EN TERRE
Les végétaux sont des monuments de la permauenoe de la surface du sol. Un arbre a généralement ses racines dans la terre végétale, et il ne subsiste q^autant que cette terre se conserve. Quelquefois celte remarque s'applique à une terre végétale qui tfa pas plus de 20 centimètres d'épaisseur. L'existence d'un arbre montre alors que la surface de la terre végétale n'a pas changé sensiblement depuis îae l'arbre y végète. Comme il y a des arbres dans %tte position-là qui ont plusieurs siècles d'existence, ce genre d'observation peut s'appliquer, en remon- ^Ot le cours des âges, pendant un grand nombre d^ siècles, et même pendant des milliers d'années, î^and il s'agit de forets où les arbres se sont renou- • ^^1« durant plusieurs générations successives. On ^^t donc certain que la terre peuplée de végétaux *^ conserve depuis extrêmement longtemps et sans ^^angements sensibles dans les endroits qui ne sont ^^^limis à aucune cause de dégradation particulière. ^^"uand il s'agit d'arbres placés sur des pentes, le *^it est encore plus frappant. U y a des forêts peul^lées d'arbres séculaires sur des pentes où la terre ^ pétale est très-mince et d'une nature différente de ^^^Ue du sous -sol. Cela prouve que, même sur les l^cntes^la terre végétale se maintient par l'influence ^es racines, des feuilles et des débris de végétaux ^'une manière presque invariable.
Au point de vue qui nous occupe, la longévité ^ longëricé ^e certains végétaux devient une donnée impor- ceruin. yëgéuux ^^nte pour la géologie. M. de Candolle pense que donaé''!.a"p".a„.e *'oa ne peut pas fixer précisément l'âge qu'une p'>"ï«8«f"ï'»gi<espèce d'arbres ne pourrait dépasser^ aucune délies
ne renferme dans son organisation de cause essentielle de mort. Chaque individu meurt par accident, et il y en a qui échappent extrêmement longtemps à ces accidents mortels ; or , il est à f^ marquer qu'un des plus rares parmi ces accidents, c'est qu'un arbre ait ses racines dépouillées de terre végétale par TefTet des agents extérieurs, même dans les endroits où cette terre végétale est peu épaisse. Maintenant si les arbres vivent des siècles et jusqu'à des milliers d'années sans être sensiblement déchaussés, cela suppose évidemment que la surface de la terre végétale ne change pas d'une manière sensible.
M. de Candolle s'est occupé de réunir des exemples de la longévité de quelques arbres. Je vais vous citer une partie de la liste qu'il en donne dans son Traité de physiologie végétale. ^
Vous savez que les arbres dicotylédones présentent des couches concentriques ; que chaque année une nouvelle couche s'ajoute extérieurement aux coucomment chcs qui existcut déjà. Ces couches, qui sont trèsmarquées, indiquent le nombre des étés pendant lesquels l'arbi^ a vécu. Il sufEt donc de scier un pareil arbre près de sa racine pour connaître son âge. Pour les arbres dont l'intérieur est creux, et pour ceux qu'on ne peut couper, on base le calcul sur la mesure de la circonférence ; on fait une entaille quelque part ; on compte dans une épaisseur donnée le nombre des couches annuelles; puis on fait une proportion. Ici le calcul peut n'être pas
1. De Candolle, Physiologie végétale; article de la longévité de quelques arbres exogènes , page 915 et suiv.
on la constate.
le» cités
SECULAIRES. I 7 i
complètement rigoureux, parce que le diamètre ou la circonférence de l'arbre peut n'avoir pas crû constamment de la même quantité chaque annéa
Quoi qu'il en soit, voici les principaux résultats de M. de CandoUe :
Des ormes, des chênes, des tilleuls de quelques siècles, on les compterait par centaines : il est inutile d'en parler. Je vais seulement vous présenter des exemples d'arbres qui ont dépassé 3oo ans. M. de Candolle les a recueillis avec soin; vous pouvez compter sur leur authenticité :
Il existait à Morges, en Suisse, un orme qui avait Etempi< 17 pieds 7 pouces de diamètre; il avait, lorsqu'on ^"**^***^"'*""* ia coupé, 335 ans.
Un cyprès (M. de Candolle ne dit pas dans quelle localité) avait 35o ans environ.
Un cheirostemon y du Mexique, avait environ 4oo ans.
On voit sur des murailles de très -vieux lierres. iDans quelques villages on en connaît qui ont un grand nombre de siècles. M. de Candolle cite un lierre gigantesque qui existait en 1814 à Gigean, entre Montpellier et Pézenas. La base avait 2 mètres de circonférence : il avait 4^^ ^i^s* M. de Candolle mentionne Un mélèze de 676 ans.
Un oranger de 63o ans.
Un olivier de 700 ans environ.
Un platane d'Orient de plus de 720 ans. Les cèdres du Liban atteignent environ 800 ans. M. de Candolle cite les châtaigniers comme des arbres qui atteignent un âge très -avancé : il ne donne pas de nombres.
11 parle d un noyer d'environ 900 ans.
Les tilleuls sont des arbres qui vivent extrêmement longtemps; on en connaît qui ont plus de 1000 ans.
