OBSERVATIONS RELATIVES
Roches âé$»çrégéet.
Terrfau.
Voilà deux éléments qui s'accumulent sur le sol, ou qui en sont enlevés. La terre v^étale résulte en partie du remaniement continuel de ces deux éléments. La décomposition ou la désagrégation des roches sur lesquelles la terre végétale repose, peut lui fournir également son tribut
Enfin la végétation contribue aussi à sa formation. Les dépouilles des parties extérieures des végétaux qui, en mourant, tombent sur la surface du sol, et leurs racines qui meurent dans le sol même, tous ces débris forment Tbumus, qui entre en plus ou moins grande quantité dans la composition de la terre végétale ; c'est là ce qui la noircit. La terre végétale se compose de matières analogues à celles des roches^ elle serait généralement blanchâtre, comme le sont la plupart des roches pulvérisées, si elle n'était colorée par une substance qu'on appelle l'humus ou le terreau.
Ces différentes matières entrent en général dans la composition d'un sol quelconque. Dans une terre végétale, qui n'est pas très -épaisse, comme c'est le cas ordinaire, elles se trouvent dans une proportion variable; mais chacune d'elles est susceptible, dans certaines localités, de prendre un très-grand développement. Ainsi la poussière, dont je parlais tout à l'heure, devient quelquefois un phénomène très- Dë^ru de sable, cousidérablc; on en voit un exemple dans les déserts où le sable est agité par le vent. 11 en est de même sur les dunes au bord de la mer.
Il y a des localités où le limon charrié par lès eaux est en très-grande abondance; alors la- terre végétale s'accroît très -rapidement. C'est le cas de
Cas où Tune
de ces matières
prédomine.
DéfXMs de» rivières.
Tourbes.
l'Egypte, de tous les fonds de vallée, de tous les delta de rivières dans lesquels les eaux débordent souvent, et fertilisent le pays en accroissant la terre vitale.
Dans certains endroits les racines , et même les tiges des végétaux, s'accumulent avec une très-grande facilité, et produisent de la tourbe : c'est là la limite extrême de l'abondance du terreau.
Vous voyez que l'étude complète de la terre végétale comprendra l'étude des déserts de sable, qui sont les endroits oii le phénomène de la poussière domine sur tous les autres, et celle des allumions qui se déposent dans les vallées. Nous aurons aussi à étudier les résultats de la décomposition des roches ; et là où la production de l'humus devient monstrueuse et domine tout le reste, nous aurons les tourbières.
Voilà quatre séries d'observations qui se rattachent à l'étude de la terre végétale. L'étude complète de la terre végétale n'est que l'élude réunie de ces quatre phénomènes.
Un autre élément cependant, mais bien plus res- n treint, de la terre végétale, ce sont les matériaux '"ÎJtudë '* qui s'éboulent àe% escarpements des montagnes; ils**** ébouiemeot,, £ont partie des matériaux meubles existant à la sur- £gice de la terra Certains éboulements se renouvellent et changent tous les ans la surface de la terre dans le point où ils tombent : ce phénomène appartient à l'étude de la pellicule extérieure du globe.
Nous aurons à nous occuper, aussi de l'étude des neiges perpétuelles et des glaciers, qui opèrent des transports assez considérables de matières meubles.
Quatre sérirs d*obser'vation5
comprises
dans Tëtude
delà terrr végétale.
«t IVlude (les glaciers.
l40 OBSERVATIONS RELATIVES
et dont les effets sous ce rapport viennent se placer à la suite des effets des vents et des eaux courantes. J'aurai à vous développer tout ce qui se rapporte à ces objets; mais auparavant je m'occuperai d'observations relatives à la terre végétale considérée dans les endroits tout à fait ordinaires, dans les points où n'existent pas ces circonstances particulières et en quelque sorte monstrueuses, qui permettent d étudier d'une manière isolée l'un de ses éléments.
La terre végétale ordinaire, mélange des différents éléments que je viens de signaler, n'offre pas, au premier abord , de choses bien particulières à remarquer. Il y a des observations à faire relativement à son influence sur la fertilité, point sur lequel je reviendrai; mais relativement à sa nature. Permanence il uj a ricu dc bicu frappaut à observer. A cause remaninabie j^ ^^^^ j^ gcologucs Tout quclqucfois traitée avec iaierrev.%ëiaie. ^^^q sortc dc dédaiu commc une matière produite très-récemment et qui méritait peu d'attention. Vous allez voir que c'est une véritable injustice qu'on lui fait; que la terre végétale est au contraire une assise très-ancienne, sur laquelle les phénomènes d'accroissement et de diminution, quoique manifestes, agissent très -lentement, ou en se compensant d'une manière presque rigoureuse. Vous verrez qu'en ellemême la couche ti'ès-mince de la terre végétale est un monument d'une haute antiquité, et, par le fait de sa permanence, un objet digne d'occuper le géologue, .et capable de lui fournir des remarques intéressantes. Les premières sur lesquelles j'attirerai votre attention sont relatives aux rapports de la terre végétale
A LA SURFACE DU SOL. l4l
avec quelques monuments humains. Les monuments humains sont une des premières choses qui donnent lieu à des observations positives de la part du géologue.
