sur des terrains glissants. On en rencontre très-souvent quand on va dans de hautes montagnes; on a besoin alors d'un bâton ferré;
Saussure recommandait un bâton de sapin de sept Crampon, ou vu. picds dc longucur. Si on veut aller sui' des glaciers, il faut armer ses souliers de pointes, pour ne pas glisser sur la glace; il a recommandé des crampons et aussi des vis, que Ton visse dans la semelle des souliers ,- et qui ont une tête pyramidale ou bien façonnée en double pyramide. On en visse huit ou dix sous chaque soulier, surtout sous le talon; cela résiste parfaitement : on peut marcher une journée entière sans perdre plus d'une ou deux de ces vis. Saussure donne aussi quelques indications relatives à la nourriture; chacun doit agir à cet égard suivant sa constitution. L'état oii la civilisation est aujourd'hui parvenue dans la plupart des contrées de l'Europe, dispense au reste de prendre beaucoup de précautions à cet égard, et permet de simplifier en général plusieurs de celles indiquées par de Saussure.
Plant de voyage. Mais uuc chosc toujours essentielle pour tirer tout le parti possible d'un voyage géologique, c'est d'en* bien faire le plan. Pour cela on doit avoir égard au climat et à la constitution géologique de la contrée à explorer. Il faut d'abord choisir convenablement la saison.
saiton Lorsqu'on se propose d'aller dans les hautes mon-
la plu. favorable |-jon^ {] f^ut gg rappclcr oiie dans les mois de
aux excnr«ions O ' L 1, ±
géologique, nxai et de juin le temps, dans ces hautes et froides
haute, montagnes régions , cst cxtrémement incertain et variable; il
de l'Europe. sm.yjçij|; j^g oragcs presque tous les jours. Jusqu'au
20 juin, le temps est extrêmement chanceux ; la saison n'est donc pas commode. Dans certaines contrées les montagnes sont encore couvertes de neige. Les
neiges de Tbiver ne sont bien fondues que vers le commencement du mois de juillet, et même les contours des neiges perpétuelles continuent à reculer jusqu'au mois de septembre. Ce n'est que vers la fin d'août que l'on trouve certains cantons dégarnis des neiges qui les couvrent pendant onze mois de l'année. Il résulte de là que l'intervalle du i5 juillet au i5 septembre est la saison la plus favorable aux excursions dans les hautes montagnes; pour les montagnes moins élevées, on peut y joindre juin et oc^bre; mais en juin on a à redouter les orages , et à la fin d'octobre les pluies.
En Provence, en Italie, en Espagne, le mois de^widerEurope novembre est souvent très -beau. Dans l'Algérie la belle saison se prolonge plus longtemps encore.
Dans les contrées qui avoisinent les tropiques, Payarhaiid.. les derniers mois de Tannée sont les meilleurs. En se rapprochant de l'équateur, ce sont les mois de notre biver qui jouissent des privilèges de l'été; notre été porte aux Antilles le nom d'hivernage : c'est la saison. la plus défavorable; au contraire la saison la plus favorable se compose de nos mois d'hiver, décembre, janvier, février.
Lorsqu'on doit faire des courses géologiques dans les montagnes, il est très-essentiel de s'arranger pour profiter du beau temps et pour éviter le mauvais*. Cest une chose en elle-même très -chanceuse; cependant on finit souvent par acquérir à cet égard une certaine habitude, qui est un véritable élément de succès pour les observations. Il y a des personnes qui croient avoir du malheur sous ce rapport, tandis que d'autres sont heureuses, ce qui prouve seule-
II faut
savoir saisir
les intervalles
de beau temps.
k ce tnjet.
ment qu'on peut sy prendre plus ou moins adroi-^ tement.