Les chênes, qui, malgré la lenteur de leur croissance, atteignent quelquefois jusqu'à 4 miêtres de diamètre, sont aussi des arbres qui vivent très-vieux. On en connaît de 800 ans, de 1080 ans; on montre dans la forêt de Fontainebleau, près du rond point de la Belle-Croix, un chêne creux, presque dépouillé de ses branches, qu'on regarde commie le plus vieux de la forêt. On le désigne sous le nom de chêne de Clovis; il est vrai qu'on ne donne pas la preuve qu'il remonte à nos premiers rois; mais dans les Ardennes il y a un chêne dont on a constaté que l'existence remonte à i5oo ans.
Au reste, il y a en Europe des arbres plus remarquables encore que les chênes par leur longévité ; ce sont les ifs, sur lesquels nous reviendrons bientôt.
Il y a aussi des arbres des pays chauds qui passent pour vivre très -vieux, tels que les bois d'acajou, les bois de fer, etc.
Remarque! M. Alphousc dc Caudollc, dans son Introduction M. A. de candoiie ^ l'étiide dc lu botaTiique , résume dans le passage sur le même objet, g^jyant, quc jc citcrai textuellement, les résultats obtenus par son illustre père; et il en ajoute plusieurs autres qui résultent de ses propres recherches.'
«On est frappé, dit M. Alphonse de CandoUe, de l'âge extraordinairement avancé auquel sont parvenus quelques arbres. Les cas rares, mais certains, où les documents historiques prouvent une haute
1. Alphonse de Candolle^ Introduction à Télude de la botanique dans les Suites à Buffon ; tome I."", page 440. Paris, Roret, 1835.
Tilleal de Fribonrg.
antiquité, rcDdent plus croyables ceux où Fou arrive à des résultats analogues uniquement par la mesure du tronc et par les indications que l'on en tire.
jLe fameux châtaignier du mont Etna {castagno de centi cai^aUi) ne peut pas être cité ici , parce qu'il provient de plusieurs rejetons d*un très-ancien pied, soudés entre eux; mais voici d'autres exemples d'arbres uûiques dans leur origine, qui ont atteint un âge fort avancé.
«Un tilleul fut planté dans la ville de Fribourg, en Suisse, le jour où l'on apprit la victoire de Morat, en 1476. Cet arbre avait en i85i une circonférence de i3 pieds 9 pouces (4,"6o), ce qui donne un accroissement annuel moyen de 1 ligne \ en diamètre, au moyen de quoi on peut apprécier l'âge d'autres tilleuls. Il faut cependant remarquer qu'un arbre planté dans une place publique, pavée en tout ou en partie, grossit moins que d'autres de la même espèce mieux situés; ainsi, l'accroissement ordinaire annuel du tilleul peut être d'environ 2 lignes de diamètre pendant les quatre premiers siècles.
«Or, il existe, près de cette ville même de Fribourg, à Villars-en-Moing, un tilleul qui avait, en viiiërt-«i-Moi»ç. i83i, à quatre pieds au-dessus du sol, 56 pieds de circonférence, soit 1,659 lignes de diamètre. Suivant la tradition du pays, il était déjà célèbre par sa grosseur en 1476, et des tanneurs, profitant de la coniVision qui régnait pendant la bataille de Morat, le mutilèrent pour en avoir l'écorce. En supposant ■un accroissement moyen de 2 lignes par année, il aurait aujourd'hui 817 ans; en supposant 1 ligne ^/^, plus de 1200 ans; enfin, en admettant 2 lignes
Tilleul
pour les quatre premiers siècles, et pour les suivants 1 ligne et )( , ce qui est assez vraisemblable , il aurait plus de i6oo ans.
Tilleul ^ Le tilleul le plus remarquable se trouve à Neu-
* ""* stadt sur le Kocher, dans le royaume de Wurtemberg. Cet arbre, mentionné jadis par Evelyn, examiné en 1 83 1 par M. Jules Trembley sur la demande de M. de Candolle^, appartient à l'espèce du tilleul à larges feuilles. Il devait être déjà trèsgrand en 122g; car, d'après d'anciens documents, la ville fut rebâtie auprès du grand arbre^ après avoir été détruite par une guerre en 1226. L'ancien nom de Helmbundt fut changé alors en celui de Neustadt (nouvelle ville), et du temps d'Evelyn, dans le 17.^ siècle, on la désignait sous le nom de Neustadt près du gros tilleul. Un vieux poème , qui date de 1408, dit : Des^ant la porte s'élève un tilleul soutenu par soiacante^sept colonnes» Le nombre de ces colonnes destinées à soutenir les branches était de 82 en i664; il est aujourd'hui de 106. Les plus anciennes inscriptions que l'on voie sur ces colonnes portent la date de i558; d'autres 1662, i583, etc., avec les armes du seigneur qui les faisait élever. Malgré ces appuis, les branches ont souffert: l'une des principales a été brisée en 1 773 par un ouragan. La mesure du tronc prise par Evelyn, n'est malheureusement pas comparable aux mesures récentes, parce qu'il a négligé de dire à quelle hauteur audessus du sol il avait mesuré la circonférence. Celleci était, en 1 83 1, à 5 ou 6 pieds au-dessus du sol ,