Ces observations sont en elles-mêmes fort curieuses, fort importantes, lorsqu'il s'agit de monuments qui ont looo ou 2000 ans de durée; et si leur surface n'est pas dégradée, si les inscriptions qui y soYit gravées depuis tant de siècles, sont conservées, on y trouve la preuve que certaines parties de 1 ecorce du globe ont pu conserver leur surface presque intacte pendant longtemps. Cela n'a pas lieu pour toute espèce de monuments : il y en a qui, comparativement, se dégradent plus ou moins rapidement. Voilà un premier genre d'observations, auquel l'étude des monuments humains peut s'appliquer.
Mais en les considérant même indépendamment de leur propre conservation, ces monuments sont la preuve que la surface du sol et la terre végétale ne subissent que très-peu de modifications.
Il y a certainement des villes où la surface du Le toi
1 1 fit •« «Il «11) de qudqaes villes
sol a change dune manière sensible, ou elle s est •estëievé. élevée notablement. Ainsi dans la partie centrale et p>ris. la plus ancienne de Paris, quand on creuse pour &ire des égouts ou des fondations de maisons, on ne trouve le sol originaire qu'à une certaine profondeur. Le sol de l'époque romaine est à une profondeur plus ou moins grande au-dessous du sol actuel. U serait impossible qu'il n'en fut pas ainsi ; tous les jours, depuis les Romains, on a charrié des matériaux vers Paris pour y bâtir des maisons, et on n'a emporté au dehors de Paris que très-peu de
l42 OBSERVATIONS RELATIVES
déblais : ils y demeurent et ils servent à y élever
le sol. Pour une voiture de matériaux qui en sort,
oiji y en fait entrer cent.
Rome. Il en est de même à Rome , où les monuments de
l'ancien Forum sont enfouis à des profondeurs assez
considérables, et n ont pu être mis à découvert que
par des excavations de plusieurs mètres.
Dans II serait cependant inexact de conclure de là,
ie*^nî"eaù dowi commc lout fait quelques personnes, que le sol en
n'a pas changé «éuéral , OU mêmc seulement le sol des villes , change
•enaiblement. O ' ^ c
beaucoup avec le temps : cela est vrai dans beaucoup de lieux; mais cela n'est pas vrai en général. Il y a même des villes où l'on voit que les circonstances dont nous parlons ont produit extrêmement Strasbourg, pcu d'cffct. Jc citcrai par exemple la ville de Strasbourg. Cette ville, qui existait déjà du temps des Romains, est placée dans un terrain très- bas et trèsuni, au bord d'une rivière (1111); par conséquent, à moins que le niveau de la rivière n'ait changé, ce que rien ne conduit à supposer, le sol n'a pu s'élever que très- peu; car cela supposerait que les anciens habitants ont bâti au-dessous du niveau des eaux* Lyon. Il 6n est de même à Lyon. Il y a des endroits dans
cette ville où Ton trouve le sol à une certaine profondeur au-dessous du sol actuel ; mais cela n'a lieu que dans des parties très -anciennes et situées, en général, au pied de pentes rapides, où les décombres et les terres remuées ont pu être facilement entraînés par les eaux. L'ensemble de la ville est dans un terrain très-bas, et ne pourrait être situé plus bas par rapport au Rhône et à la Saône, ce qui prouve qu'il ne s'est pas élevé, à moins que le niveau des rivières
n'ait changé d'une quantité égale. Il y a eu des changenLents à Lyon dans les contours du terrain , parce que la presqu'île de Perrache, qui fait presque partie de la ville de Lyon, s'est considérablement allongée. Cette pointe va même continuellement en s'allongeant ; mais la surface du sol de la ville ancienne a très -peu changé, et n'a changé absolument que par des remblais opérés ou favorisés par les travaux des hommes.