Remarqaei A mcius qu41 uc survieune des orages, comme il arrive souvent aux mois de mai et de juin, le temps ne change pas en général très-subitemeor. Dans nos climats, les variations atmosphériques les plus habituelles résultent de la lutte des vents du nord -est et du sud -ouest. Lorsque le vent du nord -est vient de s'établir, il y a ordinairement quelques jours sans pluie; c'est le moment à saisir pour faire des courses dans des endroits où il est indispensable d'avoir du beau temps. On est guidé à cet égard par le baromètre, qui monte quand le vent passe au nord -est. Il arrive quelquefois aussi que le temps est très -beau, mais que le ba<romètre est descendu, et uice versa; c'est que le vent du sud -ouest s est établi dans les hautes régions de l'atmosphère, ou bien qu'il ne sonffle plus que dans les basses régions : c'est un indice presque certain de changement de temps. Quelquefois le chaugement n'a pas lieu tout de suite; mais il est rare qu'il tarde beaucoup à se faire sentir. Souvent on voit que la pluie prend une intensité extrême, et au moment où cette intensité est la plus grande, le baromètre commence à monter : le tout provient de ce que le vent du nord-est a commencé à souffler dans les régions supérieures de l'atmosphère. La lutte de cette masse d'air froid qui vient du pôle avec l'air arrivé du sud-ouest, produit un déluge de pluie : immédiatement après le beau temps revient, et avec lui arrive le moment de partir. Il faut donc, en pareil cas, faii^ ses préparatifs au moment
de la pluie la plus intense, afin d être prêt à partir * aussitôt que la pluie cesse. Cette règle n'est pas in- Êiillible, mais elle réussit très-souvent.
Vous voyez que, pour pouvoir profiter ainsi des » f»»»
• . . 1'* '11* > • pouvoir modifier
Circonstances atmosphériques, il faut u avoir pas un le pi.» d« voyage plan de voyage totalement invariable. Il faut pou* ^arrèl'ilut voir au contraire se décider à s'arrêter lorsqu'il y ^e i'.tmoq»hère. a apparence que le temps doit devenir mauvais, ou à ne faire alors que des courses dans lesquelles il n'y aurait pas beaucoup d'inconvénient à être surpris par la pluie. On doit, vous le concevez, saisir les moments de beau temps pour traverser les montagnes, et aller visiter les glaciers. L'essentiel est d'avoir un plan bien défini dans son ensemble, et de se ménager la possibilité d'intervertir l'ordre des courses. Tout cela finit par paraître très-simple lorsqu'une fois on a acquis l'habitude de la manière de voyager dans les montagnes.
J'ai encore à vous indiquer quelques précautions itinéraire pour, compléter un plan de voyage. Un des éléments dresser d les plus essentiels dans les voyages, c'est le temps, et il faut s'arranger pour l'économiser le plus possible. La manière de l'économiser, c'est de savoir exactement ce que l'on veut faire, de bien faire son plan, de bien disposer son itinéraire.
. Le premier soin à prendre pour y parvenir, c'est Nécessité de se procurer de bonnes cartes. Saussure n'en portait pas beaucoup : de son temps il y en avait trèspeu. Il a fait ses premiers voyages autour du Mont- Blanc presque sans cartes. La sienne même est assez informe; on en a publié de beaucoup meilleures depuis. Sur ce point tout est changé. U faut donner
avance.
d^avoir de bon cartes.
OoTragrt
déjà publiés
coDinlter.
Remarquef
•iir le choix des
directions
a parcourir.
une grande attention dans ses voyages au choix des cartes : c'est le premier élément du bagage d'un géologue. Vouloir faire de la géologie sans cartes, équivaudrait à vouloir faire de l'anatomie sans figures.
En outre, si on ne doit pas voyager dans des pays tout à fait inconnus, il faut se procurer tous les renseignements existants sur la contrée que l'oa veut parcourir. Il y a des ouvrages publiés sur la géologie de presque toutes les contrées de FEurope On connaît plus ou moins le fond de leur constitution géologique : ce sont des circonstances de détail que l'on a à examiner. Il faut d'abord savoir quels sont les ouvrages à consulter; il en existe des catalogues. Un des meilleurs ouvrages à consulter en cette matière, c'est le Guide du géologue voyageur, par M. Boue. Ce savant voyageur a consacré une vaste érudition à faire connaître sur toutes les contrées de l'Europe les ouvrages géologiques publiés depuis un grand nombre d'années. Il a luimême consigné dans son ouvrage ■ un premier aperçu de la structure de chacune d'elles.
Lorsqu'on est ainsi renseigné sur les pays que l'on veut visiter , on sait quels sont les principaux contours des masses minérales qui en forment le sol ; on sait, pour me servir ici d'un exemple très-général, qu'une partie considérable d'une contrée est occupée par du granité; que des formations secondaires sont appuyées sur ce granité, de manière à former des bandes qui se contournent à l'entour.
1. A. Bouc, Guide du géologue vojageur, sur le modèle de W4genda geognosiica de M. Leonhard ; Paris ^ Levranlt, 1885.
Le précepte général qu'on peut donner en pareil cas, c'est de combiner les excursions de manière à couper le plus souvent possible les lignes de séparatioi» de ces bandes ou zones successives. Il faut que l'itinéraire soit arrangé de manière à faire des zigzags qui coupent et recoupent leurs limites respectives. Si on traversait simplement la masse grani- * tique dans sa longueur , on ne verrait presque rien qui ukériiàt d'être noté; ce serait presque toujours la même chose. Il vaut mieux en faire le tour et couper le plus souvent possible la ligne de jonction suivant laquelle les autres roches s'appuient sur elle.
D'autres fois on voit une vaste contrée composée de couches presque horizontales. Une grande partie de là France septentrionale est dans ce cas-là; les couches forment alors presque toujours des coteaux disposés en terrasses légèrement inclinées. Je suppose qu'on fasse une course dans la longueur d'une de ces terrasses, on verra toujours la même chose; on n'aura presque rien à noter. Si, au contraire, on s'arrange pour traverser plusieurs fois cette terrasse et celles qui la bordent, on aura occasion de voir se succéder un grand nombre de circonstances différentes, de constater des superpositions, etc.
Vous pourrez juger d'après cela qu'il y a un certain art à combiner les itinéraires, de manière à rendre les courses les plus productives possibles. Il est difficile de donner des préceptes très-détaillés à cet égard; mais les réflexions que j'ai faites peuvent être utiles dans beaucoup de circonstances et en suggérer d'autres dans des cas différents. Quant aux détaib d'une exploration géologique, au choix des
objets à visiter, il dépead aussi des données que
lexplorateur peut réunir sur les lieux mêmes.
Donnée. Qu OU réuuit quelquefois un assez grand nombre
recueille cu assez peu d instants. Un géologue arrive dans
•n fur et à mesure ^^ eudroit dout il u'a aucune connaissance; il y
pour se diriger. ' J
arrive par la diligence, la nuit ou le matin : il voit une localité qui lui est tout à fait inconnue; ses yeux sont frappés par toute sorte d'objets ; il ' peut acquérir là, en très-peu de temps, en un quart * d'heure, une foule de notions propres à donner pouur un temps assez long un but et une direction à ses courses: il ven^a des maisons en construction, des amas de pavés, des matériaux pour les routes; il acquerra ainsi la connaissance des différentes espèces de carrières, des différentes pierres, moellons, pierres de taille, pierres meulières et menus matériaux pour l'empierrement des routes : puis les carrières à plâtre, les fours à chaux, les briqueteries, les ardoi* sières, fourniront autant de sujets d'études. Il peut avoir connaissance de tout cela dans un très-court espace de temps.
J'aurai de nombreuses occasions de revenir sur ces remarques. On trouvera d'ailleurs d'excellentes indications sur le même sujet dans l'ouvrage de M. de la Bêche, intitulé How to observe {geologjr).^
Puis, si la localité n'est pas dans une plaine absolument horizontale, il y aura une rivière. Les bords de cette rivière présenteront déjà presque toujours quelques endroits où le sol sera à décou-
1. Cet ouvrage a été traduit eu français par M. H. de Gollegno sous le titre de VÀrt d'ohserçer en géologie; Paris, Levrault, IdSS.
Yert; si cest un port de mer, le rivage offrira aussi quelques parties où les roches solides seront à nu.
On peut apercevoir de loin des éminences , des montagnes plus ou moins considérables, et faire déjà des remiarques sur leur situation et leur profil j recueillir les indications que leur forme extérieure fournit sur leur structure et leur composition.
Il y a encore les constructions déjà existantes et particulièrement les anciens monuments. Il suffit dy jeter un coup d'œil pour acquérir une partie des notions dont je viens de parler, et surtout, s'ils sont très-anciens , on peut faire des observations sur la résistance que leurs matériaux opposent aux dégradations extérieures, sur la manière dont ils se sont conservés.