Près de Soleure, en Suisse, on trouve des constructions romaines à une très -petite hauteur audessus du niveau de l'Aar, ce qui prouve clairement que cette rivière ne s'est pas abaissée. G>mme un peu au-dessous de Soleure elle coule sur des rochers qui n'ont pu s'exhausser, il est également clair qu'elle ne s'est pas élevée depuis l'époque romaine. D'après cela le sol de la plaine de Soleure ne doit avoir subi lui-même depuis les Romains aucun changement sensible.
Une foule de monuments prouvent ainsi que le niveau du sol des vallées et celui des rivières ont très^peu changé. On trouve en beaucoup d'endi^oits des ponts bâtis par les Romains, et on ne voit pas que les eaux viennent choquer la partie supérieure de leurs arches, quelles en approchent de plus près qu'à l'époque de la construction; on ne voit pas non plus que le bas des piles soit déchaussé. Les eaux passent encore à la hauteur pour laquelle ces ponts ont été construits, ce qui prouve que depuis leur construction le lit des rivières n'a pas changé.
M. de Gasparin a constaté pour le Rhône une série de faits de ce genre, que leur rapprochement
Soleure.
Permanence
du
nivean de$ vallées.
Ponts romains.
Permanence
du lit du Rhdne.
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mutuel rend encore plus frappants. «Il nest pas douteux, remarque M. de Gasparin, que le lit du Rhône, qui s'est beaucoup prolongé dans les temps historiques depuis Arles jusqu'à la mer, n'ait subi par cela même un certain exhaussement dans sa partie supérieure; mais cet effet est bien l^er, et ne s'est fait sentir qu'au-dessous de cette ville. En effet, nous trouvons d'abord qu'à Arles même on a découvert, sur le fond actuel du fleuve, les tuyaux de plomb qui conduisaient du temps des Romains les eaux de la ville à son faubourg, dans l'île de Camargue. Le Rhône ne parvient qu'en débordant au niveau des fossés du château de Tarascon, taillés dans le roc dans des temps déjà anciens ; si le lit s'était exhaussé, il y séjournerait habituellement Les piles du pont Saint -Bénezet, à Avignon, ne paraissent pas avoir été enterrées ; on découvre encore le pied des arches. Le pont Saint-Esprit, construit, comme le précédent, pendant le 1 4-^ siècle, passe, près de la ville, sur le lit des rochers qui lui a servi de base il y a cinq cents ans. Les roches du bourg Saint -Andéol n'ont pas été recouvertes par les atterrissements , et présentent toujours les mêmes dangers qu'autrefois. Les piles du pont romain à Vienne dominent toujours le fond du fleuve. Enfin, à Lyon, on a trouvé dans le lit de la Saône les pieds d'une statue antique de bronze^ qui y avait été jetée probablement lors des irruptions des barbares. Tous ces faits concourent à prouver que le régime du fleuve est établi depuis un temps immémorial. ^' '
1. De Gasparin , Mémoires sur les dcbordements du Rhône. (Comptes rendus hebdomadaires des séances de Facadëmie des sciences; lome XVIII, page 104.)
Les faits que je viens de citer sont plutôt relatifs Monument. à l'ensemble du sol d'une vallée qu'à la terre vëgé- ^"^*l*^*e*rJe'* taie proprement dite. Je reviens à cette dernière. Il ^* ^'j"^"" existe une foule de monuments dont l'existence est u terre végéuie. directement en rapport avec cette couche superficielle; tels sont, par exemple, divers monuments cyclopéens, et surtout les pierres druidiques, qui y sont simplement implantées et dont la conservation est une preuve de la permanence de la surface de la terre végétale elle-même. Je me bornerai à vous citer quelques exemples de pierres druidiques. Ils me paraissent à eux seuls extrêmement frappants.
On distingue deux espèces principales de pierres Pierretdruidique. druidiques, les men-hir et les dol-men. Les premières, qu'on désigne vulgairement sous le nom Men-hir. de pierres-levées y sont les plus répandues : ce sont des pierres brutes, allongées, souvent plates, qui sont dressées verticalement. Ces pierres ne sont pas placées sur des fondations , elles sont implantées simplement dans la terre végétale. L'époque de la plantation de la plupart d'entre elles doit remonter à des temps antérieurs à l'invasion de César dans les Gaules. Un grand nombre sont tombées, d'autres ont été renversées artificiellement , et même employées comme pierres de construction. Ce sont les pierres restées debout qui doivent fixer notre attention. Si ]a surface de la terre végétale s'était abaissée depuis l'époque des druides, ces men-hir auraient été déchaussés; si cette surface s'était élevée, leur base aurait été enfouie d'une manière considérable. Or, ils y sont implantés tout juste de manière à ne pas tomber.