Pour achever de faire connaître les moyens d'in- n «t nre vestigation de la géologie, il me reste à réduire à ^"I,l^fécnf^ sa juste valeur une idée inexacte, mais assez généra- ^'" lement répandue, sur la manière dont les géologues procèdent à leurs explorations. Des personnes qui savaient que je m'occupais de géologie, m'ont souvent dit par exemple : Vous allez dans différents pays; vous vous installez dans un endroit; vous y &ites des travaux, tels que des sondages, etc. Il est bien certain que, s'il s'agissait d'acquérir la connaissance exacte du sol dans un point donné, pour déterminer, je suppose, la fondation d'un édifice, il faudrait y îaxce faire des fouilles : mais en général les géologues n'ont pas besoin de données aussi locales sur la nature du sol; des connaissances moins rigom^eusement déterminées quant à leur point d'application, mais nettes en elles-mêmes et em-
travaux recherchr.
brassant de grands espaces, peuvent fournir les éléments d'une science très-solide.
Les mëthodct I^ J ^ douc uuc graudc différence entre les inpour îr^herche vcstigatious géuéralcs auxquelles se livrent les géode, mines loinies ct Ics recherches spéciales que Ton fait pour
sont calquées *^ l J. 1.
sar u structare rcconnaîtrc la constitution du sol d'une localité, ou ivcorce tmeitre; pour rcchcrchcr les carrières, les mines, ou en général les matières exploitables. Néanmoins, toutes les méthodes employées dans ces recherches ont été suggérées par l'expérience, et elles sont si exacte» ment coordonnées à la structure de l'écorce terrestre, qu'il suffit d'en faire l'exposé pour donner une idée de cette structure et du mode d'examen dont elle est susceptible. Sous ce rapport un aperçu de l'art des mines, et particulièrement des méthodes de recherche suivies par les mineurs , est une excellente introduction à l'étude de la géologie. On en trouvera un exposé aussi net que précis dans l'excellent ouvrage publié récemment par M. Amédée Burat sur la géologie appliquée. ^ Formes de. giies Cc qu'ou appcUc vulgaircmcnt une mine, ou, pour parler plus exactement, un gtte de minerai ^ est en général une masse plus ou moins' grande d'une certaine substance qui existe dans l'intérieur de la terre. Ces masses sont le plus ordinairement de grandes plaques qui se trouvent dans l'inférieur de la terre, quelquefois dans une position horizontale > quelquefois dans une position inclinée, sous
1. Géologie appliquée ^ ou Traité de la recherche et de l'exploitation des minéraux utiles^ par M. Amédée Burat ^ professeur à l'école centrale des arts et manufactures^ Paris, Langlois et Leclerc; 1843.
affleuremenU.
tous les angles possibles. Ces plaques se présentent Lea» presque toujours quelque part à la surface du sol, et la plupart des mines ont été découvertes simplement parce que de certaines parties, qui se montrent à la surface et qu'on désigne sous le nom d'affleurements, ont été remarquées et recueillies. On rencontre ces indices dp mines quelquefois sur la surÊice générale de la contrée, dans des endroits tout à fait ordinaires; ce n'est cependant pas le cas le plus fréquent. On les voit plus souvent paraître dans des endroits où le sol est entamé par des cir^ constances accidentelles, par exemple dans les falaises au bord de la mer ou des rivières, dans les ravins creusés par les torrents, ou dans d'autres anfractuosités naturelles. Dans les ravins on trouve parmi les cailloux roulés des fragments de minerai dont on ne connaît pas encore le gisement. En remontant le torrent on arrive jusqua l'endroit où la substance exploitable se trouve en place. Ceci est vrai non-seulement des minerais, mais encore de toutes les autres substances qui sont susceptibles d'exploitation, et même des rocbes étudiées seulement par les géologues.
Lorsqu'on a le soupçon qu'il existe dans une contrée, dans un certain espace déterminé, un gîte de matière exploitable dont on ne connaît pas bien la position ou dont on veut mieux constater la nature, on fait ce qu'on appelle des travaux de recherches.
Les recherches des miçes se font par trois procédés différents : on emploie la méthode par tran-chées ouvertes , la méthode par puits et galeries , la méthode par sondages.
l3o INSTRUMENTS NÉCESSAIRES
Recherches Ld iiiéthode pdF traochées ouvertes est très-simple : tranchéwJuverie.. ^Hc coDsiste à faire un fossé assez profond pour entamer la roche en place. Il y a ordinairement sur sa surface une certaine quantité de terrain meuble, de terre végétale. On fait en sorte que le fossé coupe complètement cette masse terreuse et atteigne la roche au-dessous. Conune les roches sont souvent disposées par couches, et que la plupart des masses exploitables sont elles-mêmes de grandes plaques souvent parallèles aux couches, on s'arrange pour que la direction du fossé se trouve être perpendiculaire à celle des couches, afin que, dans une longueur donnée, on voie le plus grand nombre possible de ces couches. Si la masse qu'on veut explorer est une couche parallèle aux autres, le fossé la rencontrera, on saura son épaisseur, on connaîtra son gisement. Dans le cas où la masse qu'il est question d'exploiter serait une grande plaque coupant obliquement les couches, ce qu'on appelle un filon, on pourrait donner au fossé une direction perpendiculaire à la direction présumée de ce gîte. Recherches Pour la rccherche dcs mines, quand on connaît puit.eVs.ierie.. ^^ dispositiou d'une couche et qu'on veut en mieux constater la nature, on fait un puits placé de manière à la rencontrer dans la profondeur. Si la couche était placée dans un terrain en pente, on pourrait aussi faire une galerie d'allongement, c'està-dire dirigée horizontalement suivant la ligne de direction de la couche; si la couche est très- peu inclinée, on fait un puits vertical, et on arrive ainsi à la reconnaître. C'est là ce qu'on appelle des recherches par puits et galeries; cette méthode est
très-suivie dans la recherche des mines, parce que les masses minérales sont très -souvent disposées en grandes plaques fort régulières dans leur ensemble.
Il y a encore la recherche par sondage, c'est-à- Recherci.« dire à l'aide d'une grande tarière semblable à celle i^ »ni,ge. dont on se sert pour ouvrir les puits artésiens.
La personne qui veut faire explorer ainsi un gisement, ne place pas la tranchée ouverte, ou la galerie, ou le sondage, au hasard : elle commence par se bien rendre compte de la structure de la contrée en examinant la distribution des roches et ce que l'on peut conjecturer des formes de leurs masses d'après leur apparence extérieure. Eh bien! cet Le géologue examen, d'après lequel les exploitants déterminent "*^'*"/'°**
' jr J L presque tonjouri
la position de leurs ouvrages de recherches, peut, de. données a lui seul, lournir au géologue beaucoup d éléments à
scientifiques. Il est certain que, si on faisait exprès dl'oa!rag«de des recherches pour la géologie, on arriverait à recherche. avoir des données plus précises que celles-là. 11 y a même des points sur lesquels il serait bon que l'on en fit; car il serait souvent utile de faire à fond l'exploration spéciale d'un point. Mais le géologue n profite trouve presque toujours moyen de s'en passer, ou d'y suppléer en se servant de travaux exécutés dans »>»* un autre but. Il est plutôt dans le cas de profiter des recherches faites dans l'écorce terrestre pour difierénts travaux ayant un but direct d'utilité, tels que l'exploitation des carrières et des mines, que d'en faire faire de nouvelles.
U est très-rare que le géologue fasse creuser même des tranchées ouvertes, quoique ce soit une opération très -simple : il se sert des tranchées ouvertes
•usai des travaux faits dans un autre
l32 INSTRUMENTS NÉCESSAIRES
toutes faites. Les fossés qui environneut les champs, qui bordent les chemins, les coupures faites pour les canaux ou les chemins de fer, sont des tranchées ouvertes pour les géologues.
En joignant à ces tranchées artificielles les tran-
* chées naturelles, les ravins, les sillons où coulent
les rivières, les rochers escarpés, les falaises au bord
de la mer, ils ont un ensemble qui leur suffit, et
remplace les tranchées ouvertes que l'on fait pour
la recherche des mines.
Queiqnefoi. Lcs géologucs profitcut aussi des travaux par puits
.u»7r«y?HVdei ^^ galcrics entrepris pour Fouverture des mines et
""!"". des carrières, et on fait même quelquefois des ti^a-
une direction ^ -*■
propre k constater vaux dc cc gcurc daus l'intérêt de la géologie. Ainsi, f.ittgëongiqaes. qudud Ics miucs sont conduites par des ingénieurs qui sont en même temps géologues, on dirige quelquefois des travaux accessoires de manière à constater de certains faits géologiques. Lorsque la Savoie était un département français, la mine de Pesey, appartenant à l'Etat, servait d'école pratique des mines, et sur la demande de M. Brochant, professeur de géologie, on se décida un jour à percer une galerie pour observer un gisement d'anhydrite; mais c'est le seul travail de ce genre que l'on ait exécuté dans cette mine, aussi lui donna- t-on le nom de galerie des géologues.
Les géologues ne sont pas non plus dans le cas de faire beaucoup de sondages. On arrive, par les explorations faites à la surface, à une connaissance sufiisammenl exacte du sol pour pouvoir prédire ce que donneront les sondages. Cependant les sondages ont appris des choses très -importantes pour
AUX GÉOLOGUES VOYAGEURS. l33
la géologie. Ils oat fourni des détails ou des coafirmations d'un véritable intérêt.
Le puits artésien de Fabattoir de Grenelle a confirmé ce qu'on savait sur la structure du bassin de Paris. Mais il est à i^marquer que le puits de Gre- lm e.c.t>tioiu nelle a coûté de deux à trois cent mille francs, tandis b^„^"p p,„, que les recherches réunies des géologues pour dé- coàteB.« terminer la structure du bassin de Paris, vérifiée au i« npioratio» moyen du puits de Grenelle, n'ont peut-être pas "*** ""' *"** coûté cent mille fi:*ancs en toiit. Ainsi, pour préciser un point, d'ailleurs à peu près connu, et pour ajouter seulement un nouveau degré de certitude à tous ceux que l'on avait déjà, on aurait dépensé le double ou le triple de ce qu'avaient coûté les connaissances acquises par les moyens à la disposition des géologues. Mais le puits artésien de l'abattoir de Grenelle a été exécuté surtout dans un but d'utilité publique, et, sous ce rapport, il a parfaitement atteint le résultat qu'on s'était proposé.
Cette remarque doit faire sentir qu'il y a ici à considérer une question d'emploi plus ou moins utile de capitaux. Les dépenses qui devraient être fatîtes sur certains points dans le seul but de compléter une observation géologique de détail , peuvent presque toujours être appliquées d'une manière plus utile sur quelques autres points à faire de nouvelles observations; c'est ce qui fait que l'on évite les dépenses qui ne seraient consacrées qu'à des travaux exécutés dans le seul intérêt de la géologie. Chaque fois qu'il s'agit de dépenser quelques milliers de francs dans le seul intérêt de la géologie, on trouve à opérer avec cette somme des choses plus utiles
l34 INSTRUM. NÉCESS. AUX GÉOL. VOYAGEURS.
eo se bornant à glaner sur une grande surface les faits qui sy trouvent répandus, qu'en l'appliquant dans un seul endroit pour achever d'éclaircir un seul fait.
£iie< ne penvent IJuc autrc circonstance , qui explique encore '"que^* pourquoi les géologues font très -peu de travaux
dei profondeurt q^j jeurs soicut Droprcs , c'est qu'ils n'en feraient
comparativement .* . i T r» . 1 . %
•iiei faible*, jauiais quc de tres-superncieJs, comparativement a l'épaisseur du terrain, dont ils peuvent souvent acquérir la connaissance par d'autres genres d'observation. Ainsi il est assez douteux qu'il y ait jamais eu une seule mine de plus de looo mètres de profondeur. La plupart des mines ne pénètrent aujourd'hui qu'à 400 ou 5oo mètres; profondeur très-petite, d'abord comparativement au rayon de la terre, qui est de 6,370,000 mètres, et même comparativement à 1 épaisseur du terrain dont les observations faites à la surface nous dévoilent la composition.
Les géologues doivent donc uniquement compter sur les endroits où la surface de la terre est naturellement à découvert, et sur les excavations qui sont faites, dans les contrées qu'ils visitent, pour des motifs ordinaires d'utilité. Ces dernières, quoique destinées à appliquer la science plutôt qu'à l'étendre, offrent souvent des occasions importantes à saisir, et on peut citer des travaux d'exploitation qui ont donné des résultats très-utiles pour la géologie. J'aurai souvent à vous citer des observations faites dans les mines, et je vous détaillerai plus tard celles que l'on peut faire lorsqu'on en trouve d'ouvertes.
( 23 décembre 1843.)
Observations relatwes à la surface même
du soi.
Messieurs ,
Nous ayons vu que le géologue trouve de nom- obMry.uoas
breux moyens d'observation dans les excavations i i, ."J.f.'^emémf faites pour exploiter les substances minérales; ce- ^"^"^' pendant il ne faut pas trop se presser de descendre dans les carrières ou dans les mines pour observer l'intérieur du sol; souvent la surface présente des sujets d'observation très-intéressants.
La terre végétale, en couvrant les roches en place, contrarie souvent les recherches des géologues ; mais la terre végétale est elle-même un sujet d'observations géologiques.
Les végétaux, et même les monuments élevés par les hommes, cachent à leur tour la terre végétale; mais ils présentent de leur coté au géologue des £Biits très-dignes d'attention.
Si d'une part le géologue est extrêmement gêné par la terre végétale, par la végétation, par les forêts, par les moissons qui couvrent le sol, de l'autre, tous ces objets donnent lieu pour lui à une première série d'observations comparatives, auxquelles les mpindres
l36 OBSERVATIONS RELATIVES
excavations sur les routes, les fossés, les trous pour planter des arbres, les sillons mêmes, peuvent servir.
La surface du sol présente trois ou quatre assises distinctes. U y a d'abord la lerre végétale; puis d'autres couches de matières incohérentes, qu'on appelle matières meubles et qu'on confond souvent, mais à tort, avec la terre végétale; puis, au-dessous il y a des roches plus ou moins solides, qui sont elles-mêmes fréquemment décomposées près de leui* surface. Cela se voit surtout quand il n'y a pas de terre végétale, pas de matériaux meubles dessus; enfin il y a les roches vives en place : cela forme pour ainsi dire, comme l'épiderme, la peau et l'ossature de la terre.
Les roches vives en place sont l'objet principal des études des géologues, ce qui n'empêche pas que cette peau, cette enveloppe extérieure qui les recouvre, ne soit un premier sujet d'observations.
On pourrait également placer ces observations au
n'exigent * . ' 1 /f 1
presque «ncune commcnccment ou a la hn du cours; mais comme étade préalable. ^||^^ ^^ rapportcut à dcs choses qui frappent de
prime abord, je les ai placées au commencement, d'autant plus volontiers qu'elles ne supposent presque pas de notions relatives à la composition des minéraux ni des roches, ce qui me permet de les aborder sans aucune espèce de préambule. Je n'aurai besoin de m'appuyer en rien, pour ces objets, sur la composition des éléments de l'écorce terrestre, composition dont l'étude, toujours un peu minutieuse aux yeux des personnes qui n'y sont pas encore préparées, pourra être renvoyée sans inconvénient k tme époque ultérieure.
Cei observations
iSy
De la terre végétale.
ÉlémeaU
PottiMère.
Nous nous occuperons donc d abord de la terre v^étale, des matériaux meubles, du sol et du soussol, et des efiets de la décomposition des roches. Il y a là un groupe d'observations qui présentent de rintéret et qui peuvent servir d'introduction à beaucoup de considérations relatives à l'étude des roches vives en place.
Quant à la terre végétale proprement dite, on remarque aisément qu'elle se compose ordinairement de trois ou quatre éléments distincts : on en a la preuve chaque jour sous les yeux.
Toutes les fois que le terrain est sec, que la végétation n'est pas très -active, le vent en entraîne *>"* ^"^"'^'•" une partie sous forme de poussière. Au bout d'un seul jour les meubles et le plancher d'un appartement sont couverts de poussière. Cela a lieu aussi en plein air, à moins que le vent n'emporte la poussière au fur et à mesure. Quand il y a de l'herbe, la poussière va s'y loger. Dans le laps seulement de quelques années ou de quelques siècles il doit tomber beaucoup de poussière sur chaque point du sol : il est vrai que le vent en emporte beaucoup à son tour. Chaque point du sol est donc pour ainsi dire en compte courant avec l'atmosphère, qui apporte et emporte de la poussière.
Il en est de même par rapport aux eaux qui ruissèlent à la surface. Vous voyez que les eaux qui coulent après la pluie sur la surface du sol, pourvu que cette surface ne soit pas un plan exactement horizontal, sont troubles, et couvrent d'un limon, quelles ont enlevé ailleurs, les endroits où elles déposent.
Limon*